Actualités :: Situation sécuritaire au Burkina : « Elections, élections ! Et à quelle fin ? (...)

Alors que la situation sécuritaire est encore instable au pays des homes intègres et que certaines voix s’élèvent pour en appeler à l’organisation de nouvelles élections, Pato Dondassé, un de nos lecteurs, s’interroge sur l’opportunité d’un tel appel. Il nous le fait savoir à travers la tribune ci-après.

Que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les media ou des conférences de presse, certains Burkinabè revendiquent l’organisation des élections dans les meilleurs délais. Certains n’y vont pas du dos de la cuillère pour accuser les autorités de la transition d’avoir un agenda caché, du fait que jusque-là, elles ne parlent pas du tout, ou parlent peu du calendrier électoral.

Certes, nous ne remettons pas en cause le droit de ces personnes à émettre leurs avis sur la gouvernance, encore moins sur l’avenir du pays. Mais ces agissements suscitent tout de même de grandes interrogations : Quelle est la pertinence d’une telle revendication, quand on connait les conditions sécuritaires et leurs conséquences sociales désastreuses pour l’ensemble des populations aujourd’hui. L’organisation d’élections constitue-t-elle véritablement une priorité pour les Burkinabè aujourd’hui ? Quelles pourraient être les motivations réelles d’une telle posture ?

La priorité actuelle du Burkina Faso n’est pas l’organisation d’élections

Notre chère patrie est à la croisée des chemins. Notre existence en tant que nation souveraine et libre n’a jamais été autant remise en cause. Des terroristes ont envahi la terre de nos ancêtres, tuant des milliers de personnes (hommes, femmes, enfants), faisant des millions de déplacés internes. C’est-à-dire que des Burkinabès sont désormais refugiés dans leur propre pays. Des Burkinabès dorment à la belle étoile, ne sachant que vêtir, que manger ou que boire dans les heures qui suivent.

La vie d’une bonne partie d’entre nous ne tient plus que sur un fil bien mince, du fait de la menace terroriste. Soyons donc honnêtes et véridiques envers nous-mêmes, ces millions de Burkinabès vivant dans les villes comme dans les campagnes, ne parlent pas du tout le langage des élections pour le moment. Ils ont pour priorité et pour soucis, tout sauf aller voter un président, un député ou un maire. Il en est ainsi, parce que les Burkinabès ne sont pas étrangers aux élections, mieux leurs récentes expériences électorales ne les encouragent pas à y retourner aussi précipitamment sans avoir réglé préalablement la question vitale de la sécurité.

2020 nous a suffisamment enseigné sur l’organisation d’élections dans un contexte sécuritaire aussi précaire que le nôtre, et les possibles conséquences dramatiques sur notre stabilité.

Si nous tenons à organiser des élections, il nous faut obligatoirement signer un pacte avec nos assassins (certains appellent cela négocier, ce que d’autres avaient plutôt qualifié de dialogue) pour qu’ils nous donnent l’autorisation de faire campagne et nous rendre dans les urnes les jours de vote. Nous aurons alors à leur faire des offres alléchantes de milliards de francs CFA, non sans accepter de nous conformer à un mode de vie qu’ils nous imposeront au nom d’un certain islamisme (refuser de jouer la musique, fermer nos espaces de loisirs, s’habiller selon un certain code…), pour qu’en retour ils marquent une trêve, juste le temps d’une élection.

Les récentes élections que nous avons organisées en 2020 en sont une belle démonstration. Le Président de la transition, le Capitaine Ibrahim Traoré lors de son dernier entretien avec la presse a levé légèrement le voile sur ces fameuses négociations pour les élections de 2020 dont beaucoup d’entre nous entendions susurrer. Des financements à coup de milliards de francs CFA aux terroristes qui nous endeuillent aujourd’hui. Les témoignages que nous entendons ici et là montrent que nos agresseurs en ont profité pour s’enrichir et bien s’équiper.

Non seulement organiser les élections dans le contexte sécuritaire actuel n’est pas une priorité, pire ces élections ne feront qu’accentuer les frustrations de plus de 80% de la population.

En 2020, nous avons non seulement fait un forcing pour tenir des élections auxquelles la grande majorité des Burkinabè en âge de voter n’a pas voté, (1 645 229 Burkinabès avaient voté le Président Roch, sur 2 849 535 suffrages exprimés pour 6 500 000 Burkinabè en âge de voter), mais surtout les conséquences de cette compromission se sont révélées être plus suicidaires que si nous n’avions pas tenu ces élections. Aussi, la légitimité des dirigeants élus sera encore posée avec acuité, ce qui va indiscutablement contribuer à fragiliser la gouvernance avec les risques de retour à la case départ. On se souvient encore qu’un élu local avait été pris en flagrant délit de connivence avec des terroristes.

Pouvons-nous tenir des élections aujourd’hui sans répéter les compromissions suicidaires de 2020 ?

Personnellement je ne pense pas du tout. Organiser des élections dans les conditions sécuritaires et sociales actuelles ne serait donc pas source de paix, pire elles pourraient être source de division et de frustration de la part de ceux qui ne savent où poser la tête actuellement. Pour être honnête avec nous-mêmes, combien sont-ils les Burkinabè à vraiment comprendre le sens et la portée réelle de nos élections, même en temps de paix ?

Dans un contexte où le vivre ensemble est fortement menacé et où le sentiment d’appartenir à une même nation est en souffrance, l’organisation d’élection est loin d’être la priorité de l’heure.

A quoi nous serviront des élections qui ne garantissent pas la légitimité des élus ?
Dans notre cas précis, les seules aspirations qui comptent pour les Burkinabè actuellement, c’est de vivre et se déplacer en toute sécurité et dans la cohésion sociale. Les problèmes que notre pays rencontre nous interpellent et nous invitent à être réalistes et pragmatiques face à cette question des élections que certains partenaires veulent nous imposer. C’est-à-dire analyser de façon objective les conditions pratiques de tenue d’élections dans un contexte où l’existence de la nation est en pointillés. Face à toutes ces forces qui tentent de nous divertir, nous devons rester lucides et concentrer nos efforts sur la priorité des priorités.

En mon sens, toute personne soucieuse de l’intérêt supérieur de notre nation devrait regarder dans cette direction. Mais, je ne doute pas que tous ne défendent pas que l’intérêt supérieur de la nation. Car, si des Burkinabè ont pris des armes aujourd’hui contre la nation, alors nous pouvons aisément comprendre que d’autres, utilisent leurs plumes, micros et autres moyens comme armes pour nourrir leurs intérêts égoïstes.

Concentrons-nous plutôt sur l’essentiel pour le moment

Plutôt que de disperser nos énergies à mener des combats anachroniques qui vont nous desservir tous, concentrons-nous plutôt sur la priorité des priorités d’abord : restaurer l’intégrité territoriale de notre chère Patrie et reloger nos PDI (personnes déplacées internes, NDLR). Les élections découleront de façon naturelle pour le bonheur de nos populations. En ce moment crucial de notre existence en tant que nation, chaque Burkinabè doit se demander : Qu’est-ce que nous voulons réellement bâtir comme Nation, et comment y arriver ? Il est important donc que tous les Burkinabè accourent au rendez-vous de l’Unité pour accompagner sans conditions nos FDS et nos VDP pour la reconquête de l’intégrité territoriale de notre Nation. Soyons vigilants pour savoir éviter toutes formes de manipulations qui viseraient à nous détourner de nos priorités vitales. Aller aux élections c’est bien, mais pas sans la Patrie.

Pato Dondassé
donaccesspato@gmail.com

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