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Le coup de fouet climatique : Les fluctuations extrêmes entre sécheresses et inondations dévastent des millions de vies – c’est ce que révèle une étude exclusive de WaterAid

Publié le mardi 5 décembre 2023 à 08h30min

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Le coup de fouet climatique : Les fluctuations extrêmes entre sécheresses et inondations dévastent des millions de vies – c’est ce que révèle une étude exclusive de WaterAid

• De nouvelles données placent l’Italie du Nord sur la même trajectoire climatique que certaines parties de l’Éthiopie, dans la Corne de l’Afrique, qui a récemment connu sa pire sécheresse.

• L’imagerie satellitaire de pointe montre comment les populations sont exposées à la double menace des inondations et des sécheresses.

• Des histoires vraies de personnes confrontées à ces deux extrêmes, alors que WaterAid avertit que l’absence d’action en matière d’adaptation au changement climatique lors de la COP28 aura des conséquences catastrophiques.

Une nouvelle étude exclusive récemment menée par WaterAid révèle que des millions de personnes vivant dans la pauvreté à travers le monde subissent un « retournement du risque climatique » depuis le début du siècle. Cette initiative intervient à un moment charnière, alors que les dirigeants du monde entier se réunissent à Dubaï pour la COP28.

Accompagnée de puissantes images satellitaires, l’analyse des données climatiques publiée par WaterAid et les universités de Cardiff et de Bristol révèle que, sous l’effet d’un « coup de fouet » de pressions climatiques extrêmes, des régions qui connaissaient des sécheresses fréquentes sont désormais plus sujettes à des inondations fréquentes, tandis que d’autres régions historiquement sujettes aux inondations subissent désormais des sécheresses plus fréquentes, ce qui a un effet dévastateur sur les populations de ces régions.

Au cours des deux dernières décennies, des régions du Pakistan, du Burkina Faso (voir les images ci-dessus) et du nord du Ghana – normalement associées à des conditions plus chaudes et plus sèches – sont devenues de plus en plus humides et sujettes aux inondations.

En revanche, la région méridionale de Shabelle, en Éthiopie, qui a connu de nombreuses périodes d’inondation entre 1980 et 2000, est aujourd’hui en proie à une sécheresse prolongée et sévère. Le fleuve Shabelle, une source d’eau importante pour la Somalie, a récemment connu les pires conditions de sécheresse dans la Corne de l’Afrique, mais a provoqué une inondation majeure au mois d’avril cette année.

Ce phénomène se retrouve dans le nord de l’Italie, où les données montrent que le nombre de périodes de sécheresse intense enregistrées dans les deux pays a plus que doublé depuis 2000. Ces périodes sont cependant ponctuées par des risques d’inondations extrêmes, comme l’illustrent les inondations de mai et juillet derniers en Lombardie.

Cette étude innovante a examiné la fréquence et l’ampleur des risques d’inondation et de sécheresse au cours des 41 dernières années dans six pays dans lesquels intervient WaterAid : le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Ghana, le Mozambique, l’Ouganda et le Pakistan. L’Italie a été ajoutée à la comparaison européenne pour tenir compte du fait que les effets du changement climatique ne sont pas différenciés selon les régions et concernent le monde entier.

Les populations exposées à ces extrêmes sont souvent mal équipées pour y faire face. WaterAid avertit que l’absence d’action sur l’adaptation au changement climatique lors de la COP28 pourrait condamner les populations des zones les plus touchées à une pauvreté persistante, à des déplacements, à des maladies, voire à des conflits, car les problèmes liés à la pénurie d’eau et de nourriture sont aggravés par des phénomènes climatiques extrêmes catastrophiques et changeants.

Tim Wainwright, Directeur général de WaterAid, déclare :

« La crise climatique est une crise de l’eau et, comme le montre aujourd’hui notre étude, notre climat est devenu de plus en plus imprévisible, ce qui a des conséquences dévastatrices.

Des terres agricoles frappées par la sécheresse aux villages ravagés par les inondations, les populations du Burkina Faso, de l’Éthiopie, du Ghana et du Pakistan subissent tous les effets alarmants du coup de fouet climatique ; l’Ouganda connaît des inondations de plus en plus catastrophiques et le Mozambique un mélange chaotique de ces deux extrêmes.

