Actualités :: Crises socio-politiques en Afrique de l’Ouest : « La CEDEAO devrait (...)

Dans une tribune dont Lefaso.net a obtenu copie, Kadré Désiré Ouédraogo, ancien Premier ministre du Burkina Faso, ancien président de la Commission de la CEDEAO et membre du Forum des Ainés de l’Afrique de l’Ouest donne sa lecture sur la situation socio-politique des Etats du Sahel.

« Durant les trois dernières années, la région a connu un accroissement sans précédent de cas d’accessions au pouvoir par des voix non constitutionnelles. Le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et maintenant le Niger, sont dirigés par des régimes militaires issus de coups d’états. Cette situation soulève des questions pertinentes sur la légitimité et l’acceptabilité de tels régimes », souligne-t-il.

Pour lui, les principaux facteurs instigateurs des coups d’état vécus ces derniers temps résident dans des problèmes électoraux, de gouvernance post-électorale et d’insécurité. « La pauvreté, le chômage des jeunes, les revenus et le partage équitable des richesses nationales doivent être considérés comme priorités d’action. La démocratie est par essence le système de gouvernement qui met en avant les intérêts de la population dans la conduite des politiques publiques », conseille-t-il.

Kadré Désiré Ouédraogo a par ailleurs souligné que la CEDEAO devrait s’investir dans l’opérationnalisation rapide de la CEDEAO des peuples. Il a appelé à travailler à maintenir la CEDEAO comme un bloc régional uni face aux adversités internes ou externes, un bloc qui doit poursuivre avec persévérance l’ancrage de la démocratie et la bonne gouvernance, et réformer ses instruments d’action pour une résolution pacifique et efficace des conflits.

« La CEDEAO qui a indéniablement contribué à l’intégration de la région, a besoin de la contribution de tous pour être encore plus performante et porter notre rêve commun de paix, de justice et de progrès pour l’Afrique », soutient-il.

Lefaso.net


AGENDA POUR UNE DEMOCRATIE DURABLE EN AFRIQUE DE L’OUEST

Le cheminement vers la construction des nations africaines a été caractérisé par de nombreux défis allant de la quête des indépendances et des conflits internes aux crises liées à la gestion des ressources et les questions de gouvernance. Ce chemin vers la prise de conscience par les peuples africains de leur existence en tant qu’entités nationales s’est révélé long et pénible. La région de l’Afrique de l’Ouest en particulier a connu son propre lot de ces défis. Récemment la région s’est retrouvée prise dans un écheveau de crises multiples et de défis persistants qui constituent actuellement une menace pour la stabilité nationale et la vision de l’intégration régionale.

Les défis de l’insécurité, de la pauvreté et des crises de gouvernance assombrissent l’horizon et menacent dangereusement la marche de ces nations vers un avenir prospère et radieux. La recrudescence actuelle des coups d’état ne fait que corroborer l’opinion exprimée par de nombreux observateurs que l’Afrique de l’Ouest a besoin d’une nouvelle approche de la gouvernance et des stratégies de résolution des conflits pour mettre cette région en phase avec l’évolution du monde actuel.

Durant les trois dernières années, la région a connu un accroissement sans précédent de cas d’accession au pouvoir par des voix non constitutionnelles. Le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et maintenant le Niger, sont dirigés par des régimes militaires issus de coups d’états. Cette situation soulève des questions pertinentes sur la légitimité et l’acceptabilité de tels régimes.

Les régimes militaires justifient souvent leur action par les déficits des régimes précédents en matière de lutte contre l’insécurité et de bonne gouvernance qui n’ont pas permis la prospérité de ces pays, même dotés parfois de ressources abondantes. La promesse ferme de s’attaquer à l’insécurité et au terrorisme et de restaurer la bonne gouvernance a été en plusieurs cas utilisée pour asseoir la légitimité et l’acceptabilité des coups d’état. Comme beaucoup l’ont fait observer, cette tendance augure d’un avenir sombre pour la démocratie dans la région avec la possibilité que cela ouvre ainsi la porte à toutes formes d’accession au pouvoir par des voies non constitutionnelles. Cette régression de la démocratie dans la région peut être attribuée à plusieurs facteurs comme l’insécurité, des mauvaises élections, des promesses non tenues de bonne gouvernance ou la manipulation de la constitution à des fins électorales. Au cœur des défis de démocratisation en Afrique qui se profilent derrière les coups d’état, se trouve l’écart grandissant entre les aspirations fondamentales des citoyens et la réalité politique dans les pays concernés. Dans la plupart des cas, les dirigeants politiques n’ont pas été capables d’incarner l’espoir dans le cœur de leurs concitoyens.

