Actualités :: Afrique de l’ouest : Le printemps des coups d’Etat des pays francophones

En 2011, il y a eu ce qui est convenue d’appeler le « Printemps Arabe », de la Tunisie en passant par la Lybie, l’Egypte et la Syrie du fils d’Afez EL ASSAD. Tous ces pays ont été secoués par des soulèvements populaires non sans la complicité de certains pays occidentaux y compris les Etats- Unis. Là encore nous pouvons sans nous tromper affirmer que ce sont les conséquences de la tragédie des longs règnes de Ben Ali, de Hosni Moubarak, de Mouammar El Kadhafi et d’Assad qui a pris la succession de son défunt père.

Quelques années après les indépendances politiques des années 60, l’Afrique francophone a malheureusement connue ses premiers coups d’état en Haute-Volta sous le président Maurice Yaméogo, au Dahomey sous Hubert Maga, au Togo sous Sylvianus Olympio, au Mali sous Modibo Keita, au Niger sous Amani Diori, au Chad sous François Tombalbay, au Congo Brazzaville sous Labé Youlou Fulbert, en Centrafrique sous David Dacko, en Côte d’Ivoire en décembre 1999… Depuis 2020, c’est le tour des pays francophones d’Afrique de l’ouest de connaitre leur printemps. Le coup d’état survenu récemment au Niger vient confirmer nos analyses sur un nouveau printemps des coups d’état en Afrique francophone. Lors de la campagne présidentielle française de Jacques Chirac en 1995, la question sur le terrorisme lui avait été posée par un journaliste. Il dit ceci : « pour vaincre le terrorisme, il faut plutôt rechercher les causes profondes de celui-ci.. ».

Dans le crash d’un avion les enquêteurs recherchent toujours en premier, la ou les boites noires de l’avion qui fournissent des informations précises à l’origine du crash. Or depuis la succession des coups d’état dans la zone, ni la classe politique en majorité civile, ni leurs partenaires occidentaux n’ont jamais cherché les causes profondes et réelles qui engendrent ces coups d’état. L’on se contente autour d’un verre de whisky de dénoncer, condamner et de faire le relais des officines occidentales pour après chercher à composer avec le nouveau régime. Par ailleurs, ils sont comptables des raisons profondes souvent qui conduisent aux coups d’état militaire.

Aujourd’hui, nous sommes dans une démocratie de façade copiée de l’occident. La particularité dans nos pays, c’est que les règles électorales n’ont pas changé depuis ; à savoir la corruption électorale et le vote sociologique. Par ailleurs, les hommes politiques qui animent cet espace se sont constitués en bandes organisées de prédateurs des richesses de leur peuple sans vergogne. Ils n’ont pas pitié de la misère dans laquelle vivent leurs populations au quotidien. Ils sont contents de les voir dans la souffrance. Beaucoup se disent croyants et fréquentent les mosquées, les temples et les églises tous les vendredis et dimanches. Il est temps que les politiciens comprennent que le printemps des coups d’état prévisible depuis le mariage incestueux vicié que le président Mitterrand a convolé avec eux à la Baule est enfin arrivé. Nos hommes politiques sont rentrés de plain-pied dans une gouvernance qu’ils étaient loin de maitriser.

Cela donne raison une fois de plus au président Chirac lorsqu’il disait que l’Afrique n’était pas encore prête pour la démocratie. François Mitterrand a outrepassé ce point de vue pour conclure ce fameux mariage sous la menace de couper l’aide au développement. Néanmoins cela leur a permis de s’organiser en prédateurs impitoyables tout en infantilisant au quotidien leur peuple. Aujourd’hui, la CEDEAO comme son nom l’indique, a enterré l’esprit de ses pères fondateurs pour s’ériger en gendarme pour nos pays, foulant aux pieds la souveraineté des états membres sans que ces derniers n’aient abandonné toute ou partie de celle-ci.

Aujourd’hui, elle prétend appliquer des sanctions sur des pays souverains à tort. Cette organisation applique des sanctions qui n’existent pas à des pays membres. Le tort pour ces derniers est d’avoir mis fin à des démocraties de façade dans leur pays. Or en parcourant le protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance conclu à DAKAR, le 21 décembre 2001 par des chefs d’états en mal de légitimité dans leur pays, vous verrez que les sanctions qui ont été appliquées au peuple malien et les autres pays n’existent pas dans ledit protocole. Voici un extrait desdites sanctions en cas de rupture :

Article 45

1. En cas de rupture de la Démocratie par quelque procédé que ce soit et en cas de violation massive des Droits de la Personne dans un Etat membre, la CEDEAO peut prononcer à l’encontre de l’Etat concerné des sanctions.

2. Lesdites sanctions à prendre par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement peuvent aller par graduation :

- Refus de soutenir les candidatures présentées par l’Etat membre concerné à des postes électifs dans les organisations internationales ;

- Refus de tenir toute réunion de la CEDEAO dans l’Etat membre concerné ;

- Suspension de l’Etat membre concerné dans toutes les Instances de la CEDEAO ; pendant la suspension, l’Etat sanctionné continue d’être tenu au paiement des cotisations de la période de suspension.

3. Pendant ladite période, la CEDEAO continuera de suivre, d’encourager et de soutenir tout effort mené par l’Etat membre suspendu aux fins de retour à la vie institutionnelle démocratique normale.

