Actualités :: Burkina : « Mon capitaine Ibrahim Traoré, ne confondez pas la bataille contre (...)

Pour Sidiki Aboubacar Wendin Zerbo, « Ressortissant du pays des hommes intègres », le Burkina Faso gagnera la bataille contre le terrorisme, mais il lui faudrait aussi remporter la guerre contre le terrorisme. Il explique dans cette tribune que la bataille contre le terrorisme est d’ordre militaire, tandis que la guerre contre le terrorisme relève de l’esprit, du mental et des mœurs. Lisez plutôt.

Sans triomphalisme ni optimisme aveugle, nous pouvons affirmer sans hésitation, que nous allons gagner la bataille contre le terrorisme. Le fiasco sévira dans le camp de l’ennemi et la bérézina sera le sort final de ses combattants. Pour rappel, nos ancêtres ont résisté à la férule humiliante il y a 1000 ans, et survécurent à la rapacité venue de loin les asservir il y a 100 ans.

Nos grands-parents ont contré et repoussé héroïquement la cynique malice métamorphosée en néocolonialisme et ses petits servants locaux. Au regard de ce passé lointain glorieux et cette histoire récente victorieuse, nous pouvons garder l’espoir que leurs descendants en seront dignes, mériteront de la patrie, et mettront en déroute le projet macabre de balkanisation et de suppression de la fière volta de nos aïeux. Ils feront briller encore et ardemment notre étoile jaune or et notre bande horizontale Rouge et Verte sur le ciel africain.

Par analogie à ce combat acharné mené par les pères fondateurs de la nation voltaïque pour la reconstitution des frontières de la Haute-Volta suite à sa suppression en 1932, aujourd’hui à l’image de l’esprit de combativité des artisans des indépendances, les petits-fils des Généraux Aboubacar Sangoulé LAMIZANA, Baba SY, Bila ZAGRE et Marc Tiémogo GARANGO, piqués dans leur orgueil de fiers descendants des braves voltaïques d’antan, décidèrent de prendre leur destin national en mains, en lançant des offensives pour la reconquête de leur patrie.

Par ces manœuvres, nos vaillants combattants aspirent laver l’affront des défaites passées, et honorer la mémoire de nos frères et sœurs militaires et civils qui ont perdu la vie depuis le début de cette bataille. Nous avons la ferme conviction qu’avec l’aide du DIEU qui AIDE toujours les forces du bien contre celles du mal, nous remporterons cette bataille, et l’histoire africaine retiendra pour les siècles à venir, que 1947 fut l’année de la reconstitution de la Haute-Volta, et 2023 fut l’année de la victoire totale des forces armées burkinabè sur les groupes djihadistes : « AINSI SOIT-IL ».

En revanche, comme susmentionné, « le Burkina Faso gagnera la bataille contre le terrorisme en 2023 », mais il lui faudrait maintenant gagner la « guerre contre le terrorisme ». En effet, la bataille contre le terrorisme est d’ordre militaire, mais la guerre contre le terrorisme relève de l’esprit, du mental et des mœurs. En effet, pour un écrasement total du terrorisme au Burkina-Faso, il nous faut collectivement mener une insurrection des esprits, une révolution des mentalités et un reformatage des consciences contre la gabegie, la corruption, l’enrichissement illicite, le clientélisme, l’achat des consciences, la compromission, la délation et le régionalisme.

Cette guerre contre les tares et les bassesses de l’esprit est capitale et cardinale pour le Burkina-Faso et son avenir, car, si nous évoluons toujours avec les configurations et les réalités mentales actuelles, dans 30 ou quarante ans, tel un phénix, le terrorisme renaîtra de plus belle de ses cendres de 2023. En effet, si les pères fondateurs de la nation voltaïque ont réussi à tenir tête politiquement et intellectuellement à la puissante administration coloniale française, c’est parce qu’ils étaient animés d’un patriotisme sincère, d’un don de soi infaillible, d’un désintéressement total et un haut sens de l’honneur et de la dignité.

