Actualités :: Débat : L’élégance d’un chef de file de l’Opposition

L’auteur de cet écrit, "aspirant militant ADF-RDA", comme il se définit lui-même, soutient la décision du parti de Me Gilbert Ouédraogo de se débarrasser de sa tunique de chef de file de l’opposition.

La décision la plus importante à l’issue du 13e congrès de l’ADF-RDA, tenu les 2 et 3 juillet 2005, reste, de notre point de vue, celle de la suspension du titre de chef de file de l’opposition, que la loi n° 007-2000 du 25 avril 2000 portant statut de l’opposition confère à Maître Gilbert Noël Ouédraogo, président dudit parti.

Ce n’est pas le soutien à Blaise Compaoré, comme tentent de le faire croire certains analystes qui concluent à la démission de Me Gilbert Noël Ouédraogo après ce que l’on est convenu d’appeler "le coup du vieux Gérard".

C’est la décision la plus importante parce qu’elle exonère le parti de l’éléphant de multiples explications, à n’en pas finir, pour justifier le soutien d’un chef de file de l’opposition à un président du Faso sortant, et aussi elle recentre le débat sur les notions d’opposition et de majorité et celle de mouvance présidentielle, que certains ont souvent du mal à définir et à situer dans leur contexte.

A vrai dire, beaucoup de débats et d’invectives lancés ces temps-ci pour ou contre le parti de l’éléphant méritent que l’on recentre le débat sur le titre de chef de file de l’opposition et sur les notions même d’Opposition, de Majorité et de Mouvance présidentielle.

Au terme de la loi sur le statut de l’opposition, le chef de file de l’opposition est le premier parti de l’opposition ayant le plus grand nombre d’élus à l’Assemblée nationale. En cas d’égalité de sièges, le chef de file de l’opposition est le premier responsable du parti ayant totalisé le plus grand nombre de suffrages exprimés aux dernières élections législatives.

On peut soutenir Blaise et être de l’Opposition

Au regard donc de cette définition, si nous regardons aussi la représentation nationale actuelle : le CDP (avec 57 élus), pour conforter sa majorité, a coopté d’autres partis tels que le PAI (5 élus), l’UPR (6 élus) et la CFD (1 élu) du groupe parlementaire CFR sans compter le parti du député Boniface Zongo (1 élu) ;

il se trouve que c’est toujours l’ADF-RDA avec ses 13 députés (10 députés originels plus 3 députés transfuges du PAREN) qui, ne faisant pas partie de cette majorité parlementaire ci-dessus désignée en même temps que tous les autres partis de l’opposition regroupés au sein des groupes parlementaires PDP/PS - apparenté et Justice et Démocratie, reste le parti dont le premier responsable est le chef de file de l’opposition, au regard de la loi.

Mais si l’ADF-RDA elle-même décide de suspendre cette position (on ne peut pas être plus royaliste que le roi), n’est-ce pas pour éviter les polémiques souvent entretenues par des gens ignorants ou de mauvaise foi, et pour instaurer le débat pour l’émergence d’une nouvelle culture démocratique ?

1 - L’opposition est un concept qui se définit par rapport à une majorité. On a souvent tendance à dire que la majorité gouverne et que l’opposition s’oppose.

Une majorité, si elle est bien comprise et bien définie, se détermine à l’Assemblée nationale, qui est la représentation même des suffrages exprimés par le peuple pour désigner ses représentants. Elle ne se définit pas d’emblée par rapport à un président de la République, ou du Faso, pour le cas qui nous concerne.

C’est la majorité dégagée à ce niveau qui fait les lois de la République, et du rang de laquelle est issu le Premier ministre, chef du gouvernement, donc qui a le pouvoir. Ne dit-on pas que c’est celui qui fait les lois qui a le pouvoir ?

Celui dont le parti politique n’est pas de cette majorité, et partant du gouvernement Yonli au Burkina Faso, n’est donc pas du pouvoir, il est de l’opposition. 2 - On peut soutenir Blaise Compaoré, président sortant, comme candidat à l’élection présidentielle du 13 novembre 2005 à venir, et être de l’opposition.

La coïncidence de la majorité avec le parti présidentiel (le CDP) à l’Assemblée nationale actuelle rend difficile cette compréhension, mais sachez que Blaise Compaoré peut être de l’opposition lui-même, à plus forte raison celui qui soutient sa candidature.

Le jour où Blaise Compaoré sera de l’opposition, cela voudrait dire que son parti ou l’ensemble des partis qui le soutiennent n’ont pas pu obtenir une majorité à l’Assemblée nationale ; ce qui aura pour conséquence qu’il n’aura pas un Premier ministre dans ses rangs et ne gouvernera donc pas.

On parlera en ce moment de cohabitation comme au Niger des années 1990 où Mahamane Ousmane, président de la République, était opposé au Premier ministre, Hama Amadou, une cohabitation qui a dégénéré et qui a abouti au coup d’Etat de Baré Maïnassara, ou comme en France entre le président Chirac, "gaulliste", et le Premier ministre Jospin, "socialiste" , deux fois de suite...

Une correction républicaine

Que l’ADF-RDA soutienne Blaise Compaoré, c’est bien pour des configurations futuristes de l’Assemblée nationale ou du gouvernement, mais cela ne lui enlève en rien sa qualité de premier parti de l’opposition actuelle, car l’opposition ne se définit pas, comme nous le disions plus haut, par rapport à un président de la République (du Faso) mais bien à une majorité qui gouverne.

Les 22 partis de l’Alliance pour la Mouvance présidentielle (AMP) ayant signé autour du CDP pour soutenir le même Blaise Compaoré (c’est à son honneur !) ne sont pas à comparer aussi à l’ADF-RDA parce qu’ils ne sont pas allés vers le président du Faso de la même manière et sur la même route. C’est une rivalité dont Blaise Compaoré seul aura le secret de la gestion.

Donc, même si on peut considérer l’ADF-RDA comme étant de la mouvance présidentielle, seulement au soir du 13 novembre 2005, il y a quand même des nuances très importantes à faire

Voilà ce qu’il ne faut pas confondre quand on traite de la décision prise par l’ADF-RDA à son 13e congrès ordinaire de soutenir le candidat Blaise Compaoré à l’élection présidentielle du 13 novembre 2005. 3 - Un autre aspect de la décision d’abandon du titre de chef de file de l’opposition est le rejet, au nez et à la barbe des ténors du CDP, "du plat vide" de cette chefferie qu’ils ont, dans leur volonté de bâillonner l’opposition, tendu au président de l’ADF-RDA.

Eux qui croyaient bien faire en agissant ainsi doivent être aujourd’hui en train de méditer sur leur acte parce qu’ils se rendent compte qu’une loi ou une mesure prise à la tête d’un client peuvent se retourner contre soi-même ou contre un partenaire. Merci aux militants de l’ADF-RDA pour cette correction républicaine.

La décision controversée de l’ADF-RDA de soutenir la candidature de Blaise Compaoré, assortie de la suspension du titre de chef de file de l’opposition par ce parti, montre l’élégance même de l’éléphant, qui, bien qu’étant fort et confiant, marche lentement et inexorablement vers son but.

4 - Pourquoi donc soutenir Blaise Compaoré ?

Nous pensons que cette question a été minutieusement étudiée par le parti avant qu’il s’engage. A ce que nous sachions, le parti renferme des cadres politiques compétents et sages que seul l’avenir pourra réhabiliter dans leur clairvoyance.

En avant donc, pour Blaise Compaoré !

Touré Issiaka Barrou
Aspirant militant ADF-RDA
Tél. : 70 25 23 17

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