Beaucoup de pays africains sont affectés par une persistante insécurité ou confrontés au terrorisme, aux crises économiques, une situation qui finit par conduire à une crise de légitimité du pouvoir dans plusieurs pays. Devant les dures réalités de leur vie, beaucoup de citoyens ne tardent pas à tenir rigueur à leurs dirigeants, qui pour eux, sont la cause de leur situation pénible. Ceci laisse l’occasion à des acteurs étatiques et non étatiques d’exploiter l’état de désespérance des populations pour porter atteinte à la paix et à la démocratie dans la région.

Ainsi, des rebelles ou groupes terroristes exploitent les insuffisances dans la gouvernance pour recruter des adeptes, en présentant leur combat comme un combat juste au regard du tableau peu reluisant que présente la situation sécuritaire, économique et sociale. Ils se présentent alors comme les défenseurs et les sauveurs du peuple, appelant les citoyens à s’ériger contre leur gouvernement. Et leur message peut être considéré par certains comme véridique, particulièrement dans un environnement de pauvreté et d’incertitude.

Cependant, il ne faut pas voir les fautes intentionnelles ou non de gouvernance ou la mauvaise conception de la démocratie par les gouvernants comme des tares intrinsèques de la démocratie. La récurrence des changements non constitutionnels de pouvoir dans la région est assurément une préoccupation pour tous ceux qui pensent que malgré ses défauts, la démocratie reste toujours le moins mauvais des régimes politiques que notre région a expérimentés jusque-là. Les Etats Membres de la CEDEAO ont bien eu raison d’en faire le socle de leur stratégie d’intégration et d’avoir adopté une déclaration des principes politiques basés autour de la démocratie et qui fait partie du traité de l’institution régionale.

En l’espace de trois ans, la région de l’Afrique de l’Ouest a connu des coups d’état dans quatre pays : Mali, Burkina Faso, Guinée et Niger. Cette situation constitue un grave recul du processus démocratique patiemment bâti et consolidé par le bloc régional qu’est la CEDEAO. Elle interpelle toute la communauté régionale pour la recherche de solutions appropriées pour faire face à cette soudaine détérioration de la stabilité politique à un moment où la région a besoin de renforcer son unité pour concentrer ses efforts sur la lutte contre le terrorisme.

Le récent coup d’état au Niger, sa condamnation immédiate par la CEDEAO et l’Union Africaine ainsi que les sévères sanctions imposées au pays illustre la gravité de la situation.

La CEDEAO et toutes les autres parties prenantes sont face à un pressant dilemme : formuler une réponse adéquate à la crise au Niger qui assure sa résolution pacifique, tout en évitant un scénario qui pourrait exacerber la fragilité de la stabilité régionale. La position de défiance des autorités militaires du pays ainsi que la solidarité annoncée à leur égard par les régimes de transition du Mali et du Burkina rendent la situation encore plus complexe. Cette situation appelle à une action urgente pour consolider la démocratie dans la région et éviter la récurrence de telles crises. Les efforts de médiation et de dialogue entrepris par la CEDEAO doivent être encouragés par tous pour une résolution pacifique de la crise.

A l’Analyse, les principaux facteurs instigateurs des coups d’état vécus ces derniers temps résident dans des problèmes électoraux, de gouvernance post-électorale et d’insécurité. A la communauté toute entière de trouver un antidote basé sur la mitigation de ces facteurs.

Toute action pour consolider la démocratie doit conduire à placer le bien-être et la sécurité des citoyens comme priorité. Le concept de sécurité humaine doit être le socle de toute politique visant le bien-être des populations et la bonne gouvernance.
La pauvreté, le chômage des jeunes, les revenus et le partage équitable des richesses nationales doivent être considérés comme priorités d’action. La démocratie est par essence le système de gouvernement qui met en avant les intérêts de la population dans la conduite des politiques publiques. Les politiques publiques doivent dès lors être formulées de telle sorte qu’elles reflètent la volonté et les aspirations des citoyens.

La première tâche pour bâtir un système démocratique résilient commence par la conquête de la confiance des citoyens. La perception que la démocratie n’a pas adéquatement pris en compte en compte les besoins essentiels de la population a engendré une apathie quant à la lutte pour sa défense et sa préservation. Les dirigeants doivent s’efforcer de prouver que la bonne gouvernance n’est pas seulement de la rhétorique, mais une réalité dans la vie de chaque citoyen. Ils devraient aussi mieux expliquer les enjeux et les défis rencontrés dans la satisfaction des préoccupations des citoyens. Ils doivent à tout moment défendre l’intérêt supérieur de leur pays.

