Actualités :: Afrique : « Il est important de nommer les révolutions actuelles en Afrique (...)

"Révolutions éclaires subsahariennes". Voilà le nom que Kouliga Koala, docteur en administration publique et politique de développement, expert en développement et management, propose de donner aux révolutions actuelles en Afrique de l’ouest et en Afrique centrale. Ce sont des révolutions menées dans plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne par les militaires dans les années 2020 pour dénoncer les conditions sécuritaires, financières, économiques et monétaires dégradantes dans les pays concernés et au-delà, définit-il. Il pense que la nomination des évènements conduira au recadrage des politiques publiques, des politiques étrangères, à la prise de conscience, à l’action décisive, et à la recherche des solutions endogènes.

Tout d’abord, que les âmes des défenseurs des nations et les âmes des familles et citoyens tombes reposent en paix. Union de prière pour la paix.

Pour moi, il est important de nommer les révolutions actuelles en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale les Révolutions Eclaires Subsahariennes.

Pourquoi les nommer ?

Comme décrit dans la suite, l’Afrique subsaharienne, surtout l’Afrique Francophone, a à peine écrit valablement sa propre histoire. Elle valorise et immortalise à peine des actions marquantes de sa société de son histoire à travers la plume. Tout ce qui n’a pas de nom peut passer inaperçu ou perdre sa valeur.

C’est quoi les Révolutions Eclaires Subsahariennes ?

Ce sont des révolutions menées dans plusieurs pays de l’Afrique Subsaharienne par les militaires dans les années 2020 pour dénoncer les conditions sécuritaires, financières, économiques et monétaires dégradantes dans les pays concernés et au-delà. Les groupes militaires procédaient aux renversements des régimes ou gouvernements civiles en place. Les militaires reprochaient aux dirigeants la négligence des intérêts de leur peuple au profit des pratiques qui profitaient plutôt aux anciens colons, notamment, la France. Au Mali, en Guinée, au Burkina Faso, au Niger et au Gabon, les révolutionnaires dénonçaient l’hypocrisie des partenaires occidentaux et anciens colons dans la recherche des moyens et solutions pour la résolution des problèmes sécuritaires, d’accords bilatéraux coloniaux déshonorants, de dépendance économique, monétaire et politique savamment orchestrés.

Pourquoi REVOLUTIONS ?

Parce que ce sont des changements brusques qui ont abouti à la prise de pouvoir avec un désir ardent d’un nouvel ordre socio-économique, politique et diplomatique. Les nouveaux régimes militaires ont réussi des mobilisations populaires et joui de soutien populaire immédiate en vue d’affirmer la souveraineté de leurs états. Les militaires se révoltaient contre des pratiques anciennes qui ne permettaient pas à leur pays de faire des choix stratégiques pour répondre aux besoins de leurs peuples. Ils dénonçaient également la fébrilité des gouvernements en place et les partenaires, d’où la nécessité de rompre ou réviser les accords avec les acteurs traditionnels.

Pourquoi ECLAIRES ?

Parce que les coups d’états s’opéraient très rapidement en un laps de temps. Quand ils prenaient place, il n’y avait pratiquement aucune résistance et ils étaient consommées sans pression et sans effusion de sang. Les militaires procédaient dans de cours délais à la mise en place de gouvernement de transitions. Mais ECLAIRES aussi parce que les militaires qui accaparaient le pouvoir pointaient du doigt sans hésitation les situations (mauvaise gouvernance et partenariat déséquilibré) conduisant à la prise de pouvoir. Il n’y a pratiquement pas eu de pertes en vies humaines (une bonne façon de faire des omelettes sans casser les œufs). Pays par pays, c’est comme si les militaires venaient de prendre confiance de la facilité de prendre les rennes du pouvoir.

Pourquoi SUBSAHARIENNES ?

Tout simplement parce que toutes les révolutions se passent en Afrique subsaharienne, notamment en Afrique de l’Ouest (Mali, Guinée, Burkina Faso, et Niger), et en Afrique centrale (Gabon). Il convient de noter que la plupart des pays subsahariens, surtout francophones, vivent les mêmes réalités. Par conséquent, les révolutions ont entraîné des répercussions dans la région et dans les pays où il n’y a pas eu de révolutions. Par exemple, malgré l’absence de coup au Sénégal, le pays a vu naître des manifestations dénonçant les problèmes de gouvernance, y compris la probabilité d’un troisième mandat pour le président en poste Macky Sall. Au Cameroun, le président a procédé à des remaniements à la suite du coup d’état dans le pays voisin, le Gabon. La décision des organisations régionales telles que la CEDAO qui se lance dans un processus de résolution, invoquant l’usage de la force militaire, démontre l’ampleur des révolutions dans la région.

Pourquoi donc NOMMER ces révolutions ?

Tout simplement, il faut nommer les révolutions dans l’intention d’écrire l’histoire. Dans les années 2010s, nous avons assisté aux mouvements de contestations dans les pays du monde Arabe y inclue l’Afrique du Nord (Egypte, Tunisie, Lybie, Maroc, Syrie, Yémen). Les contestations dans les pays arabes étaient aussi similaires même si la majorité n’avait pas été initiée par les militaires. Il est important de noter que l’appellation « printemps arabe » or « Arab Spring » (en Anglais) avait permis de contextualiser les contestations et leurs donner un poids historique. Elles étaient vues comme une aspiration des peuples de ses pays pour une nouvelle gouvernance qui permettrait de façonner les conditions de vie pour répondre aux besoins socio-économiques et politiques des populations.

