Actualités :: Burkina Faso : « Un vrai Burkinabè ne permettra jamais à un étranger (...)

L’eau qui fait couler un navire vient toujours de l’extérieur, jamais de l’intérieur. C’est la conviction de Sylvestre Poda, qui estime que les Burkinabè peuvent être libres d’avoir des contradictions entre eux, mais qu’ils ne doivent jamais permettre à un étranger d’insulter leur pays, de dénigrer leurs dirigeants ou de discréditer leurs institutions. Ses explications dans cette tribune qui suit.

Ces derniers temps, de nombreux débats houleux fusent de toute part au Burkina Faso. C’est bien. J’aime la contradiction surtout quand elle est saine. Chaque burkinabè a le droit à l’opinion. Mais ce qui est inacceptable c’est que des étrangers, qui n’ont aucune connaissance véritable du Burkina Faso, émettent des propos qui relèvent plus de pérégrinations intellectuelles que d’analyses constructives. Avec Internet, tout le monde est devenu expert de tout. On va sur Google, on fait deux ou trois recherches sur des sites douteux ou partisans, et on s’autoproclame « Spécialiste du Burkina Faso », sans même y avoir séjourné.

L’histoire de toutes les guerres nous a montré que lorsqu’un navire coule, c’est parce que de l’eau y a pénétré. Le Burkina Faso est notre navire. Si nous voulons le préserver, il va falloir que nous empêchions l’eau, que dis-je les « pseudos-spécialistes du Burkina » de s’ingérer maladroitement dans nos affaires internes. Nous ne refuserons jamais les critiques constructives mais lorsqu’elles reposent sur des arguments mensongers et sont drapées d’insultes, nous n’en voulons pas.

Aux premières heures de ces tentatives de dénigrement, je me disais intérieurement qu’il était inutile d’y répondre. Mais à force de se taire et de laisser le mensonge s’exprimer, nous laissons la place à la désinformation qui va effrayer certains investisseurs directs étrangers. Dans cette optique de mondialisation, nous avons besoin d’investisseurs de bonne foi qui aiment le Burkina Faso et qui veulent participer à son développement. Et le baromètre des investisseurs c’est le climat des affaires. Si un investisseur croit, à cause des informations mensongères à lui racontées, que le climat des affaires au Burkina est menacé, il n’investira pas. Aussi l’aurez-vous remarqué, les Burkinabè sont peu représentés à l’international. Notre diplomatie est faible. Nous ne nous valorisons pas assez. Lors de grandes tournées artistiques ou d’implantations d’usines créatrices d’emploi dans la sous-région, le Burkina Faso est ignoré. L’image que le monde a de nous, c’est celle que nous lui donnons. Personne ne nous respectera assez si nous ne leur montrons pas l’exemple.

J’adore être naïf. J’ose donc croire que les étrangers qui polémiquent sur le Burkina Faso, le font par manque d’informations et non par mauvaise foi. Voilà pourquoi je vais leur lancer amicalement, sans insultes, des bouées de sauvetage qui les ramèneront à la surface de la raison. Je n’en ai que trois.
La première bouée de sauvetage, je la lance à l’ex-ministre centrafricain de la communication et de la réconciliation nationale. Cette personnalité, qui a su mieux communiquer que réconcilier les centrafricains, a affirmé sur Jeune Afrique qu’ « Au Burkina Faso, le Capitaine Ibrahim est engagé dans un processus d’isolement ».

Un tel processus se matérialise généralement par la fermeture des frontières, la fermeture des représentations diplomatiques. Ce qui n’est pas le cas au pays des hommes intègres. Le Burkina a juste dénoncé les accords internationaux qui ne nourrissaient pas ses intérêts, et les liens malsains se sont naturellement déliés. La souveraineté est différente de l’isolement.

Pour rappel, Monsieur POUSSOU est également écrivain, auteur du livre « L’Afrique n’a pas besoin de Poutine ». Curieusement, il le dédicace à Ouagadougou le 30 Novembre 2022, comme pour faire passer un message aux autorités burkinabè. Il serait fort peu intelligent de sa part de croire qu’il peut dicter ses choix au peuple Burkinabè.

Le choix de nos partenaires incombe à notre peuple. S’il est dégouté ou obnubilé par Poutine, le peuple burkinabè ne fait pas dans l’émotionnel. Le seul objectif du Burkina est de combattre le terrorisme, pas la Russie, ni la France. D’ailleurs, les missiles et drones qui foudroient les terroristes sont de fabrication turque, et les vaillants combattants qui les utilisent sont des Burkinabè, « pas des Wagner ». Autant que le Burkina pourra, il diversifiera ses partenariats. Plus de « FrançAfrique », plus de « ChinAfrique », plus de RussiAfrique, plus de « AméricAfrique » !

