Actualités :: UDD : Il est possible d’accélérer le développement

Le développement, c’est le maître mot de cet article que nous propose le président de l’UDD, Toubé Clément Dakio. Selon lui, seul le développement véritable peut venir à bout des maux dont souffre le Burkina, telles les famines à répétition.

Le développement est un problème important pour le Burkina. Il faut résoudre ce problème rapidement pour éradiquer les famines récurrentes liées à la sécheresse qui sévit souvent dans le pays._Cette année, ce qu’on appelle par euphémisme "la soudure" et qui, en réalité, n’est autre chose qu’une dure disette fait déjà souffrir les paysans dans nos villages. La soudure s’étend environ sur quatre mois et va de la semence à la récolte.

Aucun acteur économique ou politique ne saurait, à mon avis, être indifférent à cette situation de famine, elle-même liée à la situation de sous -développement du Faso. C’est donc le développement qui permettrait de mettre fin à ces dures souffrances voire à la mort dues à la faim et réservées aux seuls sous - développés.

Par conséquent, il faut promouvoir rapidement une politique de développement au Faso. Le Burkina, après plus de quarante-quatre ans (44) d’indépendance politique est toujours dans un état de sous - développement, qui en fait un des pays les moins développés du monde, situation à laquelle il a été réduit par plusieurs longues années de domination coloniale française. Au lendemain de cette indépendance, les dirigeants politiques se sont voulus les responsables du développement de leur pays et ont fixé comme objectif la recherche de l’indépendance économique, condition sine qua non d’une indépendance vraie.

Il s’agissait ainsi de libérer le peuple des différentes contraintes et dominations de l’ordre colonial et lui permettre de retrouver sa dignité et sa liberté. Après les indépendances, les colonialistes français et britanniques contrôlent encore les structures laissées en place dans les anciennes colonies : monnaie, administration, bases militaires, éducation nationale, mode de production, établissements financiers. Ils continuent ainsi à dominer les nouveaux Etats indépendants._ L’exploitation des nouveaux Etats indépendants par les pouvoirs politiques nationaux se fait au profit de l’étranger impérialiste. Ainsi les peuples africains sont livrés à la misère, au pillage de leurs biens, à la famine, à l’ignorance, à la paupérisation croissante et à la tyrannie.

Le Burkina, en accédant comme les autres Etats africains à l’indépendance en 1960, n’a pas échappé à la règle. Les différents régimes politiques burkinabé qui se sont succédé au pouvoir de 1960 à nos jours n’ont pas atteint leurs objectifs de développement. En effet, l’économie burkinabé demeure une économie sous-développée, c’est-à-dire pauvre et dominée. Aussi les aspirations les plus élémentaires de l’homme ne sont pas satisfaites pour une grande majorité des burkinabé.

Le sous-développement n’a donc pas été vaincu au Burkina. Il n’a pas été vaincu parce que : a) La politique nationale burkinabé relative aux produits vivriers menée après l’indépendance du pays n’a pas favorisé la production vivrière. Cette politique a consisté à un contrôle des prix des aliments et à la création de l’office national de commercialisation des produits vivriers. Et elle avait pour but le maintien des prix des produits alimentaires à un niveau bas, pour éviter le mécontentement des populations urbaines.

Cette politique a eu pour effet l’accroissement du déficit vivrier. Or le développement suppose l’autosuffisance alimentaire ;

b) l’industrialisation a été positivement empêchée pendant la colonisation,

c) les pouvoirs politiques, au lendemain de l’indépendance, ont choisi de développer l’industrie alors que les conditions n’étaient pas du tout favorables. La population active n’a guère été préparée au développement industriel ; il s’est donc, d’une façon générale, établi un système de prix qui n’était pas favorable à la compétitivité de l’industrie ; le franc CFA apparaît surévalué lorsque l’on compare les coûts de production en Afrique à ceux des pays industrialisés, I’enclavement, le coût élevé de l’énergie et de l’eau.

Face à ces handicaps, les responsables politiques optent pour une politique qui force par tous les moyens le rythme de l’industrialisation naissante, ensuite protégé et mener en veilleuse des entreprises. Alors on a recours au code des investissements, qui accorde des avantages fiscaux et douaniers parfois aberrants aux entrepreneurs étrangers qui veulent bien se risquer au Burkina ;

d) le marché intérieur est étroit donc rapidement saturé ;

e) le développement industriel n’est pas lié au développement agricole.