Nous paierons tous le prix du stress hydrique mondial, mais ce sont ceux qui vivent en première ligne de la crise climatique qui le paient aujourd’hui, car leur vie est en jeu.

La COP28 s’ouvre aujourd’hui et il ne faut pas que ce soit un autre sommet au cours duquel la question de l’adaptation au changement climatique est jetée aux oubliettes. Nos dirigeants doivent reconnaître l’urgence et donner la priorité à l’investissement dans des systèmes d’approvisionnement en eau robustes et résilients dès maintenant. »

Pour Eric D. MAMBOUE, Directeur Pays de WaterAid Burkina Faso : « Le changement climatique constitue une véritable menace pour la réalisation des droits des populations du Burkina Faso aux services sociaux de base notamment l’accès des communautés à l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Il n’est pas possible de parler du changement climatique, sans évoquer la problématique du financement climatique qui en est l’un des plus grands défis. Si le Burkina Faso, comme la plupart des pays en voie de développement, s’est doté depuis quelques années de documents de politique sur l’adaptation au climat à savoir le Plan National d’Adaptation aux changements climatiques (PNA) et la Contribution Déterminée au Niveau National (CDN révisée), il reste évident que l’atteinte des objectifs en matière d’adaptation et d’atténuation nécessite des efforts de financements conséquents. »

Pour les populations qui vivent en première ligne de ce « retournement du risque climatique », les conséquences sont dévastatrices : anéantissement des récoltes et des moyens de subsistance, endommagement des infrastructures d’approvisionnement en eau souvent fragiles, perturbation des services d’approvisionnement en eau et exposition des populations aux maladies et à la mort.

En 2022, le village de Bachal Bheel, dans la région de Badin, au sud-est du Pakistan, a été dévasté par des inondations catastrophiques qui ont englouti les deux tiers du pays. Soni Bheel, veuve et résidente locale, se souvient d’une enfance où l’agriculture locale prospérait grâce à un juste équilibre entre la chaleur et l’eau, ce qui permettait aux villageois de jouir d’une « santé robuste ».

En Ouganda, les données montrent que Mbale, une région orientale située à l’ombre du mont Elgon, présente également une tendance significative vers des conditions beaucoup plus humides, comme en témoignent les inondations sans précédent de ces trois dernières années. Pour Okecho Opondo, 70 ans, instituteur à la retraite, le changement des conditions météorologiques pose d’énormes problèmes.

« Nous ne comprenons plus rien. Les mois qui étaient pluvieux sont maintenant secs. Lorsque des pluies surviennent, elles peuvent être de courte durée, mais fortes, entraînant des inondations. Dans d’autres cas, les périodes de pluie sont trop longues, ce qui entraîne la destruction des infrastructures et la perte des récoltes. Et les périodes de sécheresse peuvent être très longues, engendrant de mauvaises récoltes et des famines. »

Rose, 28 ans, mère de trois enfants, explique l’impact des inondations sur les réserves d’eau locales :

« Dans notre village, nous avons deux forages. Pendant la saison des pluies, le premier est toujours couvert de boue provenant de l’eau en amont, ce qui nuit à la qualité de l’eau. Parfois, les gens tombent malades après avoir bu l’eau des forages. À un moment donné, les autorités sanitaires nous ont conseillé d’arrêter de boire l’eau des deux forages pendant six mois. »

La population locale a tenté d’atténuer l’incertitude climatique en plantant des haies autour de ses cultures pour prévenir l’érosion des sols et en éloignant les latrines des zones d’inondation potentielles. Une personne a parlé de la plantation de forêts de bambous sur les pentes du mont Elgon, à proximité, pour tenter de prévenir les glissements de terrain.

Au Mozambique, dans les zones fortement urbanisées autour de la capitale Maputo, les données montrent que la situation est très variable, caractérisée par de longues périodes de sécheresse ponctuées d’inondations.

