Actualités :: Burkina : « Je suis homme politique, mais je reconnais que nous avons échoué (...)

En ce nouvel an 2024, l’ancien député au Conseil national de transition (CNT, 2014-2015), ancien président du Parti socialiste du Burkina (PS Burkina, ex-majorité présidentielle, dissout), Aboubacar Balima, a bien voulu, sans langue de bois, se prononcer sur des sujets d’actualité nationale. Dans cet entretien, l’actuel cadre du Parti panafricain pour le salut (PPS) a relevé la part de responsabilité des hommes politiques dans la situation que vit le Burkina et a souhaité, pour l’année 2024, une réconciliation nationale, plus d’efforts de rassemblement des Burkinabè, le retour des exilés politiques, des échanges fraternels et sincères, le pardon…, pour un nouveau départ.

Lefaso.net : Quel est le bilan que vous faites de l’année 2023, notamment au plan de la gouvernance ?

Aboubacar Balima : Avant tout propos, permettrez-moi de profiter de votre canal pour présenter mes condoléances aux familles des Forces de défense et de sécurité (FDS), des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et à l’ensemble de ceux qui ont perdu un être cher dans cette barbarie qui nous est imposée. Je souhaite par le même temps, un prompt rétablissement aux blessés.

Pour revenir à votre question à proprement dite, et par rapport à la situation sécuritaire que nous vivons depuis plusieurs années maintenant, je dirai que 2023 n’a pas été aisée. 2023 a connu des moments difficiles pour notre pays. C’est une expérience très douloureuse pour nous, qui nous appelle à travailler ensemble pour relever ce défi sécuritaire. Seul, on ne peut pas le faire ; il faut que tous les Burkinabè s’unissent, main dans la main, et dans la sincérité, pour que le Burkina Faso sorte de la situation qu’il vit. Il faut qu’on travaille à se mettre ensemble pour non seulement relever le défi sécuritaire, mais aussi pour le développement socio-économique.

Il faut travailler à prendre en compte tous les domaines : sécuritaire, économique, social, culturel, etc. Nous devons œuvrer dans l’unité pour que chaque Burkinabè puisse avoir la possibilité de quitter chez lui sans être inquiété pour aller chercher de quoi nourrir sa famille. Et nous allons, notre parti, continuer à toujours travailler dans ce sens. Donc, le bilan est satisfaisant au plan de la gouvernance.

Quel est l’évènement qui vous a le plus marqué ?

C’est le déplacement du président à Moscou, sur invitation du président Poutine pour le forum Russie-Afrique. Pour moi, ça a été un moment de courage, d’expérience et de réaffirmation de notre volonté d’être souverains. Et je profite de votre espace pour saluer le courage du président Ibrahim Traoré, saluer son dévouement, sa détermination et son implication réelle pour un retour à la paix au Burkina Faso.

On voit un président qui est engagé à préserver l’intégrité du territoire national et à mettre en place des projets de développement. Face à cette détermination du président, nous devons travailler dans une sincérité avec la transition, le gouvernement, pour que la paix revienne au Burkina Faso, pour que nous ayons la sécurité, la quiétude, en éradiquant l’hydre terroriste qui nous endeuille chaque jour, qui endeuille nos familles, nos populations.

Nous allons nous battre pour accompagner ces efforts, et voilà pourquoi, nous avons salué ce déplacement du président à Moscou, qui marque la diversification également des partenariats avec des nations qui peuvent nous accompagner dans les secteurs de la sécurité, de l’économie, du développement des infrastructures et pour la prospérité des affaires. Dans la situation difficile dans laquelle on se trouve, on a besoin de partenariats gagnant-gagnant pour pouvoir relever les défis. Si le terrorisme finit au Burkina Faso, vous allez voir que le climat des affaires et de l’économie va être bien pour tout le monde.

Vous me tendez la perche…, vous êtes également homme d’affaires, quel est l’impact de la situation sécuritaire sur vos activités ?