Et pourtant le Burkina peut se développer. Le Burkina n’a pas définitivement perdu la bataille du développement. Mais pour la gagner, il faut que certaines conditions soient réalisées, notamment : 1) Une condition politique préalable : une meilleure incitation financière en faveur des paysans. La crise du développement de l’Afrique en général et du Burkina en particulier découle essentiellement d’une situation où les producteurs et l’économie fonctionnent très en deçà de leur potentiel. C’est-à-dire que l’on est en situation de sous-emploi.

Cette crise est née avant tout de l’adoption généralisée de structures des prix et des revenus qui se sont traduites par des incitations inappropriées à la production. En particulier, elles ont défavorisé les producteurs agricoles. Pour remédier à cette crise de la production, il faut réformer la politique nationale. Des mesures sont à prendre dans l’agriculture en vue d’améliorer les incitations financières en faveur des paysans et le fonctionnement des marchés.

Il faut souligner qu’une agriculture qui prospère est nécessaire au développement rapide de l’industrie. Le développement rapide des textiles, des produits métalliques, des matériaux de construction et de l’industrie légère n’est possible que si les paysans ont un revenu suffisant pour acheter les facteurs de production, des outils et le matériel supplémentaires dont ils ont besoin et si leur niveau de consommation augmente._ On a relevé que les réflexions sur la crise du développement de l’Afrique sont étroitement économiques. Elles négligent totalement la dimension politique. Or les racines politiques de la crise africaine sont évidentes. En effet, tous les gouvernements africains sont d’accord, depuis plusieurs années, avec les sources d’aide pour proclamer que les paysans doivent recevoir une meilleure incitation financière, et les paysans ne reçoivent toujours pas une meilleure incitation financière.

Or il s’agit là d’une condition politique préalable au développement. Mais les intérêts en présence sont tels qu’il ne faut pas penser du tout que, spontanément, les pouvoirs adopteront une politique aussi défavorable à leur clientèle actuelle.

L’UDD pense qu’à moyen et long termes, le développement du Burkina passe par l’incitation financière en faveur des paysans, donc par une moindre ponction des revenus ruraux et éventuellement par des taux de change moins surévalués, plus favorables aux exportateurs de produits burkinabé et moins favorables aux consommateurs de biens importés et en particulier d’aliments importés.

Après l’échec de la politique nationale burkinabé de contrôle des prix des produits vivriers, le commerce de ces produits a été libéralisé. Aussi, le paysan livre - t-il ses produits vivriers aux commerçants privés. Les marchés de ces produits ne sont pas contrôlés par l’Etat. Il s’agit de marchés libres sur lesquels les prix et les demandes sont libres et donc sujets à des variations.

En période de soudure, le cultivateur peut être amené à acheter des céréales à crédit auprès d’un commerçant contre remboursement sur sa récolte future. Cette opération est onéreuse pour le paysan, car il achète au prix de détail et vend au prix de gros. Ce type de commercialisation est non seulement défavorable au développement agricole, mais aussi au développement global.

En effet, il concentre entre les mains de certains commerçants un surplus physique transformé ensuite en surplus monétaire. Mais les sommes ainsi drainées ne s’orientent pas nécessairement vers des investissements productifs. Cette méthode de commercialisation ne permet donc pas au paysan de procéder à une accumulation d’épargne qui est pourtant nécessaire à la modernisation de son exploitation, par l’achat d’équipements et de facteurs de production qui améliorent la productivité.

Dans une perspective de développement économique, il est nécessaire de démanteler ce type de commercialisation responsable du déficit alimentaire et de promouvoir l’accès du cultivateur au crédit à la production. En effet, grâce à ce crédit, le paysan n’aura plus recours à l’usurier pour produire. Il disposera ainsi de tous les surplus monétaires pour améliorer ses conditions de production.

Il s’en suivra la résorption du déficit vivrier, donc l’autosuffisance alimentaire, condition préalable à un développement du pays. A cet égard, il y a lieu de dire que la vente du coton, culture de rente, se fait sur les marchés organisés par la SOFITEX, ce qui présente certains avantages :
La vente assurée,
L’apport d’argent en bloc,
Le prix de vente constant et prévisible.

