Actualités :: 75 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme : Une universalité (...)

Le 10 décembre 2023, la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) soufflait sa 75e bougie. Si des voix s’élèvent régulièrement pour contester leur universalité (des droits de l’homme), le Dawelg Naaba Boalga, Issaka Sourwema, estime dans la tribune qui suit que leur africanité est avérée tant du point de vue de la charte africaine des droits de l’Homme et des peuples que sur le plan de plusieurs valeurs qui cimentent le vivre-ensemble de nos sociétés.

Le 10 décembre 2023 correspondait au jubilé de diamant de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH), c’est-à-dire le 75e anniversaire de l’adoption de ladite déclaration. Ces soixante-quinze (75) ans ont été commémorés sous le thème « Dignité, liberté et justice pour tous ». L’évènement a donc eu lieu il y a moins de trois 03) semaines et est par conséquent récent sans oublier son importance sur laquelle tout le monde s’accorde, au moins officiellement.

Au Burkina Faso, la Commission nationale des droits humains (CNDH) a marqué cela d’une pierre blanche à travers un panel relevé organisé le 29 décembre 2023 à Ouagadougou grâce aux sollicitudes des institutions et des ministères concernés par la thématique qui étaient, du reste, fortement représentés. Les partenaires multilatéraux (dont le Haut-commissariat des Nations-Unies aux droits de l’Homme) et bilatéraux ont également apporté leur quote-part dans la réussite de l’activité.

La DUDH et les deux (02) pactes

S’agissant à proprement parler de la DUDH, elle est adossée aux deux valeurs cardinales que sont la dignité humaine et l’égalité des humains et est matérialisée par le pacte international sur les droits civils et politiques (PIDCP) et le pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) dont le 57e anniversaire a eu lieu le 16 décembre 2023. Quand bien même il y a des pays qui n’ont pas ratifié ces pactes, ou qui n’ont ratifié que l’un d’entre eux (dont notamment l’Arabie Saoudite la Birmanie la Chine, Cuba, les Émirats Arabes Unis, les États-Unis, Kiribati, la Malaisie, le Mozambique, le Qatar, le Saint-Siège et Singapour), ces textes forment, avec la DUDH, la Charte internationale des droits de l’Homme. Par ailleurs, il est vrai qu’une charte se définissant comme une entente sur des valeurs communes et partagées entre plusieurs parties tandis qu’un pacte est synonyme de convention, de traité et même de simple accord, ni l’une ni l’autre n’implique des contraintes ou des obligations d’ordre juridique de la part des entités-parties.

En rappel, le pacte international des droits civils et politiques détermine les droits ordinaires tels que le droit à la vie, l’égalité devant la loi, la liberté d’expression, les droits au travail, à la sécurité sociale et à l’éducation alors que le pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels inclut le droit au travail, le droit à la santé, le droit à l’éducation et le droit à un niveau de vie suffisant. Même si cela n’a été qu’une commémoration c’est-à-dire le fait se souvenir simplement de l’événement (alors que la célébration aurait renvoyé à la fête organisée à cet effet), il reste que le jubilé de diamant d’une telle charte qui est le fruit de la capitalisation, par les Etats, des heurs et surtout des malheurs de l’humanité pour construire un monde meilleur est d’une importance à nulle autre pareille.

Des critiques claires dans un monde dont il est compréhensible de désespérer mais…

Malheureusement, dans un monde en proie à de multiples crises, conflits et guerres civils inter-Etats, régionaux (aux causes religieuses ou considérées comme telles), intercommunautaires, idéologiques, impérialistes ou économiques, la DUDH (document servant seulement de feuille de route) et les deux pactes ne sont pas des instruments juridiques contraignants mais des textes qui n’ont qu’une valeur déclarative. Or, les contextes actuels d’instabilité sont, entre autres, les causes des difficultés voire de l’impossibilité liées à l’exercice plein et entier des libertés individuelles et collectives et de l’égalité entre des humains. Subséquemment, la charte est vite assimilée par certains Etats, certaines ONG de défense des droits humains et certaines personnalités de notoriété intellectuelle, comme un catalogue de vœux pieux. Elle semble, selon certains critiques, s’intéresser peu aux obligations (au moins morales) des Etats de respecter les droits humains. Cela a fait dire à Mme Jeane Kirkpatrick, représentante permanente des États-Unis auprès des Nations unies de 1981 à 1985 que la DUDH est comparable à une lettre adressée au père Noël.

D’un autre côté, la critique de certaines autorités ou citoyens de certains pays africains, asiatiques et latino-américains porte sur l’universalité de ces droits de l’Homme. Ainsi, ils dénoncent régulièrement une mise en œuvre et des préoccupations à géométrie variable pour les droits de l’Homme. Autrement dit, « Dis-moi de quel pays tu es, la place de ton pays dans l’économie mondiale ou sur l’échiquier diplomatique international ou de quel type de conflit il s’agit et je te dirai comme j’apprécie ta gestion des droits humains ».

