Actualités :: Vie des partis : le calice de la honte

"Laurent Bado et Gilbert Ouédraogo ont imprudemment décollé un pan du ciel qui s’écrasera sur eux". Le moins qu’on puisse dire est que l’auteur des lignes qui suivent n’est pas tendre avec ces deux leaders politiques qui vont boire, selon ses dires, la calice de la honte jusqu’à la lie.

Laurent Bado et Gilbert Ouédraogo ont trahi ! "Il pleure dans le cœur des hommes intègres comme il pleut sur tout le pays".

Ce qui ne devrait pas arriver est arrivé, implacable. En effet, il s’est produit au Burkina Faso, terre de dignité et d’honneur, deux tsunamis politiques d’une forte magnitude dépassant l’échelle d’Imamura.

Le premier tsunami est la décision osée et historique du leader de l’ADF-RDA d’arrimer son parti au char du CDP.

Le second est le grand déballage de la figure emblématique de l’OBU, Laurent Bado, qui déclare avoir pris, lui et Emile Paré, trente millions de la part de l’enfant terrible de Ziniaré.

Ces prestations inattendues et incroyables de ces deux ténors de l’opposition ont plongé le pays dans l’affiliation la plus totale. La population, révoltée dans son âme et dans sa chair, n’a plus que des yeux effarés pour regarder ce spectacle infâme et abject.

Les décisions du premier congrès ordinaire de l’ADF-RDA étaient très attendues. Au final, elles sont tombées comme un couperet.

On ne se lasse pas de se demander ce qui s’est passé au juste dans les pâturages luxuriants du parti de l’éléphant. Quelle mouche de malheur a pu bien piquer Me Ouédraogo le précipitant dans les abîmes ?

Bon nombre de gens susurrent que le maître n’est qu’un homme de paille et qu’en réalité tous les leviers du parti sont entre les mains de son père, le duc du Yatenga. En s’alignant honteusement et maladroitement derrière le rouleau compresseur du CDP, Gilbert a compromis dangereusement son avenir politique. Le peuple burkinabè est en majorité analphabète mais pas bête, le peuple souverain et éternel lit entre les lignes.

Personnellement, à l’annonce de la décision, nous eûmes l’impression que notre fontanelle s’ouvrait. Dans la nuit du 3 juillet, nous ne pûmes fermer l’œil. Notre être intérieur était en révolution, en proie au plus violent tumulte.

Ironie du sort ! Pendant que Me Ouédraogo et les siens mettaient un point à leur congrès historique, Laurent Bado, lui, faisait éclater sa bombinette. Le grand déballage eut lieu. Le parangon de la probité, la voix des sans-voix, avoue avoir reçu la rondelette somme de trente millions de son adversaire politique. Incroyable, les dieux sont tombés sur la tête !

Le peuple, mortellement vexé, n’en revient pas. Cette gifle, mordante, est dure à encaisser. Nous nous disions que tout le monde pouvait trahir sauf l’éminent professeur. Einstein n’avait pas tort, lui qui disait que de l’Homme il ne dira plus rien, car il est inconstant. La jeunesse burkinabè, désemparée et déboussolée, avait vu en lui, le guide capable de l’extirper dans tourments. Erreur !

Il n’est pas de poison plus violent que la trahison

Après son déballage, une vague de colère se répandit en nous et nous envahit au point de nous aveugler. C’est incroyable. Il est des choses qui se passent au Burkina que Kafka et Rocambole n’auraient pu concevoir. Bado a commis la plus grosse erreur de sa vie. Son mythe, sa popularité ont fondu sur-le-champ comme du beurre au soleil. Le peuple, trahi, est amer et inconsolable. Cela est légitime et naturel puisque nous ne connaissons pas d’arme plus meurtrière ni de poison plus violent que la trahison. Il est des douleurs morales tellement intenses que la constitution humaine n’y peut résister.

Le parti au pouvoir a diagnostiqué la principale faiblesse des opposants burkinabè.

Nombre d’entre eux tremblent devant "les feuilles". Le CDP a compris que pour prendre une citadelle, il faut avoir des amis à l’intérieur. Ainsi, des taupes travaillent avec maestria pour déstabiliser l’opposition. Des opposants sans conviction politique, des saltimbanques, des bouffons répondent de façon déconcertante aux sirènes du pouvoir. Mais messieurs du CDP !, en broyant l’opposition, vous n’aurez plus personne en face de vous. Ne dit-on pas que vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ?

Ne vous amusez plus avec le peuple

Présentement, il ne reste plus qu’à Laurent Bado et à Gilbert Ouédraogo de s’enfoncer dans le ventre de la terre ou de se brûler la cervelle. Ces deux hommes, hier adulés, viennent de donner un coup de main au recul de la démocratie au Faso. Même nos ancêtres tressaillent de honte dans leur tombe.

Flatté par le P.F. qu’il est le meilleur opposant capable de donner un coup de fouet à l’opposition, Bado n’a pas flairé le piège et s’est comporté comme le loup de la fable. Flatté, lui aussi, par le renard, l’imprudent animal eut la mâchoire brisée par le cheval. L’enfant terrible du Sanguié va boire le calice de la honte jusqu’à la lie. Que dire d’Emile Paré, empêtré lui aussi dans cette affaire sordide. Interrogé par la chaîne du plaisir partagé, fuyant la question, il s’est exprimé en termes sibyllins. Plus de lumière, monsieur le docteur !

Du moins Laurent Bado, Gilbert Ouédraogo ont effrontément ouvert les vannes de la colère du peuple. Les deux leaders ont imprudemment décollé un pan du ciel qui s’écrasera sur eux. Ils seront relégués à la poubelle de l’histoire pour se prendre dans les mésaventures de la conscience nationale.

Messieurs de l’opposition, ne vous amusez plus avec le peuple. Ayez peur de lui. Ne souillez plus, ne profanez plus l’œuvre titanesque et herculéenne réalisée et léguée par les grands-parents. Sans remonter au déluge, l’épopée de la trahison a commencé avec Hermann Yaméogo. C’est lui qui a ouvert la boîte de Pandore et cela a fait tache d’huile. Mais face aux turpitudes blessantes de ses fils, face aux humiliations les plus abjectes, le peuple reste serein.

Ô Burkina Faso ! Patrie bien aimée et qu’on pleure présentement, sache que devant les trahisons et les têtes courbées, devant le silence des gens bien, il y a encore des cœurs fiers et purs, dévoués à ta cause. Nourri de stoïcisme, le peuple possède un courage qui s’affermit dans l’adversité. Rien ne rend un peuple si grand qu’une grande douleur.

Issa Semdé Secteur n°19 Nonssin

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