Les opérations d’achat permettent une relative confiance sur la détermination du poids et de la qualité. La caution administrative donnée au coton, la pression de la propagande officielle, la crainte de déplaire au pouvoir, I’intensité de l’encadrement, tous ces facteurs jouent pour que le choix du paysan se porte sur la culture du coton malgré sa faible rémunération.

2) Subventions et protection aux produits vivriers. Pour restaurer les conditions de la production vivrière et animale afin de lutter pour la sécurité alimentaire c’est-à-dire l’autosuffisance alimentaire, condition sine qua non d’un décollage économique du pays, il faut subventionner et protéger efficacement les produits vivriers contre les produits étrangers dans le cadre de l’intégration sous-régionale (UEMOA ).

Il y a lieu de souligner que certains pays développés ont des surplus agricoles provenant de leur agriculture à haut rendement. Ils sont prêts à brader ces surplus sur les marchés des pays sous-développés voire à donner.

Par ailleurs, les grands pays agricoles occidentaux subventionnent de façon non négligeable leur agriculture. Donc, sans une certaine dose de protection des cultures vivrières, il ne serait pas possible pour les paysans burkinabé de faire la concurrence avec les paysans du Nord sur le marché burkinabé.

3) L’accès du cultivateur au crédit à la production. On a constaté que le Burkina est vulnérable à la sécheresse et les communautés burkinabé n’ont pas encore su faire face aux conséquences néfastes des aléas du climat. Sur ce point, il faut souligner que certains pays, autrefois victimes de sécheresses meurtrières ne subissent plus actuellement les conséquences catastrophiques des accidents climatiques grâce aux aménagements réalisés par les communautés de ces pays.

On a également constaté que ce que l’on peut tirer du sol dépend des techniques employées. Les sols peuvent se construire ou se détruire. C’est ainsi, par exemple, qu’en Europe et en Asie, poussées par la nécessité, des générations de paysans ont construit les sols, épierrant, planant, amendant, fumant les champs. Ils se sont organisés parfois au prix d’un travail gigantesque pour que pas une goutte d’eau ne soit perdue.

Au Burkina, compte tenu de l’accroissement rapide de la population, les paysans ont intérêt à construire les sols et non pas à les détruire. Sans crédit, les communautés burkinabé ne peuvent pas construire leurs sols. Il convient de prendre des mesures pour promouvoir le crédit à la production en faveur des paysans. Il n’y a pas de fatalité à laisser l’économie agricole burkinabé dépendre du rythme des saisons comme autrefois quand on ne disposait pas de techniques appropriées de mobilisation des forces productives.

Permettre l’accès du paysan au crédit à la production, c’est combattre efficacement la famine. En effet, en économie de marché, grâce aux perspectives de gains qu’il suppose, le crédit constitue une technique de mobilisation décisive des forces productives. Refuser le crédit au paysan, c’est réprimer la production vivrière, c’est donc appeler la famine et le sous- développement.

Les crises alimentaires liées à la sécheresse et à l’invasion acridienne qui sévissent actuellement dans certains pays africains dont le Burkina marquent certes la dépendance de l’homme vis-à-vis de la nature, mais il ne serait pas juste de les définir comme « naturelles ». Le climat, les criquets en sont la cause visible, mais plus profondément, c’est l’insuffisance du développement des forces productives, liées à un certain développement économique et social qui est la cause réelle de la dépendance par rapport au climat.

Il faut souligner qu’il existe un système de crédit pour le coton. Par le biais du crédit, la C.F.D.T puis la SOFITEX possède un moyen efficace de contrainte très efficace pour faire produire du coton. Le coton nécessite des facteurs de productions commercialisés (fertilisation, traitements insecticides). Il réclame également un labour profond, très pénible à la main, incitant le paysan à adopter la culture attelée. A ces fins, il est accordé des crédits gagés sur le champ de coton du paysan.

Une fois le crédit accordé, le paysan est tenu de produire suffisamment de coton pour éponger sa dette. Le montant du crédit est automatiquement déduit des ventes de coton quel qu’en soit le produit. L’UDD est pour l’adoption d’un système de crédit approprié pour les produits vivriers, à l’instar de ce qui se fait pour le coton.

