Actualités :: Crise en Côte d’Ivoire : Une prise de position qui vient à point (...)

Les interventions du président libyen, le colonel Kadhafi, lors du dernier sommet de la CEN-SAD, continuent de susciter les réactions de la classe politique. Dans la présente déclaration, Me Hermann Yaméogo, président de l’UNDD, pense que si la prise de position du leader libyen sur le problème ivoirien a étonné, il n’en demeure pas moins qu’elle vient apporter une opportunité pour relancer le processus de règlement de la crise.

L’un des faits marquants du dernier Sommet de la CEN-SAD, tenu à Bamako, aura été l’adhésion de la Côte d’Ivoire à l’organisation, précédée des prises de position du colonel Kadhafi sur la crise ivoirienne et sur la nécessité de responsabiliser le président Laurent Gbagbo dans la recherche de la paix dans son pays.

Prenant à contre-pied l’opinion de certains membres de la CEN-SAD, se démarquant de la propension qu’ont les Africains à se défausser de leur obligation sur les pays riches et les organisations internationales pour la résolution des différends africains, le président libyen a, à la façon iconoclaste qui lui est propre, déclaré qu’il fallait laisser le président ivoirien, élu par les Ivoiriens, œuvrer pour ramener la paix en terre éburnéenne. Il est même allé jusqu’à dénoncer les ingérences multiples en Côte d’Ivoire, dans le cadre de ce conflit et jusqu’à fustiger toutes les rébellions qui ne font pas du bien à l’Afrique.

Sur la question, il n’a pas eu de mots assez durs pour les rebelles, les traitant d’« aventuriers, de fauteurs de troubles, de satans... », c’est là une vision que beaucoup d’opposants africains ne peuvent que partager, eux qui, ayant loyalement inscrit leur action dans la légalité constitutionnelle, voient leurs dirigeants caricaturer, dévoyer la démocratie dans le silence des partenaires au développement, et ces mêmes partenaires légitimer des rebelles africains, leur dérouler le tapis rouge alors qu’ils se garderaient bien chez eux de faire de même, par exemple vis-à-vis des rebelles tchétchènes. Cette sortie du colonel Kadhafi, intervenant après le dernier rapport des Nations unies sur les événements des 25 et 26 Mars à Abidjan, met les pieds dans le plat et a tout d’une douche écossaise pour beaucoup.

En effet, elle prend à rebrousse-poil tous ceux qui, comme le ministre Alliot-Marie, ont dès le lendemain du 19 septembre 2002, imposé sans discussion possible la notion de crise ivoiro-ivoirienne, reprise abondamment à la volée, notamment au Burkina Faso, et pour cause ! Elle accrédite par contre la position de l’UNDD et des partis de l’opposition, qui a toujours été qu’il fallait considérer cette crise à travers toutes ses implications, comme une crise ivoiro-sous-régionale. Le colonel Kadhafi, même s’il a beaucoup à se reprocher, s’il est loin d’être un parangon de vertu démocratique, est l’un de ces rares chefs d’Etat africains qui n’a rien à devoir à personne.

C’est pour cela que, reprenant ce que Nelson Mandela, un autre homme libre du continent, a dit récemment au Parlement sud-africain, il a pu dénoncer le comportement intéressé, égoïste de certaines puissances, certains lobbies, certaines organisations internationales instrumentalisées par les pays riches, qui, dans leur volonté de domination de l’Afrique, n’hésitent pas à susciter coups-d’Etat et rébellions coûteux à tous points de vue. C’est la situation caractéristique que connaît la Côte d’Ivoire et bien d’autres pays africains.

"Le pouvoir ivoirien a marqué un point"

Ces prises de position du colonel, dans le contexte que nous vivons, ne pouvaient pas ne pas résonner comme un coup de tonnerre. Mais elles viennent apporter une opportunité majeure de relance du processus de règlement de la crise. Comme quelqu’un l’a si bien dit, parmi les acteurs qui pouvaient indiscutablement régler cette crise s’ils en avaient la ferme intention, il y a la France et les Nations unies. Ni l’une ni l’autre ne semble toutefois, au stade actuel, en situation de régler le conflit. Le colonel Kadhafi (même si ses propos ne sont pas sans calcul) est un autre acteur important qui pourrait aider à ramener la paix dans le pays d ’Houphouët Boigny. Vis-à-vis de la France, il ne manque pas d’atouts pour que ses points de vue soient pris en considération. Vis-à-vis du Burkina, la question ne se pose même pas : ce que Blair est à Bush, Compaoré l’est davantage à Kadhafi.

Par ailleurs, la CEN-SAD, qui ne cesse de s’agrandir, est composée d’Etats dont bien peu peuvent aller sur les brisées du colonel. La bonne preuve, c’est que, sans qu’ils ne trouvent à y redire, il a invité Laurent Gbagbo à Bamako, fait entrer la Côte d’Ivoire manu militari au sein de la CEN-SAD, qui plus est en faisant la leçon à tous ceux qui sèment la pagaille en Côte d’Ivoire. La bonne preuve en est que, non seulement il ne s’en est pas trouvé pour faire des objections, mais qu’au moment du départ, c’est vers lui, à s’en tenir à l’Observateur paalga n° 6144 du 18 mai 2004, qu’ont afflué la plupart des chefs d’Etat, et non vers le président Amani Toumani Touré, pour remercier et prendre congé.

Alors qu’on n’a pas fini de commenter cet « esclandre » de Kadhafi, on pourra dire que le pouvoir ivoirien a marqué un point ; le président Gbagbo n’est pas ignorant du rôle que Kadhafi lui-même a pu jouer dans le conflit à ses débuts, mais il s’est gardé de l’impliquer personnellement. On sait maintenant pourquoi. En effet, en se rendant, en pleine tourmente politico-médiatico-judiciaire à Tripoli, on a su qu’il avait gardé une poire pour la soif, puisque son initiative se révèle aujourd’hui payante au plan diplomatique et politique.

Ce qu’on ne peut pas nier, c’est qu’on a avancé dans le sens de la clarification de la crise avec cette démystification des ingérences extérieures et que, si Kadhafi donne de la suite à ses propos, on pourrait progresser vers la sortie de l’actuelle situation d’impasse en terre éburnéenne. Il resterait alors un autre pas à franchir : corriger les disparités qui existent entre les pays de la sous-région, pour éviter que la Côte d’Ivoire continue d’aspirer la main-d’œuvre inemployée des autres Etats de l’Afrique de l’Ouest et de couver, en raison du déséquilibre de la politique d’intégration sous-régionale, des crises transnationales.

Ouagadougou, le 18 mai 2004

Me Hermann Yaméogo Président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD)

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