Actualités :: Journée nationale de pardon : "Des milliards pour cacher la vérité"

Le 30 mars 2005 a été célébrée au Burkina la Journée nationale de pardon. Dans les lignes qui suivent, Me Bénéwendé S. Sankara, président de l’UNIR/MS, se prononce sur ladite journée, qui n’est autre, selon lui, que "des milliards pour cacher la vérité".

Le 30 mars a encore été l’occasion pour le peuple burkinabè et pour les amis du Burkina Faso de mesurer l’ampleur de l’inconduite d’une extrême dangerosité du pouvoir de la IVe République. Le peuple est en effet confronté à une dérive du pouvoir avec pour conséquence l’ensablement d’un système d’ablation des valeurs qui particularisaient le Burkina Faso et en constituaient aussi l’essence.

A la faveur de l’ignorance, de l’obscurantisme, de la misère ou de l’extrême pauvreté, le régime ploutocrate de Blaise Compaoré a réduit bien des citoyens à leur simple statut d’indigents avec moins d’un dollars US par jour pour vivre. Le pire n’est pourtant plus seulement la misère endémique des Burkinabè, mais la propension de certains à s’aliéner et à hypothéquer notre avenir.

La Journée nationale de pardon s’inscrit dans cette logique. Nous l’avons déjà dénoncée dans son fond, car le pouvoir, qui ne manque pas d’ingéniosité, sait très bien que le Burkinabè est tolérant et sait pardonner. C’est pourquoi, abusant de cette prédisposition, Blaise Compaoré veut amener tout un peuple à renier le passé, la vérité et la justice en tant que valeurs essentielles qui fondent un Etat digne de ce nom.

Quand on sait que la tolérance et le pardon n’ont de sens que dans la vérité, la sincérité, la dignité et l’honneur, qui magnifient l’homme en lui rendant justice, on se convainc que tous ceux qui applaudissent aujourd’hui cette trouvaille machiavélique de Blaise Compaoré n’aiment ni la vérité, ni la justice. Par conséquent, ils n’ont ni toléré ni pardonné ; ils ont simplement trouvé la belle occasion pour s’enrichir ou se faire coopter par un pouvoir qui se targue d’éloges dans l’infamie d’avoir dépensé des milliards pour cacher à son peuple la vérité.

Une injustice institutionnelle

Peuple du Burkina Faso, c’est ça aussi le régime de Monsieur Blaise Compaoré : corruption et injustice. Pendant que, pour relever les défis du millénaire, le monde s’unit autour de valeurs communes pour permettre d’atteindre les objectifs de démocratie, de bonne gouvernance, de paix, de sécurité, etc., le pouvoir de la IVe République préfère marcher à reculons en créant par exemple d’une part, les conditions d’une injustice institutionnelle et sociale, et d’autre part, par l’absence d’une politique socio-économique qui prend en compte les problèmes prioritaires vitaux de santé, d’éducation et d’emploi de notre peuple.

A titre illustratif, l’appareil judiciaire est devenu une machine de règlement de comptes et de corruption avec le risque majeur qu’avec son manque de fiabilité, il ne peut plus sécuriser et mettre en confiance les citoyens et les investisseurs. C’est pourquoi j’appelle avec insistance le peuple burkinabè à se réveiller et à dire non à une justice instrumentalisée qui nargue notre peuple et spolie les honnêtes citoyens dont l’intégrité ne peut que gêner une justice déjà souillée.

L’heure est donc grave et nous invitons les fils et les filles du Burkina qui ne l’auraient pas encore compris à se réveiller. Si nous continuons par notre silence à cautionner la parodie de justice, nous aurons tous démissionné et l’histoire ne nous pardonnera pas, les amis du Burkina Faso et les bailleurs de fonds aussi.

Par exemple encore, la façon dont les dossiers de Thomas Sankara et de Clément Oumarou Ouédraogo ont été traités illustre bien la nature servile de notre justice et préfigure le sort qui attend tous les autres dossiers de crimes de sang qui encombrent les tiroirs de la IVe République. Si donc le peuple reste dans la passivité, Blaise Compaoré et ses conseillers déduiront que le ballon d’essai a produit des résultats satisfaisants.

Ce serait alors la porte ouverte à tous les bradages, à commencer par l’affaire Norbert Zongo. C’est dans ce sens qu’il faut d’ailleurs comprendre la sortie malheureuse, mais minutieusement préparée de Monsieur François Compaoré ainsi que tout le bataclan médiatique qui s’en est suivi.

Seulement, notre justice est si éclaboussée que, par exemple, le ministre de la Justice, qui a cherché à cacher la vérité dans l’affaire Clément Oumarou Ouédraogo par des communiqués de presse mensongers, s’est vite ridiculisé et apprend certainement à ses dépens qu’on ne peut pas cacher la vérité, même à coup de milliards.

S’il le faut, je reviendrai au barreau

Peuple du Burkina Faso, quand le ministre de la Justice d’un pays ment publiquement, que peut-on encore attendre de son gouvernement ? Absolument rien !

C’est pourquoi malgré les tentatives d’esquive comme les procès-illusions, les menaces et les intimidations de tous genres, je reste persuadé et convaincu que les Burkinabè ont d’abord envie de vivre dans la dignité, dans l’intégrité et à l’abri de la peur. Ils ont besoin d’être libres, car avoir la démocratie formelle ne suffit pas. Et le citoyen (malgré son droit de vote) qui est analphabète et affamé n’est point un homme libre.

Dans la déclaration du millénaire, la protection et la promotion des valeurs universelles que sont la primauté du droit, les droits de l’homme et la démocratie, constituent une fin en soi, car elles sont indispensables pour instaurer un monde de justice et de stabilité. Au Burkina Faso, l’Union pour la renaissance/Mouvement sankariste (UNIR/MS) a compris cela. C’est pourquoi, dès sa naissance elle a proclamé sa fidélité aux idéaux de Thomas Sankara, qui consistent pour les Burkinabè, à vivre d’abord dignement.

C’est le sens du combat que j’ai jusqu’ici mené en tant qu’avocat. Ce combat, certes professionnel et sacerdotal, m’a conduit à des responsabilités politiques énormes et considérables, dont mon siège à l’Assemblée nationale et au Parlement panafricain. En outre, j’ai été retenu par le groupe des partis politiques d’alternance 2005, comme candidat à l’élection présidentielle de 2005.

Ce sont tant de preuves de soutien et d’adhésion du peuple à notre combat. Mais face à un régime qui a érigé l’injustice en système de gouvernance, ma conviction est établie que ce peuple a plus que jamais besoin d’être protégé et défendu, dans l’attente d’une alternance politique crédible ou d’une alternative qui le mettra à l’abri du besoin et dans une liberté plus grande.

L’UNIR/MS se bat pour cela, et son action a besoin d’être renforcée sur le terrain judiciaire, où des acteurs intrépides ont besoin de renfort. S’il le faut, je n’hésiterai pas à reprendre mes activités professionnelles d’avocat pour participer à cette grande bataille.

En approfondissant la réflexion sur mon éventuel retour au barreau, je veux tout simplement rassurer le peuple burkinabè de ma grande détermination à le défendre partout et à être son avocat, c’est-à-dire l’avocat du peuple burkinabè, dont la cause doit être gagnée en 2005.

Avec le peuple, victoire !

Johannesburg le 31 mars 2005

Maître Bénéwendé S. Sankara Président de l’UNIR/MS

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