Aujourd’hui, le Burkina-Faso vit cette situation honteuse et lamentable car, la valeur intrinsèque des ressortissants du Pays des Hommes Intègres serait proche de zéro, la morale y est en putréfaction, le bonheur et la réussite s’y résument à l’accumulation et à la superposition des possessions matérielles et des billets de banque. De prime abord, le développement du Burkina Faso est le dernier de nos soucis. Ensuite, la construction d’infrastructures durables et robustes telles que des hôpitaux de qualité, des routes et des ponts fiables, des stades de football aux normes de la FIFA, un aéroport moderne et digne de ce nom, et des universités respectant la dignité et la vie de l’étudiant burkinabè se situe aux antipodes de nos préoccupations et dans l’obscurité de nos pensées.

Aussi, l’épanouissement pitoyable des burkinabè, leur bien-être déplorable, la justice burkinabè à géométries variables, et le rang ridicule qu’occupe le Burkina Faso dans le classement économique mondial n’indignent, ne troublent et ne choquent personne. Bien au contraire, chacun pense à son estomac à gaver, à ses dix doigts à sucrer, son œsophage à lubrifier, son compte en banque à garnir, ses bolides à acquérir, ses bureaux conjugaux à entretenir, et ses villas à construire.

Le développement individuel, clanique et régional prime sur le développement national, collectif et communautaire. Le vol s’érige en temple, la corruption se dresse en règle universel, l’apparence est devenue une religion, le paraître s’impose comme une vertu, et l’arrogance et la fanfaronnade comme des principes de vie. Dans un tel contexte, l’humilité devient un crime, la sobriété un délit et la vérité devient une contre-vérité. On applaudit le fonctionnaire corrompu et perfide, et paradoxalement, on méprise le commis de l’état loyal et honnête.

On apprécie plus la cravate et les souliers du professeur que sa valeur intrinsèque et la pertinence de sa pédagogie. Les stagiaires sont recrutés dans les entreprises, pas sur la base de leur CV et de leur degré de motivation, mais en fonction de qui les recommande pour les garçons, ou selon la taille de leur poitrine ou l’apparence de leur silhouette pour les jeunes filles. Les investissements étatiques sont plus axés sur les grandes villes, les citoyens des provinces sont relégués au rang de citoyens de seconde zone, et ceux des campagnes comme du bétail électorale.

Un jeune homme de Pama, Gorgadji, Toény, Kassan, Mangodara, Barsalgo ou Pama n’a pas les mêmes chances de réussite, les mêmes conditions de vie, la même qualité d’eau potable, les mêmes salles de classe, les mêmes facilités administratives et les mêmes droits qu’un jeune homme de Ouagadougou ou de Bobo Dioulasso.

A ce propos, nous pouvons affirmer clairement que la victoire militaire est notre aspiration du moment, mais parallèlement, une guerre sans merci doit être menée d’une part contre la corruption, la gabegie, l’incivisme, le clientélisme, le clanisme, l’impunité, et d’autre part, des politiques de restructuration de notre système éducatif national doivent être concrétisées et surtout diligentées pour faire naître un burkinabè nouveau, décomplexé, et aspirant incarner les valeurs de probité, de patriotisme, d’intégrité, de courage et de justice.

Si cela n’est pas fait, certes nous gagnerons la bataille d’aujourd’hui contre le terrorisme, mais dans 20 ou 30 ans, des fils du Burkina Faso, frustrés et accablés par un sentiment d’injustice, prendront encore des armes contre d’autres fils du Burkina Faso. « Le tout militaire est une solution partielle et précaire ».

QUE DIEU BENISSE LE PAYS DES HOMMES INTEGRES

Sidiki Aboubacar Wendin ZERBO.
Ressortissant du Pays des Hommes Intègres

wendin.aboubacar.zerbo@gmail.com

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