Kiequer, 14 ans, parle de l’impact à long terme :

« Les inondations ont vraiment perturbé mon éducation. Mes connaissances scolaires ont été emportées avec l’eau. Les pluies de février m’ont traumatisé. Quand le ciel se couvre, j’ai peur. Je pense que le jour des inondations ne quittera jamais mon esprit. »

Le professeur Michael Singer, de l’École des sciences de la terre et de l’environnement de l’université de Cardiff, qui a dirigé l’étude, a mis en garde contre le fait que ces phénomènes climatiques ne se limitent pas à ces pays :
« Ce qui est le plus frappant, c’est que nous avons constaté que de nombreuses régions subissent des changements majeurs dans le climat prédominant. Plus précisément, un grand nombre de nos sites d’étude ont connu un retournement du risque, passant d’une situation de sécheresse à une situation d’inondation ou inversement.

Bien que la portée de cette étude ait été limitée à quelques pays et à des lieux spécifiques au sein de ces pays, nous pensons que le retournement du risque et, plus généralement, les changements de la fréquence et de l’ampleur des risques d’inondation et de sécheresse sont des questions auxquelles il faudra faire face aux quatre coins de la planète.

Nous comprenons que le changement climatique n’entraînera pas une modification monolithique des risques climatiques, malgré la hausse des températures mondiales. Au contraire, le profil de risque d’une région est susceptible d’évoluer de manière imprévisible. Ces facteurs doivent être pris en compte pour favoriser l’adaptation au changement climatique, afin de préserver la vie et les moyens de subsistance des êtres humains dans le monde entier. »

De la protection contre les inondations aux mesures de résistance à la sécheresse, des solutions d’adaptation existent, mais les efforts déployés pour se préparer à l’avenir sont insuffisants. Le passage à l’échelle et l’optimisation des investissements dans le domaine de l’eau dans les pays à revenu faible ou intermédiaire permettront non seulement de sauver des vies, mais aussi de stimuler la prospérité économique – des analyses suggèrent que cela pourrait générer une valeur économique d’au moins 500 milliards de dollars par an.

WaterAid appelle les dirigeants du monde entier présents à la COP28 cette année à donner la priorité à l’eau potable, à un assainissement décent et à une bonne hygiène, comme élément clé des programmes d’adaptation au changement climatique, ainsi qu’à augmenter rapidement les investissements dans la sécurité de l’eau au sein des pays à revenu faible et intermédiaire :

• D’ici à 2025, les pays à revenu élevé doivent plus que doubler les fonds publics qu’ils consacrent à l’adaptation par rapport aux niveaux de 2019 et faire coïncider les montants du financement de la lutte contre le changement climatique avec ceux du financement de l’atténuation des risques.

• Les gouvernements des pays à revenu élevé, les institutions financières et le secteur privé devraient fournir au moins 500 millions de livres sterling sur un total de 5 à 10 milliards de livres sterling nécessaires pour assurer la sécurité de l’eau au cours des quatre prochaines années.

https://www.wateraid.org/uk/our-climate-fight Au Royaume-Uni, WaterAid demande à Rishi Sunak de faire preuve de leadership lors de la COP28 à la suite d’une série de reculs sur les engagements climatiques, y compris l’investissement par le gouvernement britannique d’un tiers de son budget international de financement de l’action climatique dans des projets d’adaptation menés à l’échelon local qui apporteront un approvisionnement en eau salubre tout au long de l’année à ceux qui en ont le plus besoin, et d’influencer les autres gouvernements pour qu’ils prennent des engagements similaires.

Tim Wainwright souligne qu’il s’agit d’un appel aux dirigeants du monde entier pour qu’ils agissent maintenant sous peine de mettre en péril la vie de millions de personnes.

« Pour les personnes les plus vulnérables dans le monde, il s’agit d’une question de vie ou de mort. Nous ne pouvons pas laisser le changement climatique anéantir l’avenir des populations. »
WaterAid appelle le public britannique à rejoindre la campagne Our Climate Fight (« notre campagne pour le climat ») et exhorte le gouvernement britannique à augmenter les investissements dans l’adaptation au changement climatique – pour en savoir plus, cliquez ici.

