Actualités :: Guinée-Mali-Burkina Faso-Niger : Quelle issue au front commun contre la (...)

Pour Karim Diakahte, directeur de publication du magazine Le Panafricain et coordonnateur de la rédaction du magazine Afrique Démocratie, toute intervention militaire de la CEDEAO au Niger serait contre-productive et surtout très risquée. D’après lui, le contexte politique et sécuritaire sous régional ne s’y prête pas. Il estime, dans les lignes qui suivent, que la seule alternative demeure la concertation avec le nouveau pouvoir et la négociation pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel.

Il y a six mois, une rencontre tripartite inédite avait réuni, à Ouagadougou, les ministres malien, burkinabè et guinéen des Affaires étrangères. Une occasion saisie pour sceller un front uni entre trois pays en cours de transition, ayant tous les trois connus un coup d’État militaire et, à ce titre, suspendus, tous les trois. Certes toujours membres des organes de l’Union africaine et de la CEDEAO, ils ne seront autorisés à siéger, à nouveau, dans les instances de ces organisations que lorsque l’ordre constitutionnel y sera rétabli. Avec la récente prise du pouvoir par l’armée au Niger, le rang des « frondeurs » s’élargit et inquiète les tenants de la diplomatie conventionnelle.

En mettant sur pied un front commun dont le but initial était d’œuvrer, ensemble, pour obtenir la levée de la suspension des instances de l’UA et de la CEDEAO, ces pays entendaient exprimer d’une même voix leurs préoccupations par rapport à des décisions dont ils peuvent subir les conséquences, notamment sur le plan sécuritaire ou sur celui du développement.

En outre, ils avaient évoqué une batterie de projets relatifs à l’approvisionnement en hydrocarbures et en électricité, le développement du commerce et des transports à partir du port de Conakry, l’organisation commune de l’exploitation minière, la construction d’une ligne de chemin de fer reliant leurs trois capitales ou encore la construction de nouvelles routes. Vaste programme !

En somme, des vœux pieux reprenant à l’identique un plan déjà élaboré par le G5 Sahel, organisation que ces pays ont mis sur pied avec la Mauritanie et le Tchad, et dont le Mali s’est retiré il y a un an. Ironie du sort, les projets déclinés se heurtant à l’équation du financement, un appui technique et financier avait été ouvertement sollicité auprès de la CEDEAO et de l’UA. Mais, avec le double ultimatum (une semaine et 15 jours) donné par les deux organisations au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) dirigé par le général Abdourahmane Tiani, tombeur du président Mohamed Bazoum, la donne a changé.

Dans cette nouvelle séquence, la CEDEAO joue sa crédibilité et son avenir. Au moment où les nouveaux maîtres de Niamey ont gagné le ralliement du commandement militaire des forces armées, de certains partis politiques et peuvent, même, se prévaloir d’un soutien populaire massif, la marge de manœuvre de l’organisation régionale, comme de l’Union africaine du reste, se rétrécit davantage pour espérer un rétablissement du président déchu au pouvoir.

Rappelons que lors d’une réunion à Bissau, en décembre dernier, les chefs d’État-major des pays de la CEDEAO avaient exposé un projet de nouvelle force antiterroriste comprenant deux options. La 1ère consiste en une force antiterroriste avec des « missions offensives de recherche et de destruction, de protection des populations civiles et de sécurisation » des « infrastructures critiques ». Mais, outre les difficultés politiques relevées par les experts, cette option, en raison de contraintes financières ne semble pas efficace à long terme. La seconde option se limitant à des missions d’appui et de soutien (renseignement, appui aérien, logistique, conseils, formation, etc.)

Le mandat de la nouvelle force régionale, en plus de la lutte antiterroriste, vise également la restauration de l’ordre constitutionnel, en cas de coup d’État. Comme c’est le cas aujourd’hui au Niger. Seulement, les chefs d’État-major de la CEDEAO, réunis en ce moment à Abuja, ont bien admis la « complexité » d’une telle éventualité, sa mise en œuvre pouvant s’avérer difficile surtout « lorsque la population et/ou une grande partie des forces armées adhèrent » au coup d’État en question. On le voit donc bien, la situation actuelle au Niger (remettre au pouvoir un président déchu élu démocratiquement) est différente de celle vécue en Gambie en 2017, où il s’agissait de faire quitter le pouvoir à un chef d’Etat sortant qui contestait le verdict des urnes.

En tout état de cause, toute intervention militaire de la CEDEAO au Niger serait contre-productive et surtout très risquée. Le contexte politique sous régional ne s’y prête pas, le contexte sécuritaire encore moins. Parmi les griefs soulevés par le nouvel homme fort de Niamey, le Général Abdourahmane Tiani, il y a “ la dégradation de la situation sécuritaire” et “la mauvaise gouvernance politique, économique et sociale”. Autres raisons ayant incité les Forces de défense et de sécurité (FDS) à “prendre leurs responsabilités”, certaines décisions prises par l’ancien régime comme “la libération de chefs terroristes armés” ou “l’absence de coordination” avec le Mali et le Burkina Faso, pays voisins du Niger confrontés aux mêmes menaces sécuritaires. On comprend alors la réaction musclée de ces voisins tous engagés dans une cause commune aux côtés de leur allié « naturel ».

En définitive, la seule alternative demeure la concertation avec le nouveau pouvoir et la négociation pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Toute autre initiative serait préjudiciable à la paix régionale et au bien être des populations concernées, les véritables perdants d’une guerre perdue d’avance !

Karim DIAKHATE
Directeur de publication du magazine LE PANAFRICAIN
Coordonnateur de la Rédaction du magazine Afrique Démocratie

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