Actualités :: Corruption au Faso : Blaise Compaoré va finir notre argent

Dans les lignes qui suivent, M. Jonas Hien, partant d’un fait qui date du temps de la révolution, fustige l’utilisation qui est faite de nos derniers. Pour l’auteur de l’écrit, cette situation engendre des rancœurs que les Burkinabè ne font qu’intérioriser.

En 1987, un chef d’Etat africain invite le président Thomas Sankara et veut lui parler sérieusement. Il lui dit qu’il envie son pays, le Burkina Faso. Ce qu’il a fait pour ce pays et ce peuple en quatre années l’impressionne. Il dit qu’il l’admire beaucoup, seulement il a peur. Il a peur de sa disparition prématurée alors que s’il vit longtemps son œuvre sauvera toute l’Afrique. Quand Thomas Sankara lui demande d’où lui vient une telle peur, il répond : « Tes propres proches t’en veulent. Ta Révolution, c’est toi et ton peuple qui y croient.

Tes proches ne s’occupent pas de ça. Ils ont besoin de beaucoup d’argent ». Thomas Sankara l’arrête net : « Mais où est-ce que vous voulez que je trouve beaucoup d’argent pour eux ? Et puis d’ailleurs, ils ont un salaire comme moi ! ». Son homologue insiste : « Débrouille-toi pour qu’ils n’aient pas de problèmes d’argent sinon je te répète que tu n’en as pas pour longtemps et ce serait une grande perte pour tout ce continent. Et après toi, le peuple burkinabè que tu dis aimer tant va souffrir ». Quelques semaines après ce voyage, un autre chef d’Etat promet de l’argent au président Thomas Sankara. Il lui dit qu’il s’agit d’un don.

Thomas Sankara envoie un de ses aides de camp, dont je tais volontairement le nom, pour prendre le don. L’envoyé revient avec une valise contenant une somme de 80 millions de francs CFA. Le Président Thomas Sankara appelle son ministre de la Justice, le capitaine Blaise Compaoré, celui de la Promotion économique, feu capitaine Henri Zongo, et le commandant en chef du haut-commandement des Forces armées nationales (l’appellation du ministre de la Défense sous la Révolution), le regretté commandant Jean-Baptiste Boukary Lingani, les trois Coordonnateurs de la Révolution de l’époque.

Le président Sankara leur présente la valise d’argent et en indique la provenance. Il leur dit que contrairement à son habitude de faire reverser dans les caisses de l’Etat les dons en argent qu’il reçoit de ses amis, il leur demande, cette fois, d’y prélever quelque chose en vue de résoudre leurs éventuels problèmes. Il leur demande par ailleurs de réfléchir et de lui proposer, dans un délai d’une semaine, des idées de projets de développement que le reste de cet argent servira à réaliser. Il demande en outre que le reste de l’argent soit gardé à la présidence, dans la valise, sous la responsabilité de Blaise Compaoré, en attendant les propositions demandées.

La valise de 80 millions reclamée au père de Sankara

On n’a pu atteindre la semaine et le 15 octobre 1987 survint avec l’assassinat du président Sankara. Quelques jours après le coup d’Etat, deux policiers débarquent au domicile du père de Thomas Sankara, à Paspanga. Ils disent être envoyés par le capitaine Blaise Compaoré, devenu président suite au coup d’Etat, pour récupérer une valise d’argent d’un montant de 80 millions de francs CFA, ’’volée’’ par son fils Thomas Sankara.

Le vieux Joseph Sankara retient son souffle. Il leur demande de continuer dans sa chambre à coucher, de soulever le matelas de son lit, de soulever encore le sommier, de bien regarder ; il se pourrait qu’ils y trouvent la valise en question. Les deux hommes n’insistent pas et décident de rebrousser chemin. C’est alors que le vieux Sankara exige qu’ils déclinent leur identité. Le premier dit être le Directeur général de la Sûreté de l’Etat et le second est son adjoint.

Paradoxalement, quelques jours encore après cette visite dans la cour en deuil, la valise d’argent fait la Une des journaux et principalement de Sidwaya, où l’on pouvait voir des images de billet d’argent qui serait la valise contenant 80 millions de FCFA (ce qui suppose que le prélèvement proposé par le président Sankara n’a pas été effectif). L’opinion avait été informée par voie de presse qu’il s’agissait d’un détournement de deniers publics par le président Sankara.