FIN

Remarques à l’intention des rédacteurs :
Consultez nos images satellitaires de Planet ici.
Consultez les graphiques de données des universités de Cardiff et de Bristol ici.
Pour découvrir d’autres témoignages et images des pays étudiés, cliquez ici.

Pour en savoir plus, consultez la page suivante : https://www.wateraid.org/uk/media/press-releases.

Pour en savoir plus, veuillez contacter :
À Ouagadougou : Roch W. OUEDRAOGO, Manager Communication ; rochouedraogo@wateraid.org ;
À Londres : Rosie Stewart rosiestewart@wateraid.org ; Lisa Martin lisamartin@wateraid.org ;
Ou vous pouvez nous joindre en appelant notre ligne réservée aux relations presse en dehors des horaires de bureau au +44 (0)7887 521 552.
Méthodologie :

Des scientifiques des universités de Bristol et de Cardiff ont analysé la fréquence et l’ampleur des conditions climatiques à l’origine des inondations et des sécheresses dans différents pays dans lesquels intervient WaterAid (et en Italie) au cours des 41 dernières années, afin de déterminer si le changement climatique a une incidence sur la prévalence de ces risques climatiques. Les scientifiques ont utilisé les données relatives aux précipitations et à l’évapotranspiration potentielle des quatre dernières décennies pour calculer l’indice d’humidité et de sécheresse.
De plus amples informations sur la méthodologie et les données peuvent être obtenues sur demande.

WaterAid

WaterAid est une organisation internationale à but non lucratif œuvrant à démocratiser un accès universel à l’eau salubre, à des toilettes décentes et à de bonnes conditions d’hygiène en l’espace d’une génération. Nous travaillons aux côtés des populations dans 22 pays pour garantir ces trois éléments essentiels à la transformation de la vie des populations. Depuis 1981, WaterAid a permis à 28,5 millions de personnes d’accéder à de l’eau salubre et à 29 millions de personnes de bénéficier de toilettes décentes.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur notre site internet wateraid.org/uk, suivez-nous sur Twitter @WaterAidPress, @WaterAidUK, @WaterAid, ou retrouvez-nous sur Facebook, LinkedIn ou Instagram.

• 703 millions de personnes à travers le monde (environ une personne sur dix) ne disposent pas d’eau salubre à proximité de chez elles[1].
• 1,5 milliard de personnes à travers le monde (presque plus d’une personne sur cinq) ne possèdent pas de toilettes décentes[2].
• Plus de 300 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année de maladies diarrhéiques causées par le manque d’accès à l’eau et de structures d’assainissement. Cela représente plus de 800 enfants par jour, soit un enfant toutes les deux minutes[3].

• Financer des services d’eau, d’assainissement et d’hygiène gérés en toute sécurité permet d’obtenir un retour sur investissement allant jusqu’à 21 fois le coût d’origine[4].

• [1] OMS/UNICEF, Progrès en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène des ménages 2000-2020. Programme commun OMS/UNICEF de suivi de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de l’hygiène. Organisation mondiale de la Santé, Genève, 2021.

• [2] OMS/UNICEF, Progrès en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène des ménages 2000-2020. Programme commun OMS/UNICEF de suivi de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de l’hygiène. ,Organisation mondiale de la Santé, Genève, 2021.

• [3] Calculs de WaterAid fondés sur : Prüss-Ustün A., et al., « Burden of Disease from Inadequate Water, Sanitation and Hygiene for Selected Adverse Health Outcomes : An Updated Analysis with a Focus on Low- and Middle-Income Countries » (La charge de morbidité due aux infrastructures d’eau, d’assainissement et d’hygiène insuffisantes en lien avec certains effets néfastes pour la santé : analyse mise à jour, axée sur les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire). International Journal of Hygiene and Environmental Health, vol. 222, no 5, 2019, p. 765-777. ET The Institute for Health Metrics and Evaluation, Global Burden of Disease Study 2019 (Étude sur la charge de morbidité mondiale 2019). Université de Washington, Seattle (Washington), 2020.

• [4] WaterAid, Mission essentielle : Investir dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène pour une reprise économique saine et respectueuse de l’environnement. 2021.

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