M. POUSSOU affirme que l’Afrique doit être unie et que les Etats doivent compter sur leurs propres forces. Pourquoi crie-t-il alors au scandale (en parlant de crise ouverte avec Paris) lorsque les autorités burkinabè décident d’écouter ses conseils en demandant aux forces militaires étrangères d’aller renforcer la sécurité de leur propre pays ? On ne peut pas vouloir une chose et son contraire. Malheureusement, il est plus préoccupé à médire les autres nations qu’à réconcilier les Centrafricains, mission à laquelle il a échoué lorsqu’il était ministre de la réconciliation.

La seconde bouée de sauvetage, je la lance au Général Nigérien Abou Tarka. Ce haut-dignitaire de la grande muette nigérienne a apparemment oublié son devoir de réserve. Dans une cérémonie qui n’avait rien à voir avec le Burkina, il a accusé le gouvernement burkinabè de « faire la guerre à coups de communiqués mensongers », une façon évidente de discréditer nos institutions. Ce type d’insultes et d’offenses refroidissent généralement les relations entre pays. Mais fort heureusement, de nombreuses Organisations nigériennes de la société civile ont condamné vigoureusement ces propos envers le Burkina Faso. Notre pays a emprunté un chemin audacieux. Seul l’avenir nous dira si notre choix a été le bon, pas un général à la légitimité douteuse.

J’ai beaucoup hésité à lancer la troisième bouée de sauvetage. Mais humanisme oblige, je dois également ramener l’eurodéputé Hervé Juvin à la surface de la raison. En effet, M. Hervé Juvin a posté sur sa page éponyme Facebook une vidéo intitulée « Le Burkina Faso ». J’ai été choqué par ses propos mais pas vraiment étonné. En effet, Monsieur Juvin est un talentueux boxeur qui a su donner en 2018 de bons coups de main et de pieds à sa femme, ce qui lui a valu une condamnation en appel. Je ne peux le juger car la justice française l’a déjà fait. De nombreux grands médias français comme le Parisien, Le Monde et Libération parlent de ses violences conjugales. Dans sa vidéo, il affirme :

« C’est un conflit qui montre la dérive d’une armée et de ses forces supplétives prêtes à tout pour semer la terreur et pour régner par la peur. Que fait l’Union Européenne ? Que fait la France par rapport à la situation ? Il est urgent de prendre la mesure d’une situation dramatique qui menace gravement la vie et la survie de dizaines, peut-être de centaines de milliers de Burkinabè [……...] C’est une Afrique de l’Ouest à feu et à sang. Il est urgent d’apaiser l’incendie. »
M. Juvin ne vit pas au Burkina. Il n’a aucun consulté aucun rapport officiel français, ni même burkinabè, ni même onusien qui affirme que l’Armée burkinabè massacre des civils. Ce discours me rappelle étrangement celui prononcé à l’ONU par Colin Powell, secrétaire d’Etat à la Défense américaine, qui a menti que les irakiens fabriquaient l’arme nucléaire pour justifier la guerre en Irak. Il me rappelle aussi la France qui a attaqué la Libye, prétextant que Kadhafi avait envoyé une colonne de chars pour rayer Benghazi de la carte et que l’aviation libyenne avait bombardé des manifestants pacifiques à Tripoli. Ce qui est archi-faux car aucun satellite au monde ni avion de renseignement n’ont détecté cette longue colonne armée qui ne peut pourtant pas passer inaperçue. Ces deux rappels historiques ont en commun une chose : l’immixtion de puissances militaires étrangères dans des pays grâce à des mensonges et des bobards propagandistes.

L’eau qui fait couler un navire vient toujours de l’extérieur, jamais de l’intérieur. Vous êtes libres d’avoir des contradictions entre Burkinabè, mais ne permettez à aucun étranger d’insulter votre pays, de dénigrer vos dirigeants et de discréditer vos institutions. C’est notre avenir à tous qui en dépend. Les mensonges non démentis vont alimenter la machine propagandiste de certaines puissances étrangères qui vont nous attaquer par les armes comme cela s’est déjà produit au Vietnam, en Irak, en Afghanistan, en Libye et j’en passe. Si nous nous taisons face aux immixtions injustifiées et injustifiables, ne soyons pas étonnés que des rafales de Dassault survolent le sol burkinabè et détruisent notre flotte aérienne (comme en Côte d’Ivoire) avec la bénédiction de la communauté internationale.
J’invite tous les chercheurs en relations internationales et en Géopolitique à ne pas se museler. Le peuple burkinabè doit être éclairé et alerté sur les grands enjeux géopolitiques du moment. Tous les mensonges doivent être déconstruits. Nous devons combattre les ennemis par l’unique arme qu’est la vérité…. Rien que par la vérité factuelle !

Que Dieu bénisse le Burkina Faso

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