La situation sécuritaire impacte lourdement nos activités, parce que tout simplement, nous n’arrivons plus à faire convenablement des importations et à exporter. Vous savez que le secteur économique s’appuie et se développe par les régions, les localités profondes du pays ; avec la situation, tous les opérateurs économiques, les commerçants qui étaient dans les localités durement touchées par le phénomène terroriste, sont obligés de venir au centre. Ça devient une concentration et donc un souci de plus. Donc, ça a diminué considérablement les importations et les exportations. En plus, les opérateurs économiques et commerçants, les hommes d’affaires, n’arrivent plus à écouler les marchandises, il y a toujours des produits dans les magasins et il y en a qui sont périssables.

A cela s’ajoute le coût du transport, qui fait qu’on n’arrive plus à s’en sortir. Le secteur économique est vraiment touché, il y a beaucoup de paramètres qui entrent en ligne de compte. Mais si on arrive à éradiquer l’hydre terroriste, c’est sûr que nous allons revenir à un meilleur climat des affaires, les choses vont prospérer pour tous les Burkinabè.

Dans le contexte actuel où les entreprises sont beaucoup sollicitées également par de nouvelles taxes, n’y a-t-il pas lieu de trouver des mécanismes pour ne pas s’écrouler ? Autrement, que faut-il faire pour ne pas que les entreprises ferment et créent ainsi d’autres risques ?

C’est effectivement très important que le gouvernement soit regardant à ce niveau, parce que les entreprises contribuent efficacement aux efforts de paix, en répondant à l’appel du président et de son gouvernement. C’est dans ce sens que nous, entreprises, accompagnons à leur juste valeur, les initiatives qui sont prises dans ce sens. Une entreprise qui fait une année sans travailler et qui paie des charges, si elle n’a pas un appui à travers l’Etat ; par exemple, la diminution de certains impôts ou des facilités de paiement de certains impôts (échelonnement dans le paiement), ça va être très compliqué. Il faut éviter les pressions sur les entreprises, c’est très important.

Quand il y a pression, les gens peuvent déclarer faillite et là, ça n’arrange personne, l’Etat en premier. Voilà pourquoi, je pense qu’il faut organiser un forum, avec en tête le ministère en charge de l’économie et des finances, et voir avec les acteurs économiques (les opérateurs économiques), les acteurs du secteur public, du privé, pour s’interroger sur quelles peuvent être les contributions des acteurs économiques, tout en préservant la stabilité de l’économie du pays.

Il faut travailler à rassurer le secteur économique, qu’il n’ait pas peur d’investir. Non seulement le secteur économique contribue à l’employabilité, mais également à l’épanouissement des populations. Si les gens perdent des emplois, la pauvreté va augmenter et cela veut dire que c’est de l’insécurité qu’on crée quelque part.

Ça ne nous avantage pas. Donc, c’est pour dire qu’aujourd’hui, le gouvernement doit aussi travailler sur ce plan. Voilà pourquoi, je pense que l’organisation d’un forum national sera très importante. Le forum ne doit pas inviter seulement les acteurs économiques, il doit inviter des composantes des populations, des organisations de la société civile, pour qu’on trouve des solutions pérennes et efficaces. Quand le secteur économique pense qu’il n’a pas d’accompagnements, les gens ferment et vont ailleurs. Surtout que le contexte était déjà rendu difficile par la covid, qui a fait flamber les prix des transports au plan international.

Quand la covid est passée, les prix ont un peu chuté, mais les matières premières ont flambé, à cause de la crise entre la Russie et l’Ukraine. Ce qui s’est répercuté sur les prix des produits que nous commandons depuis le départ des marchandises, c’est-à-dire l’usine. Dans cette situation, si on n’essaie pas de voir comment on peut assainir et apporter des solutions par rapport à l’importation des produits pour la commercialisation au Burkina Faso, et si c’est toujours cher, ça peut toujours créer des problèmes.

L’année s’est achevée avec un remaniement ministériel le 17 décembre 2023 ; quelle appréciation vous en faites ?

Nous pensons que le remaniement s’inscrit dans la dynamique de la gouvernance et le chef de l’Etat, le capitaine Ibrahim Traoré, en fonction des enjeux en face et des résultats, peut à tout moment apporter une touche, en appelant de nouvelles compétences à des postes ou en changeant des ministres de leur poste. Et vous savez aussi que chaque ministre a une feuille de route et est évalué en fonction de cela, périodiquement. Donc, en fonction de tous ces éléments, le président et son Premier ministre peuvent procéder à des réaménagements. Nous pensons que ce qui est recherché, ce sont les résultats pour les populations.