4. Sur proposition du Conseil de Médiation et de Sécurité, il peut être décidé à un moment approprié de procéder comme il est dit à l’Article 45 du Protocole.

ARTICLE 48 : RETRAIT

1 Tout Etat membre souhaitant se retirer du Protocole additionnel doit, un (1) an au préalable faire parvenir un avis au Secrétaire Exécutif qui en informe les Etats membres. A la fin de cette période d’une année, si cet avis n’est pas retiré, l’Etat en question cesse d’être partie prenante au Protocole additionnel.

2 Toutefois, au cours de cette période d’un (1) an, l’Etat membre continue d’observer les dispositions du présent Protocole additionnel et d’honorer ses obligations.

A moins qu’il ait d’autres protocoles secrets non connus des peuples des pays membres, il est clair que la CEDEAO ne peut pas appliquer ces types de sanctions. Encore moins l’UEMOA qui constitue une union monétaire.

On ne peut, sans avoir d’agendas cachés appliquer des sanctions à des pays membres tout en sachant qu’un retrait est possible par ces pays. Le cas de la Mauritanie pourrait faire cas d’école ; elle qui a signé le protocole additionnel de la CEDEAO en 1991 s’est retirée par la suite afin de préserver sa pleine souveraineté. Elle avait fait de même pour la zone monétaire CFA et par la suite a créé sa propre monnaie. Aujourd’hui, les turpitudes de la CEDAO ne l’impact pas. On ne peut pas fabriquer des protocoles pour protéger la prédation des richesses de nos peuples. Les pères fondateurs n’avaient pas pour ambition la protection d’un quelconque ou de bandes organisées de prédateurs. Si la CEDEAO intervient militairement au Niger, elle signera peut-être sa dislocation et sa mort certaine.

En intervenant au Niger, les risques potentiels d’une guerre civile ne sont pas à écarter. Les cas de la Lybie, de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Syrie sont révélateurs. La CEDEAO veut réinstaller un président par un acte d’agression d’un pays souverain membre de l’ONU. Elle n’a pas reçu un mandat du conseil de sécurité de l’ONU pour agir. Ce n’est pas parce que les Etats-Unis interviennent par arrogance sans mandat du conseil de sécurité dans des pays que la CEDEAO se croit à son tour à même de le faire au Niger indépendant et souverain. Dans toute guerre, tous les coups sont permis dans une riposte. Par ailleurs, la CEDEAO n’est pas dans son rôle d’intervenir militairement pour remettre un chef d’état au pouvoir.

Elle a été créée pour une intégration économique, elle n’a pas été créée pour contraindre les peuples de son espace à une seconde colonisation idéologique et politique au service de l’occident. Les vont en guerre de la CEDEAO oublient que la jeunesse n’est plus la même que dans les années 1960, nos pays ont une nouvelle race de jeunes qui n’acceptent plus être gouverné de comme par le passé.

Les dirigeants actuels de l’organisation ne mesurent pas les conséquences qu’un tel acte pourrait engendrer dans le pays. On ne peut pas vouloir faire l’histoire des peuples à leur place car il revient à ces peuples de faire leur propre histoire et de construire leur pays à leur convenance. Offrons l’opportunité à cette jeunesse de se construire sans influence extérieure d’où la nécessité pour la CEDEAO d’éviter de créer des situations déplorables à nos chefs d’état. A ce jour, aucun coup d’état de ce printemps n’a connu d’assassinat de président déchu. Par conséquence, il faut éviter d’en susciter.

Le président Nigérian qui bande ses muscles, il est arrivé au pouvoir après combien de coup d’état au Nigéria ? La France elle aussi a connu des dirigeants militaires avant de se stabiliser (le maréchal Pétain du gouvernent de Vichy, le général De Gaulle). Depuis combien d’années cette organisation a du mal à mettre en place sa monnaie unique à cause de l’UEMOA ? Pourquoi elle a du mal à lever des troupes ou des fonds de guerre pour soutenir ces pays dans la lutte contre le terrorisme ? Mais lorsqu’il s’agit de coup d’état, elle bande ses muscles et veut réinstaller les leaders des prédations en fonction. Qu’elle débarque à Niamey avec ses troupes, l’histoire retiendra que ça ne sera pas le printemps de Prague. Pourquoi elle n’a pas réuni ses généraux pour les cas du Mali, du Burkina et de la Guinée Conakry pour intervenir ?

Je ne pense pas que ces peuples dans leur orgueil acceptent au nom de leur souveraineté que des troupes quel que soit leur puissance foulent impunément le sol de leurs ancêtres pour réinstaller un président qu’ils ont chassé du pouvoir. Même à tort. L’Afrique ne doit pas être un champ de batailles géopolitiques pour le contrôle de ses richesses. L’ère des mariages forcés est révolue. La jeunesse africaine et plus singulièrement de nos pays aspire au libre choix, c’est son droit universel le plus absolue. Par conséquence, il est temps que les politiciens africains apprennent à réfléchir avec leur cervelle indépendamment des pays occidentaux.

Ce que la CEDEAO oublie, une fois de plus, c’est que tant que les causes profondes qui engendrent les coups d’état n’auraient pas été identifiées et recouvrées, le printemps des coups d’état ne nous offrira pas l’occasion d’aller en vacances d’été.
Alors, après le Niger, à qui le tour ? N’oubliez pas que nous sommes au printemps

Zanna KABORE
ITC consultant
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zkabore@gmail.com

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