Le printemps arabe est désormais ancré dans l’histoire et sert de référence pour les générations du monde Arabe. Les causes, les conséquences, et les acquis sont connus de toutes les populations du monde arabe et même au-delà (Par exemple, la chute du Mohamed Kadhafi en Lybie est citée comme l’une des causes de la dégradation de la situation sécuritaire dans le Sahel). Les leçons tirées, qu’elles soient bonnes ou mauvaises servent de référence en cas de situations similaires dans ces pays qui nécessiteraient des prises de décisions et d’actions.

Le renversement actuel de régime en Afrique subsaharienne est si important pour passer inaperçu dans les livres de l’histoire. Tout d’abord, il convient de noter qu’il y aurait des centaines de livres déjà écrits sur les Révolutions Eclaires Subsahariennes si elle se passaient en Occident (la preuve est que les experts occidentaux et certains gouvernements écrivent et tiennent des rencontres pour examiner les causes de ces révolutions soudaines). Il revient donc aux subsahariens de savoir prendre la plume pour immortaliser les évènements importants non seulement pour servir de références utiles dans le future mais aussi pour commencer à écrire leur histoire. Par exemple, quand on parle de guerre froide, on pense à une guerre entre le bloc occidental et le bloc-soviétique, et l’histoire retient cette guerre ainsi. L’on sait bien que cette guerre s’est passée en Afrique, y inclue l’Afrique subsaharienne à travers des changements ou renversements de régimes anti-impérialistes. Malheureusement, l’Afrique n’a pas écrit sa part d’histoire de cette guerre froide de façon organisée afin d’en faire une arme de référence dans sa politique avec les grandes puissances. Certes c’était une guerre froide mais pour les pays et leurs peuples Africains, elle n’était pas aussi froide.

La nomination des évènements conduit au recadrement de politique publique, de politique étrangère coordonnée et mûrie, la prise de conscience, à l’action décisive, et à la recherche des solutions endogènes.

Pour illustrer, parlons des relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique Francophone, la Françafrique. Au départ, la Françafrique était présentée comme un cadre de coopération entre la France et les pays d’Afrique. La France a saisi l’opportunité pour maintenir des relations (bonnes ou mauvaises selon les avis) durables sur ses anciennes colonies. Lorsque les chercheurs et analystes se sont saisis du concept, toute l’étendue de la Françafrique avait commencé à être déchiffrée. Même les changements proposés par la France au fil du temps n’ont réussi à calmer les humeurs chez bon nombre d’Africains qui désormais comprenaient toute la dimension de la Françafrique. Par conséquent, si nous parlons de Révolutions Eclaires Subsahariennes aujourd’hui qu’il faut immortaliser, c’est le lieu de reconnaître qu’elles en découlent de la prise de conscience due aux analyses passées sur la Françafrique. C’est dire tout simplement que l’Afrique subsaharienne gagne plus à écrire son histoire.

Comment écrire l’histoire des Révolutions Eclaires Subsahariennes ?

1. Tout d’abord, il faudrait s’accorder sur l’appellation bien caractérisant de ces révolutions ou renversements de régimes : Les Révolutions Eclaires Subsahariennes

2. Ecrire pour décrire tous les aspects des Révolutions Eclaires qui prévalent

3. Développer les concepts, analyser les facteurs, et valider les variables qui permettent de comprendre la situation dans son entièreté mais continuer de porter des analyses et faire des comparaisons si nécessaires

4. Permettre les rencontres et colloques des chercheurs et experts sur la situation pour échanger et produire de la connaissance

5. Faire des synthèses et conclusions de ses rencontres

-  Qu’est-ce que les pays ont gagné ?
-  Qu’est-ce que les pays ont perdu ?
-  Les pertes en valent-ils la peine à court et à long termes ?
-  Les acquis ou non-acquis, répondent-ils aux aspirations et à la dynamique d’une vision commune ?

6. Recueillir les écrits et les interventions médiatiques des experts dans le domaine

7. Recueillir et documenter les interventions écrites ou médiatiques de toutes les parties qui avaient des intérêts dans les pays en révolutions

8. Archiver toute production écrire, orales, journalières, graphiques, musicales, témoignages, ou photos. C’est à travers ces éléments qu’on pourrait enseigner l’histoire dans nos écoles et universités à la génération future.

9. Recenser les évènements marquants, les dates, les acteurs et les lieux

10. Tout cela concourt à produire des bases de données et de connaissances et suivre l’évolution de la situation et son impact sur le développement socio-économique et politique de la région.

C’est ainsi que nous connaitront notre histoire, que nous enseignerons notre histoire, et que nous aurons une histoire. Les Révolutions Eclaires Subsahariennes arrivent à un moment crucial que certains caractérisent comme étant la dernière ligne droite pour plusieurs pays d’Afrique subsaharienne pour leur survie face aux pertes de territoires due aux menaces sécuritaires et incertitudes économiques. La proposition de nommer les révolutions actuelles n’est pas un avis de soutien aux coups militaires, encore moins un avis que les révolutions sont un succès ; mais plutôt qu’elles révèlent un moment important de l’histoire de la région.

Kouliga Koala
Kouliga Koala est docteur en Administration Publique et Politique de Développement de l’Université, Old Dominion University, Etats-Unis. Il est expert en développement et management, partenariats publics-privés et marchés publics. Il est professeur en marchés publics et gestion de contrats. Il est également le fondateur de Panga Institutions, une institution à travers laquelle il participe à la promotion du développement, l’entreprenariat et le mindset.

Contact : admin@pangainstitutions.com

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