L’essentiel, c’est que les objectifs soient atteints pour le bonheur des populations. Tout notre vœu, c’est que les attentes des populations en matière de sécurité et de développement socio-économique soient comblées. C’est pourquoi, nous avons également félicité tout ce qui est fait ; l’administration est une continuité ; chacun vient, apporte sa pierre et laisse la place à d’autres pour poursuivre. Le poste de ministre n’est pas à vie, chacun doit travailler à laisser quelque chose de positif pour le pays.

Les partis politiques ont vu leurs activités suspendues, comment vous avez, en tant que leader politique, vécu cette année blanche ?

2023 a été effectivement une année blanche pour les partis politiques, mais nous n’en avons pas fait un problème. Au contraire, nous avons contribué à l’effort de guerre (je ne reviendrai pas sur ces éléments) et nous continuerons à le faire. Nous allons continuer à le faire parce qu’en toute sincérité, nous pensons que ce sont les Burkinabè eux-mêmes qui doivent se mobiliser pour relever le défi sécuritaire et de développement.

Donc, ce qui est important, c’est comment apporter notre contribution pour éradiquer le terrorisme ; parce que nous pensons qu’un pays qui n’est pas stable, un pays qui est menacé par les ennemis du peuple, a besoin en priorité de solution pour éradiquer le mal. C’est pourquoi, nous n’avons pas trouvé cela comme un problème. Et puis, il faut aussi avoir le courage de le dire, les hommes politiques ont, à un moment, échoué.

Ça, il faut le dire. Je suis homme politique, mais je reconnais que nous avons échoué à un certain moment ; parce que tout simplement nous n’avons pas pris en compte les préoccupations des populations. On a fait des politiques politiciennes, c’est-à-dire on a défendu des intérêts privés, égoïstes. De l’indépendance de notre pays à aujourd’hui, les hommes politiques ont, à un certain moment, fait mal à la population. Il ne faut pas avoir une politique où un groupuscule de personnes bénéficie de privilèges plus que les autres. Ça crée un grand problème, parce qu’on crée un grand fossé dans la société. A partir du moment où on s’est comporté comme cela, il fallait s’attendre à tout moment à tomber.

Pour cela, nous ne pensons pas que le moment est propice pour les politiques ; nous devons comprendre qu’il y a des moments où il faut se retrancher pour réfléchir et apporter son soutien au gouvernement pour que la paix, la sécurité, la réconciliation nationale reviennent au Burkina Faso. Nous devons tous faire en sorte que les filles et fils du pays qui sont dehors, qui sont politiques, puissent rentrer ; voir comment faire pour qu’ils rentrent pour qu’on s’asseye et se donne la main pour aller dans la même direction. Il faut donc travailler à aller à une vraie réconciliation. Malheureusement, on a toujours remarqué qu’il y a des gens en politique qui ont toujours des intérêts égoïstes, des intérêts personnels.

Mais je profite dire qu’aujourd’hui, la politique ne se fera plus comme les fois passées. Je m’excuse, mais la réalité est que la politique va changer de tendance. Il ne suffira plus de donner 1 000 francs, 2 000 francs à quelqu’un pour se faire voter ; la population suit et suivra les actions que vous (les hommes politiques, ndlr) menez sur le terrain. La population regarde ce que vous dites. Vous avez beau mentir, la vérité va jaillir un jour. Voilà pourquoi, il faut aller dans la vérité, dans la franchise avec les populations ; ce que vous pouvez faire, ce que vous ne pouvez pas faire, il faut être clair.

Le mensonge ne peut plus marcher au Burkina Faso, nous sommes dans une autre vision. Si vous voyez aujourd’hui qu’on a des soucis avec certains partenaires internationaux, c’est parce que tout simplement les yeux des Burkinabè sont ouverts. Sur la chose politique aussi, les yeux des populations sont ouverts. Si la situation revient à la normale, vous verrez que les Burkinabè vont travailler avec des hommes politiques patriotes, des hommes politiques qui veulent le développement du pays, dans la vérité, la sincérité, les échanges fraternels. Voilà pourquoi je dis que la politique va changer de donne au Burkina Faso.