… qui n’entachent en rien l’impérativité du respect des droits humains

Certes, ces critiques ne peuvent pas et ne doivent pas laisser insensibles les défenseurs et les diplomates des droits de l’Homme ; toutefois, il sied de relever que malgré le caractère non contraignant (au sens juridique) de leur application par les Etats parties, il n’en demeure pas moins que les évaluations régulières du respect des droits humains faites par les organismes spécialisés de l’ONU, les institutions nationales de promotion, de protection et de défense des droits humains et les ONG de défense des droits humains nationales et internationales, ne laissent pas les gouvernements indifférents ; eux qui sont généralement soucieux de la qualité de leur image au plan international. De plus, il convient de faire remarquer que pour les pays les moins nantis de la planète, des bons points en la matière peuvent constituer un sérieux atout pour la construction de partenariats stratégiques avantageux pour leurs populations avec les grandes puissances.

S’agissant de l’application à géométrie variable des droits humains, il ressort, à l’analyse, que ce n’est pas le principe de l’universalité des droits de l’Homme qui est sujet à caution mais que c’est plutôt l’application différenciée réelle ou supposée de ceux-ci. D’ailleurs, concernant nombre de pays subsahariens qui comptent plusieurs groupes socio-ethniques, l’appropriation des principes d’universalité des droits humains et l’exercice plein et entier de ceux-ci contribuent à édifier des collectivités politiques plus cohésives étant donné qu’aucune des composantes communautaires n’imposera ses traditions et coutumes aux autres. Par voie de conséquence, il est politiquement maladroit de contester la pertinence et l’universalité des droits humains.

L’africanité indiscutable des droits humains

Cela étant, il est impératif d’aborder également la lecture faite des droits humains par certains courants de pensées en vogue en ces temps difficiles pour nos peuples et nos Etats. Ces courants contestent l’africanité des droits en les assimilant à des éléments de « l’appareil idéologique des puissances mondiales en vue de continuer à asservir nos peuples ». Pour séduisant que puisse être cet argument qui rappelle les moments de gloire du mouvement étudiant subsaharien et des régimes révolutionnaires, il faut souligner deux (02) choses :

- La charte africaine des droits de l’homme et des peuples adoptée le 27 juin 1981 à Nairobi (Kenya) à l’occasion de la 18e conférence de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) a utilisé comme boussole la charte de cette dernière, la charte des Nations unies ainsi que la DUDH. Elle a, en outre, tenu « compte des vertus de leurs traditions historiques et des valeurs de civilisation africaine qui doivent inspirer et caractériser leurs réflexions sur la conception des droits de l’Homme et des peuples » selon son préambule. Concrètement, elle traite à égalité les droits de l’Homme et le droit des peuples africains à disposer d’eux-mêmes face au monde extérieur ; elle en fait de même avec les devoirs de l’individu envers la famille et l’État.

- Dans les cultures subsahariennes, il y a des proverbes qui enseignent les droits humains tels qu’ils sont contenus dans les dispositions de la DUDH. C’est ainsi qu’au Burkina Faso, on peut en citer quelques exemples (avec l’article correspondant entre parenthèses) :

« Les êtres humains sont comme des âmes. Ils sont donc tous de même valeur c’est-à-dire égaux » (Le droit d’être libre et égal) ;

« On ne construit pas une bergerie pour le seul bélier squelettique. Là où il y a les gros moutons, c’est là qu’on doit garder également le bélier squelettique. » (Le droit de ne pas être discriminé) ;

« Aucune vie n’est supérieure à une autre » (Le droit à la vie) ;

« Devant les différents autels [à ne pas confondre avec les fétiches qui sont le fait des marchands d’illusions], le chef coutumier ou traditionnel, le non-chef, le riche et le pauvre sont tous logés à la même enseigne comme devant la mort » (Le droit d’être égal devant la loi) ;

« Donne raison à celui qui a raison et continue à aimer celui que tu aimes ». (Le droit à un traitement équitable devant les tribunaux) ;

« Toute vie mérite protection ». C’est pourquoi les résidences des chefs coutumiers et traditionnels jouissent d’une immunité reconnue et observée par les populations. (Le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile et de trouver asile en d’autres pays).

Il en résulte que la nécessité et la réalité de l’universalité des droits humains sont des valeurs ajoutées pour notre humanité africaine d’une part et que d’autre part leur africanité est avérée tant du point de vue de la charte africaine des droits de l’Homme et des peuples que sur le plan de plusieurs valeurs qui cimentent le vivre-ensemble de nos sociétés.

Dawelg Naaba Boalga
Issaka SOURWEMA

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