Au niveau national aussi bien que régional, les parties prenantes doivent travailler à établir des institutions fortes et, en partenariat avec tous les acteurs concernés, consolider ces institutions de sorte qu’elles résistent à toute menace contre les fondements de la démocratie.

Des institutions fortes supposent des élections inclusives, transparentes et crédibles. La manipulation des processus électoraux par les tenants du pouvoir est un défi pour la démocratisation sur le continent. Dans plusieurs cas, les élections n’ont pas été à la hauteur des attentes et des normes en matière d’impartialité et de transparence, ce qui les transforme en simples rituels symboliques qui ne reflètent pas la volonté du peuple. Le manque de crédibilité de certains processus électoraux a parfois déteint sur la crédibilité de la CEDEAO, les citoyens critiquant les réponses molles de l’institution face aux manipulations électorales. Il est alors urgent que des réformes soient engagées pour permettre une plus grande implication de la CEDEAO dans la conduite des processus électoraux et la gouvernance dans les états membres car en l’état actuel, l’institution ne peut agir en dehors des mandats qui lui sont confiés à travers les protocoles ratifiés.

La CEDEAO devrait pouvoir adopter une attitude plus résolue pour assurer des passations de pouvoirs pacifiques. Elle devrait s’investir dans l’opérationnalisation rapide de la CEDEAO des peuples.

Un programme pour une démocratie durable en Afrique de l’Ouest commande que l’on s’investisse davantage dans les initiatives centrées sur le citoyen, qui peuvent promouvoir une démocratie viable dans les états membres. Et cet impératif est valable pour tout le continent. Un engagement politique et financier est indispensable pour fortifier les bases démocratiques qui assureront une plus grande justice sur le plan politique et social.

Assurer un bon fonctionnement de la démocratie est une responsabilité collective. Pour que la démocratie prospère en Afrique, les citoyens doivent pleinement jouer leur rôle dans le processus, en reconnaissant la démocratie comme une culture universelle qui garantit l’égalité, la justice, la liberté et le bien-être du peuple. En conséquence, les citoyens doivent prendre la responsabilité de sauvegarder et de défendre la démocratie contre toute menace qui pourrait survenir.

Les dirigeants politiques sont les mieux placés pour susciter cette adhésion populaire à la démocratie par une gouvernance exemplaire et patriotique. Une gouvernance guidée par la fidélité à la justice, à l’égalité et à la paix est essentielle pour assurer une démocratie durable.

Particulièrement en Afrique de l’Ouest où les défis de l’insécurité et du terrorisme prévalent, il est urgent d’apporter une réponse régionale et collective à ce phénomène. La communauté a déjà adopté une stratégie de lutte anti-terroriste. Il est temps de la mettre en pratique pour faire face à la situation sécuritaire dans le Sahel. Au-delà de la sécurité, l’enracinement de la démocratie est un gage de stabilité et de paix.

Si malgré tous les efforts une rupture de la démocratie survient, alors la communauté toute entière doit aider le pays concerné à sortir rapidement de cette situation par une transition aussi courte que possible. La transition doit permettre une revue d’ensemble de la situation nationale en vue de corriger ce qui doit l’être pour que le pays renoue avec la démocratie et la bonne gouvernance. Bien sûr il n’est de l’intérêt de personne de se satisfaire d’une transition bâclée, mais il est tout aussi vrai que personne n’a intérêt à voir une transition sans fin prévisible car il ne faut pas l’oublier, les transitions sont des régimes d’exception et leur prolongation au-delà du raisonnable ferait un tort supplémentaire à la démocratie. Les transitions doivent œuvrer sur la base d’un programme précis et faisant l’objet d’une évaluation périodique pour lever les obstacles au fur et à mesure qu’ils se présentent.

Travaillons à maintenir la CEDEAO comme un bloc régional uni face aux adversités internes ou externes, un bloc qui doit poursuivre avec persévérance l’ancrage de la démocratie et la bonne gouvernance, et réformer ses instruments d’action pour une résolution pacifique et efficace des conflits.

Depuis fort longtemps, le consensus s’est fait sur la CEDEAO pour être le pilier Afrique de l’Ouest de la construction de l’Union Africaine.

La CEDEAO qui a indéniablement contribué à l’intégration de la région, a besoin de la contribution de tous pour être encore plus performante et porter notre rêve commun de paix, de justice et de progrès pour l’Afrique.

Kadré Désiré OUEDRAOGO
Ancien premier Ministre du Burkina Faso
Ancien président de la Commission de la CEDEAO
Membre du Forum des Ainés de l’Afrique de l’Ouest

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