Faut-il comprendre clairement que vous suggérez ici au pouvoir de transition, la prise en compte des volets réconciliation nationale, retour des exilés politiques, l’inclusion et de la vigilance pour ne pas tomber dans une mauvaise gouvernance ?

Oui, c’est ce que nous suggérons au gouvernement ; parce qu’aujourd’hui, personne ne peut construire le Burkina Faso en excluant une partie. Le Burkina Faso, c’est toutes ses composantes. Il faut travailler à rassembler tout le monde, c’est cela qui va nous aider à sortir des difficultés et à construire notre nation. Alors, nous invitons le gouvernement à travailler dans ce sens. Il faut travailler à ramener la quiétude au sein des Burkinabè. Si on travaille à rassembler large, c’est sûr que nous allons vaincre le terrorisme et le Burkina Faso deviendra un pays de prospérité. Et dès lors, beaucoup de pays prendront l’exemple du Burkina Faso.

C’est pourquoi, aujourd’hui, nous sommes très contents qu’il y a une évolution positive sur le plan sécuritaire. Les terroristes ne peuvent plus venir nous attaquer et repartir crier victoire. Nos FDS, nos VDP ont la réplique ; ils neutralisent. Nous pensons donc que c’est le fruit de la volonté, de la stratégie, de la tactique du président et de son équipe qui paient. Nous profitons ici pour saluer les efforts consentis par nos FDS, nos VDP, qui se battent sur le terrain, jour et nuit, pour la préservation du Burkina Faso.

Qu’est-ce que vous souhaiteriez comme gouvernance en 2024 ?

Notre souhait de la gouvernance en 2024, c’est que le gouvernement travaille à prendre en compte toutes les préoccupations de la population. Qu’il travaille aussi à trouver des solutions à la mobilisation des ressources financières pour les projets qui sont sur la table. Nous voulons également inviter le gouvernement à accentuer les partenariats avec les nations qui veulent vraiment nous accompagner, qui veulent travailler avec le Burkina Faso. Il faut poursuivre le renforcement des relations avec la Russie, pour que dans la mesure du possible, elle puisse nous accompagner avec du matériel de haut niveau pour nos FDS et qu’en 2024, le gouvernement travaille pour qu’ensemble, on puisse voir l’éradication du terrorisme au Burkina Faso. Cela va de l’intérêt de tous les Burkinabè.

Il y a quelques jours également, le gouvernement a pris des mesures portant reconduction et extension des contributions aux travailleurs du public et du privé, le prélèvement à la source sur leur salaire ; les ministres ayant cédé 5% et le président renoncé à son salaire de chef d’Etat. Comment appréciez-vous la décision ?

Nous pensons que c’est une très bonne initiative. Si les plus hautes autorités acceptent de céder une partie de leur salaire au profit de la mobilisation des ressources internes pour lutter contre le terrorisme, c’est une initiative louable et nous invitons donc tout Burkinabè qui peut toujours accompagner à ne pas hésiter.

C’est nous qui devons montrer notre volonté par la mobilisation des ressources internes, les appuis des partenaires peuvent venir comme un plus. Il faut qu’on soit autonome, il ne faut pas qu’on soit toujours dépendant des autres ; cela y va de notre crédibilité, de notre force. Quand on est mobilisé, ceux qui viennent nous aider ne peuvent plus nous imposer quoi que ce soit. Pour cela, nous saluons à leur juste valeur, ces mesures. En tant que leader politique, nous allons travailler aussi à renforcer cette mobilisation interne et à sensibiliser dans ce sens la population, nos militants.

Je souhaite que 2024 voit vraiment une année d’un retour à la paix, la sécurité, qu’on pense à la réconciliation nationale, à une mobilisation de tous les Burkinabè dans les échanges francs, sincères et si possible, laisser tout ce qui est passé et revenir sur de meilleurs sentiments pour que le Burkina Faso puisse évoluer.

Entretien réalisé par O.H.L
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