Actualités :: SOPROFA : Après la tempête, les faits

Depuis un certain temps, dans la presse nationale, la situation de la SOPROFA défraie la chronique. Tout d’abord une série d’articles de presse a présenté la SOPROFA sous un mauvais jour en réaction, la Direction générale a sonné la charge par des droits de réponse suivis d’une interview du Directeur général.

En parcourant tous ces écrits et au regard de la situation de notre agriculture, le constat est qu’il manquait une structure de commercialisation pour les filières autres que le coton. La SOPROFA, malgré les difficultés de départ, était un chaînon manquant.

Le diagnostic était connu et bien partagé : l’agriculture burkinabè souffrait de l’absence d’une structure de commercialisation de ses produits (excepté le coton). L’exemple de l’or blanc avec la SOFITEX avait fini de convaincre producteurs et décideurs que les filières ne pouvaient être développées sans débouchés commerciaux.

C’est une logique implacable ; on ne produit en quantité intéressante que si l’on est sûr de pouvoir vendre. Le ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques, Salif Diallo, prend la mesure du problème, mais se convainc que ce n’est pas le rôle de son département de vendre des céréales, de la tomate, des fruits, etc.

Il parvint à convaincre un privé, le Groupe Aiglon à travers la SOPROFA, de s’investir dans ce créneau, le chaînon manquant de l’agriculture du Burkina. En 2002, la SOPROFA s’installe avec des ambitions bien nobles. Elle s’engage au-delà de la simple commercialisation pour accompagner les producteurs avec des crédits intrants. L’Etat burkinabé venait de réussir un grand coup au profit des producteurs.

Et pour soutenir la nouvelle société, l’Etat rentre dans le capital à hauteur de 25%, soit 125 millions de francs CFA. Jusqu’alors rien à dire ; la SOPROFA répond au profil de la structure d’accompagnement qui manquait aux autres filières (excepté le coton). L’Etat burkinabé a donc tout intérêt à encourager la SOPROFA par des mesures initiatives. Ce qui est tout à fait normal.

Tout Etat soucieux du bien-être de ses producteurs ne pourrait que prendre des mesures d’encouragement au profit d’un privé qui accepte d’engager des investissements à hauteur de 15 milliards de francs CFA sur deux (02) ans avec des effets induits d’une vingtaine de milliards en achat direct auprès d’environ 400 000 producteurs agricoles.

On ne peut logiquement reprocher aux décideurs notamment le ministre d’Etat Salif Diallo son engagement à résoudre le problème de commercialisation des produits agricoles. C’est une bagarre absurde. D’ailleurs, tous ceux qui sont à l’écoute des producteurs ont dû noter la récurrence du problème d’écoulement soulevé lors des différentes journées nationales du paysan.

En ce qui concerne la SOPROFA et le Groupe Aiglon, leur intérêt pour la commercialisation des produits agricoles a été salué en son temps.

En deux ans, que s’est-il passé pour susciter des attaques tous azimuts sur le Groupe Aiglon et sa structure SOPROFA ? Les griefs sont pour l’essentiel le licenciement d’employés et les difficultés rencontrées dans l’achat du paddy de CANI. Voilà ce qu’on reproche à la SOPROFA. Peu importe les raisons évoquées par la société pour justifier sa restructuration et sa réorganisation.

De façon unanime, la perte d’emplois est toujours déplorable, quelles que soient les raisons. Pour ses difficultés économiques, la Direction générale de la SOPROFA procède à une restructuration de la société dont l’une des conséquences est la compression de quatre (04) employés. Certes, cela est regrettable, mais vouloir préserver quelques emplois et sacrifier toute la société, y a-t-il un dilemme ?

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain

Certainement pas. En sauvant la SOPROFA, on sauve les autres emplois et l’espoir est permis pour une création de nouveaux postes dans le futur. Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Bien entendu, il est plus aisé de plaider la cause des producteurs et des employés considérés comme les sans-voix. Et pourtant il faut avoir le courage d’examiner sans état d’âme les faits.

L’achat du paddy de CANI et le non-respect des échéances de paiement est le second « péché » de la SOPROFA. Là aussi les faits sont précis. Un contrat signé par la CANI régit ses rapports avec la SOPROFA. Le nœud du problème est le taux d’humidité élevé du paddy.

Les membres de CANI eux-mêmes ont constaté les faits et les désagréments qui y sont liés. La SOPROFA n’a pu respecter l’échéancier, faute de ressources puisque le paddy n’a pu être décortiqué et vendu. Ici, la responsabilité de CANI reste entière. Malgré cela, La SOPROFA est en pourparlers avec CANI pour résoudre le problème. C’est quand même un témoignage de la bonne foi de cette structure.

Pour dire vrai, ce n’est pas la SOPROFA seule qui fixe des normes de qualité. La SOFITEX par exemple classe le coton en premier ou deuxième choix, ce qui détermine le prix d’achat aux producteurs. Ce n’est donc pas une nouveauté pour les producteurs.

La SOPROFA est présentée comme une société vorace, soucieuse seulement de ses intérêts, alors que les producteurs et employés sont les victimes.

Et pourtant, l’encours des crédits producteurs est de 113 000 000 FCFA, toute chose que la structure va solder d’ici à décembre 2004 comme l’affirme le Directeur général ; ce qui est loin d’être le cas du solde des impayés intrants producteurs qui est pratiquement stationnaire à 529 868 448 FCFA sans espoir de récupération.

Alors qui est la victime ? Réponse à un sou. La SOPROFA, par ailleurs, est victime du non-respect des contrats de production par certains producteurs. La SOFITEX est passée par là et a été contrainte d’assainir la filière coton avec la mise en place des Groupements de producteurs de coton (GPC) en lieu et place des Groupements villageois (GV).

En voulant accompagner la production en amont et assurer la commercialisation en aval, la SOPROFA a peut-être trop embrassé et l’étreinte a failli l’étouffer puisque ses partenaires n’ont pas tenu leurs engagements.

C’est du reste la cause de la restructuration et de la réorganisation. Aujourd’hui, la Direction générale réoriente la société pour se consacrer à sa vocation de commercialisation. C’est certainement la solution pour sauver la SOPROFA pour qu’elle puisse mieux servir notre agriculture.

En deux ans, la SOPROFA a donné toutes les raisons de son utilité. Pour des difficultés liées à sa jeunesse, il faut plutôt l’aider à s’implanter. Autrement, si la SOPROFA disparaît, c’est l’espoir de nombreux producteurs qui se noie parce que sans structure de commercialisation. Et ce ne sera certainement pas facile de trouver un autre privé qui acceptera d’engager tant d’investissements sans avoir le monopole de l’achat d’une production incertaine.

Ouattara Kalifa Moussa,
Producteur à Bobo-Dioulasso

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