Actualités :: Burkina : Souvenirs d’un "Pionnier de la Révolution" du 4 août (...)

A la veille de la commémoration du 36e anniversaire de l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses compagnons d’infortune, le Dr Ousséni Compaoré, médecin, remonte le fil de ses souvenirs et se rappelle de cette période révolutionnaire qui a marqué son enfance dans la province du Bazèga. Alors jeune collégien, il intègre le mouvement Pionnier dont il garde de précieux souvenirs. Dans les lignes qui suivent, il partage quelques anecdotes avec les lecteurs.

Les premières heures de la Révolution m’ont un peu échappé car j’étais noyé dans les préparatifs de mon examen du Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) et du concours d’entrée en 6ième à l’école « B » de Kombissiri.

Dès 1984-1985, jeune collégien de la première promotion du CEG de ladite ville, j’allais comme les autres, participer à l’animation du mouvement Pionnier avec pour devise : « Pionnier, oser lutter, savoir vaincre, vivre en Révolutionnaire, mourir en Révolutionnaire, les armes à la main ! » .

Que dire des slogans qu’un volontaire ou désigné se mettait à lancer à haute et intelligible voix avant chaque montée ou descente des couleurs ! A noter que le contenu était fonction de l’inspiration du jour de l’animateur.

A titre d’exemple :

Camarades,
L’impérialisme……………………………….……Abas !
Le colonialisme………………………………...…Abas !
Le néocolonialisme………………………………Abas !
Les affameurs du peuple…………………..……Abas !
Les fonctionnaires pourris……………..………Abas !
Les commerçants véreux………………….……Abas !
Les CDR brouettes………………Abas ! (CDR=Comités de Défense de la Révolution)
Les hiboux au regard gluant………………..…Abas !
Les tortues à double carapace………………Abas !
Les caméléons équilibristes…………………...Abas !
Victoire……………………………………..……Au peuple !
Honneur …………………………………………Au peuple !
Pouvoir………………………………………..…Au peuple !
Lorsque le peuple se met debout………….…..l’impérialisme tremble !
La patrie ou la mort ………………………..….nous vaincrons !
Merci camarades !

Quelques faits marquants :

  • L’inauguration du barrage de Zamsé, dans la province du Bazèga, à une dizaine de kilomètres de Kombissiri. Avec quelques camarades du CEG de Kombissiri nous avons rallié Zamsé à pieds pour prendre part à l’événement.

Malheureusement, en chemin une grosse épine allait transpercer mon pied droit de la plante au dos du pied. Je l’ai retirée non sans une douleur tenace accompagnée de saignement important ; ceci n’a point entamé ma détermination à poursuivre le chemin à l’aller comme au retour. Conséquence, une plaie surinfectée quelques jours plus tard a failli entraîner l’irréparable. Fort heureusement, la grâce du Très Haut à travers les autosoins prodigués par mes parents puis les pansements salvateurs de l’infirmerie, a permis de juguler l’infection.

A cette cérémonie, Thomas Sankara nous a émerveillés par sa simplicité et son intérêt pour la jeunesse. Il faut souligner au passage qu’il fut le deuxième chef d’Etat dont j’ai eu l’honneur et le privilège de serrer la main lorsqu’il passait en revue les Pionniers. Le premier étant le colonel Saye Zerbo du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) avec son bâton de commandement alors que j’étais à l’école primaire.

Les travaux d’intérêt commun avec des actions de salubrité à travers les villes et les campagnes ainsi que dans les différents services.

Le SERNAPO (service national populaire), ancêtre du SND actuel (Service national du développement en passant par le SNP : un tremplin de formation civique, professionnelle et militaire des appelés. Nous n’aurions eu besoin de recruter et former des VDP puisque toute la population active serait d’emblée VDP qui n’attendent que d’être appelés sous le drapeau. Ceci est, parmi tant d’autres, un témoignage de l’esprit d’anticipation du père de la Révolution et ses compagnons.

Le sport de masse : les jeudis après-midi, personne n’était en reste dans les services, patron comme subalternes. Point de répit pour les ventripotents dont certains se plaisent de nos jours à se chatouiller l’ombilic à 50 cm du reste du corps.

 Les trois luttes :
-  La lutte contre la coupe abusive du bois,
-  La lutte contre les feux de brousse,
-  La lutte contre la divagation des animaux

 La vaccination commando : une stratégie novatrice et efficace, ayant permis de relever de manière drastique les indicateurs en matière de couverture vaccinale au sein des masses populaires en général et singulièrement chez les enfants.

 Les Tribunaux populaires de la Révolution (TPR) avec leurs démembrements dans les provinces, départements, villages et quartiers. Nous avons eu l’occasion d’assister à un procès public dans l’enceinte du Centre populaire de loisirs (CPL) de Kombissiri et le prévenu était un agent de l’administration de notre CEG. Les charges d’inculpation étaient présentées, l’intéressé avait plaidé coupable et imploré la clémence du tribunal ; la sentence fut prononcée et des engagements furent pris. L’impartialité était de rigueur. Difficile d’évoquer les TPR sans rendre hommage à la mémoire du juge Komi Sambo Antoine (RIP) et ses confrères. Coiffés de leurs toges et de leurs épitoges, ces hommes en noir m’impressionnaient tant et si bien qu’en dehors de ce que j’exerce comme métier, la profession de Magistrat m’a toujours fasciné. Recevez mes respects, « votre honneur ».