4) une juste répartition du revenu national On constate que des inégalités existent à l’intérieur du Burkina. Les distorsions entre certains centres urbains (notamment Ouagadougou) et les villages sont notoires. Il existe également des distorsions régionales. Par exemple, il est notoirement reconnu que la région Ouest du pays, pour ne citer que cette région, est relativement moins équipée que le reste du pays : L’infrastructure routière est défectueuse, les communications téléphonique peu développées, peu de barrages, etc.

Cet déséquilibre régional suscite une frustration au sein des populations de cette région et qui les amène à dire qu’elles ne sont pas Burkinabé à part entière. Il va de soi que de telles populations frustrées ne sont pas facilement mobilisables pour la construction nationale. Elles peuvent même opposer une résistance passive à cette entreprise. Pour l’UDD, des mesures urgentes doivent être prises pour corriger les distorsions régionales et les inégalités sociales.

La grande majorité de la population rurale face à l’indifférence totale des pouvoirs publics s’appauvrit d’année en année ; leur pouvoir d’achat ne leur permet pas de faire face à l’acquisition des produits industriels et des services de base (I’éducation, la santé, le logement, la nutrition, I’eau, etc.) nécessaires au développement.

Dans les centres urbains, la situation s’aggrave également. Les zones non loties habitées par les populations marginalisées occupent de grandes étendues. Le phénomène n’est contrôlé par aucune autorité._ Dans les zones non loties, c’est-à-dire dépourvues d’équipements collectifs les plus indispensables, il n’y a ni distribution d’eau courante, ni électricité, ni assainissement. On y voit plus de mendiants et plus de délinquants. Le nombre de chômeurs désespérément en quête des moyens de survivre fait augmenter le taux de criminalité et la misère. Mais tous les Burkinabé ne sont pas pauvres.

En effet, face aux groupes défavorisés majoritaires - Paysan, population immigrées dans les zones "non loties" des grandes villes - les groupes privilégiés minoritaires vivent confortablement. Ces groupe privilégiés ont pris une place importante sur le plan économique par la détention d’une portion élevée du revenu national que sur le plan politique en détenant le pouvoir seul.

Il en résulte le blocage de l’expansion du marché intérieur par sa restriction à une classe improductive et rapidement saturée. Pour lutter contre la détention d’une portion élevée du revenu national par les groupes privilégiés et par là permettre l’expansion du marché intérieur il faut :

a) Réduire le train de vie de l’Etat

b) Prendre et appliquer des mesures contre la corruption et les détournements de deniers publics.

c) Sanctionner l’enrichissement illicite de façon appropriée.

c) Donner des incitations financières en faveur des paysans.

5) L’éradication de nombre d’écueils qui freinent le développement.

On peut évoquer notamment :
L’analphabétisme. Le taux élevé d’analphabétisme est un handicap pour le développement économique et social du pays.

L’arrivisme au détriment de la compétence et de l’expérience indispensables à une administration au service du développement du pays.

Le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le favoritisme sont des pratiques nocives au développement, cependant entretenues dans la société burkinabé.

Les violences politiques

La discrimination sexuelle entre hommes et femmes,

La pandémie du VIH / SIDA et les maladies endémiques. (paludisme et autres maladies ).

Le chômage sous toutes ses formes, en particulier le chômage structurel des jeunes et le sous-chômage ou chômage déguisé des paysans.

Conclusion_ Après quarante-quatre ans de lutte des responsables politiques burkinabé pour le développement, le sous-développement et la pauvreté persistent toujours au Faso. La pauvreté est plus que jamais à l’ordre du jour des pouvoirs publics.

Pourtant, il est fort possible de promouvoir un développement équilibré et accéléré pour le mieux-être de la population. Les conditions à satisfaire pour cela sont indiquées dans le corps du texte. Il faut que la satisfaction de ces conditions intervienne dans un contexte de politique économique autocentrée, c’est-à-dire tournée vers la satisfaction des besoins de la majorité de la population (manger, se soigner et s’instruire) et vraiment libérée des pressions de l’extérieur. Il faut également que la politique de développement soit pilotée par des responsables politiques dévoués, crédibles et honnêtes.

Toubé Clément Dakio

Président de l’UDD

L’Observateur

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