Pour ceux qui ont vécu cette période, voici la vérité de l’histoire. Une valise d’argent contenant une somme de 80 millions de francs CFA retrouvée à la Présidence au lendemain du coup d’Etat du 15 octobre 1987 n’était donc pas une invention. Mais c’est l’exploitation malsaine qui en a été faite qui choque. Un détournement de seulement 80 millions de francs par un président comme Thomas Sankara ! L’affaire m’intéressait particulièrement et j’y avais consacré une enquête trois années durant.

"Blaise s’amuse avec notre argent"

Ce rappel historique pour montrer où va notre pays à tous si de sérieuses mises en garde ne sont pas faites en direction des dirigeants actuels, car après eux, le Burkina Faso doit continuer d’exister et avec lui des hommes de repère pour la perpétuation de la collectivité.

Autant on a prédit la mort du Président Sankara, autant il y a risque de survie du pays si les citoyens ne haussent pas le ton démocratiquement pour demander la fin d’un régime ploutocratique au Burkina Faso : l’argent, encore et toujours l’argent. Blaise Compaoré s’amuse avec notre argent. Il le veut encore dans des valises pour la fabrication des ’’opposants’’.

On ne peut pas continuer à regarder mourir notre démocratie, celle que nous avons voulue et décidée en juin 1991.

Le Burkina Faso a de sérieux problèmes de développement. La famine frappe les populations dans de nombreuses régions, le problème d’eau potable pour tous n’est pas résolu, les élèves et étudiants ne sont pas dans de bonnes conditions d’études, les salaires des travailleurs sont très bas, les policiers et gendarmes sont accusés de rackets parce qu’ils vivent les mêmes réalités salariales, beaucoup de militaires sont dans la misère, des policiers ont été encore matraqués pour avoir osé demander de meilleures conditions de travail, les jeunes n’ont pas d’emploi, la vie coûte très cher.

En somme, les Burkinabè souffrent sérieusement. Et voilà que le Roi ne se préoccupe que de sa nouvelle usine : fabriquer des opposants pour sa propre consommation. Et personne ne se plaindrait s’il le faisait avec les moyens dont il est l’héritier légitime. Mais avec l’argent du peuple, cela est inacceptable. L’opposition en politique n’est pas synonyme d’animosité ou d’injures, encore moins de règlements de comptes. Quand je m’oppose au CDP, parti politique au pouvoir, cela signifie que le programme de gouvernement de mon parti est totalement différent de celui du CDP.

Et je m’y oppose parce que j’ai la conviction que c’est le mien qui, s’il était mis en œuvre, viendrait répondre aux aspirations profondes du peuple ; dans la mesure où j’estime que le programme du CDP ne prend pas en compte ces aspirations. Et comme le parti qui est au pouvoir ne voit pas la chose de la même façon, et au regard de ma conviction, je m’oppose et défend mon programme auprès des populations. C’est en cela que je demande leur appui pour m’aider à succéder à celui qui est actuellement au pouvoir.

De ce point de vue, je ne vois pas comment je peux aller jusqu’à perdre l’intelligence en voyant en celui qui refuse de remettre le pouvoir, mon bienfaiteur. Alors, même en politique, les intellectuels burkinabè sont appelés à plus d’effort d’analyse afin de laisser de la clairvoyance, de la lucidité et de la vision aux générations à venir. L’aveuglement devant l’argent ne doit pas faire perdre de vue l’avenir et le devenir de ce pays.

La misère comme fonds de commerce

De la même façon, il est temps d’arrêter d’exploiter la misère des jeunes en faisant d’elle un fonds de commerce à travers la création de partis politiques dits d’opposition mas qui ne s’opposent à rien. Et le cas de l’ADF-RDA est une honte pour la démocratie burkinabè. Certes, les plus avertis savaient depuis la précipitation avec laquelle le parti a été retiré des mains d’Hermann Yaméogo et l’urgence avec laquelle le récépissé a été délivré, que l’ADF-RDA n’était pas un parti d’opposition au sens noble du terme. Seulement, on s’attendait à une suite logique du jeu jusqu’à l’élection présidentielle.

Présentée comme le parti de la jeunesse, l’ADF/RDA avait effectivement conquis la confiance de bon nombre de jeunes. Quel jeune ne serait pas fier de voir un autre jeune à de très hautes sphères de décisions, pour peu qu’il soit un jeune consciencieux ? Et le Président Compaoré a senti venir le danger, si le jeu doit continuer. En effet, puisque tout se fait dans le noir, la base de l’ADF-RDA n’était pas censée être au courant d’un tel jeu.