 Les CDR (Comités de défense de la Révolution) avec à la tête le Secrétaire
Général national, le vaillant capitaine Pierre Ouédraogo (RIP) : à l’avant-garde de la lutte contre les ennemis de la Révolution, les CDR ont toujours répondu présents. Cependant des dérapages n’ont pas manqué. Une petite illustration est une descente un soir dans notre quartier dans le cadre de la lutte contre la divagation des animaux. Ce fut une course-poursuite entre nos caprins et les CDR qui capturaient certains pendant que d’autres tombaient sous les balles des kalachnikov et autres G3 ou MAS 36. Une de mes chèvres qui broutait juste à côté de notre grenier a succombé après une éviscération consécutive aux rafales. Ainsi les animaux vivants ou morts étaient convoyés à la permanence CDR.

Pour les animaux morts ils devaient échoir au fond du grand fut faisant office de marmite géante dressé dans un coin de ladite permanence CDR et servir de repas copieux au bénéfice des baroudeurs d’un soir. Quant aux vivants un délai était donné aux propriétaires pour payer une pénalité avant d’entrer en possession de leur patrimoine non sans avoir pris l’engagement ferme de ne point récidiver. Passé ce délais ces animaux subissaient inexorablement le même sort que les premiers.

Un de nos voisins Souley, dont la chèvre en gestation avait été capturée, s’était rendu au quartier général des CDR pour récupérer son animal contre paiement de la pénalité. Malheureusement pour lui sa chèvre avait mis bas dans sa captivité (sans doute un « accouchement prématuré » induit par le traumatisme) donnant naissance à deux petits. Voici le problème puisque la pénalité a été ipso facto multipliée par 3. Ce fut avec le cœur serré que le vieux Souley eut renoncé à récupérer sa chèvre et ses petits pour incapacité à honorer la facture. Le comble dans tout cela est qu’un de mes cousins était parmi les CDR qui ont fait cette descente punitive d’un soir dans notre quartier.

Le Centre national d’entrainement commando (CNEC) de Pô disposait d’un détachement à Kombissiri. Les militaires de ce détachement jouaient au football sur le terrain de la ville non loin de la brigade de Gendarmerie de naguère. Il me revient encore en mémoire les dribles d’un virevoltant N°10 nommé Blaise Compaoré ainsi que les percées fulgurantes du Lt Ousséni Ouédraogo (en son temps), Commandant dudit détachement. A l’unissons nous apprécions l’élégance de ce dernier dans ses œuvres la ball au pied.

Parmi les officiels du moment je ne puis passer sous silence Mme 
Béatrice Damiba qui a marqué la province du Bazèga comme Haut-commissaire, Patrice Zagré également Ancien Haut-Commissaire du Bazèga (RIP). Que dire de l’animateur politique dont je ne souviens plus le nom ? cependant son travail fut remarquable auprès de la jeunesse notamment le mouvement Pionnier ; c’est lui qui nous définissait la Révolution, le centralisme démocratique et décrivait les fondements ainsi que les objectifs de la Révolution démocratique et populaire.

Le souvenir le plus douloureux de la RDP est cet après-midi du 16 octobre 1987 lorsque transistor collé à l’oreille j’écoutais le journal sur Africa N°1 émettant de Libreville et de Moyabi au Gabon avec des journalistes de renom comme Jean Claude Frank Mendome, Omer Léonce Rembendambia, Théophile Ndong Edda, Francis Salah Ngouah-Beaud, Ronny Mba Minko,…

Comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, le journal a commencé par une brève séquence d’un discours de Thomas Sankara et le journaliste de déclarer, je cite « cette voix que vous venez d’écouter vous ne l’entendrez plus jamais, c’était la voix du Capitaine Thomas Sankara ; il a trouvé la mort lors d’un coup d’Etat hier 15 Octobre 1987… », fin de citation. J’étais assis au pied d’un arbre « un nimier » non loin de la maison, dans un état confuso-onirique indescriptible. Je n’aimais pas écouter la radio nationale qui passait en boucle des insanités à l’endroit du « PF » (PF= Président du Faso) et deux mots sont restés gravés dans mon esprit, « renégat » et « autocrate » dont Sankara a été traités par les « rectificateurs » du moment. Oh, quelle félonie dirais-je ! c’est en ce moment, après avoir appris les circonstances du carnage ubuesque que mon patronyme allait constituer une charge pour moi et cela allait durer jusqu’à ce que je parvienne à l’université.

Ainsi la Révolution d’août 1983 a connu un coup d’arrêt brutal et horrible. Toutefois, pour les peuples en lutte pour leur émancipation la graine avait déjà été semée à travers le monde entier par le capitaine Thomas Sankara, charismatique par sa vision et ses grandes qualités humaines : son éloquence, son intégrité, son courage et son sens élevé du sacrifice pour sa Patrie.

Dr Ousséni Compaoré
Médecin
Chevalier de l’Ordre du mérite burkinabè

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