Alors, l’expression allait être franche dans l’isoloir. Et ça risquait de ne pas plaire au Président sortant. Et c’est là que sont encore intervenues des valises d’argent. Ainsi, il s’est encore retourné vers notre argent, même si la famille ADF-RDA refuse totalement de voir la chose sous cet angle. Je n’ai pas voulu trop parler du Professeur Laurent Bado dans cet article, même si vous avez compris que j’ai fais allusion à lui, car lui au moins reconnaît avoir mangé.

"Sans argent, le président Compaoré n’a personne"

Dans l’histoire politique du Burkina Faso, Gilbert Ouédraogo se voyait comme un pionnier en matière d’émergence d’un jeune en politique. Et c’est avec lui également qu’on a découvert qu’un chef de file de l’opposition pouvait subitement devenir un mouvancier de haut rang, à un congrès censé l’investir à une élection présidentielle.

Et on veut empêcher l’opinion de dire que c’est parce que le président du Faso a, à la présidence, des valises d’argent, notre argent, qu’il utilise à souhait, qu’il y a eu un tel scandale politique. La valise d’argent de Sankara, dont il assurait la garde, a dû lui apporter vraiment de la chance à tel point qu’il ne peut plus s’en défaire. Seulement on est obligé de lui demander d’arrêter ce genre de pratique.

L’autre aspect qui mérite que l’on attire l’attention, dès maintenant, du Président sur cette distribution nocturne de notre argent, c’est ce fait insolite qui est rapporté dans certains milieux à Ouagadougou.

Un ministre de l’actuel gouvernement du Premier ministre Paramanga Ernest Yonly, pour séduire une belle créature qui perturbe certainement son sommeil, lui aurait dit : « Je suis très sollicité. Ensuite je dois construire bientôt mes cinq (5) immeubles en même temps pour les ajouter aux autres que j’ai déjà. Je voulais construire les dix (10) que j’ai prévus, mais je préfère faire démarrer d’abord cinq (5). Tu as une préférence de plan ? ». La demoiselle, pour être curieuse, joue au jeu : « Il faut que nous tous on devienne ministre, car ils sont bien payés hein ! ».

Et voilà notre ministre : « Of, même si on n’est pas bien payé, il suffit d’aller voir le Grand Boss, il n’ose pas refuser. Il sait que s’il ne fait pas ça il n’aura personne avec lui". C’est après cet entretien qu’il aurait totalement perdu celle qui dérangeait son cœur et qui l’a raconté à des amis. On n’est pas obligé de croire que les propos du ministre étaient sincères quant à la construction des immeubles à la fois. Il paraît que pour avoir les femmes, il faut les flatter et surtout montrer qu’on n’est pas petit.

Ce qui compte ici, c’est l’esprit qui règne dans ce milieu et qui est connu de tous. Sans argent, le Président Compaoré n’a personne. Il doit le savoir. Et avoir le monde avec lui, c’est utiliser au maximum notre argent. Et c’est cette utilisation qui explique la misère crasseuse des populations que nous connaissons. Les Burkinabè accumulent les rancœurs

Certes, on ne critique pas un roi, paraît-il. Il semble qu’il peut te faire tuer. Mais en pays lobi, on nous apprend très tôt que quand quelqu’un pose un acte que tu n’apprécies pas bien, il faut le lui dire ouvertement, avec les mots qui te conviennent et ne plus en faire un problème. Autrement dit, si tu la ’’mets’’ (la personne) dans ton ventre, tu vas mourir. On grandit avec et j’y crois fermement. De ce fait, entre le silence et le non-silence, il y a toujours la mort. Et entre la culture politique et la culture traditionnelle en la matière, je choisis celle de mes ancêtres.

C’est pourquoi de temps à autre j’ose utiliser les mots qui me conviennent pour m’adresser au président du Faso, donc roi, car le bonheur ou le malheur du Burkina Faso et des Burkinabè dépend en grande partie de lui. Cela n’est un secret pour personne. Les Burkinabè cumulent chaque jour ce qu’ils n’ont pas le courage de dire maintenant. Et ce n’est pas pour arranger les choses à l’avenir ; car ’’le jour viendra (dont on entend parler)" n’est pas un bon signe’’. Ayons le courage de dire clairement, ouvertement et maintenant au Président Compaoré que nous ne sommes pas d’accord et contents de certaines de ses pratiques. En démocratie on ne peut pas l’accepter.

Jonas Hien
L’Observateur

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