Actualités :: Situation nationale : Les civils pourront-ils diriger un jour le Burkina (...)

Zanna Kaboré s’interroge dans cette tribune si les civils pourront exercer un jour le pouvoir au Burkina sans qu’une interruption de leur mandat n’intervienne suite à un coup d’état militaire. Pour lui, la solution réside dans un de ses écrits publiés sur son blog et intitulé : Sortir des modèles occidentaux de la démocratie : « Le Burkina doit s’inventer un autre modèle de démocratie endogène ».

Rappel historique afin que le lecteur comprenne et fasse sa propre opinion.

Le 3 janvier 1966 :

Est intervenu le premier coup d’état militaire qui mettait fin à l’expérience du copier-coller de la démocratie à la française. Pour les faits, le président Yaméogo Maurice a décidé de la réduction des salaires des travailleurs de la fonction publique de 20% et la réduction des allocations familiales. Quand bien même, en dernier ressort et au vue de la contestation, Maurice décida d’abandonner la mesure, les civils radicaux jusqu’au-boutistes à la tête des syndicats tenaient au départ de Maurice. Cette radicalisation, je suppose serait dû à la combinaison de deux facteurs non négligeables avec la complicité de puissance extérieure :

-  La fermeture des bases militaires françaises de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso,
-  La fermeture de la mine d’or de Poura,
-  La tentative de rapprochement de Maurice avec l’Etat hébreux, ce qui ne convenait pas à une certaine classe politique française partisane des rafles juives de la seconde guerre mondiale,
-  L’intrusion des services français.

Le plus emblématique est Joseph Ouédraogo qui a radicalisé la contestation. En lançant le slogan « vive l’armée » « l’armée au pouvoir », en forçant la main au lieutenant-colonel Lamizana pour prendre le pouvoir, les civils, consciemment ou inconsciemment, ont donné un quitus à l’armée pour se lancer dans la politique. Dès lors les coups d’état se sont succédés dans notre pays avec toujours l’onction de bras civils.

08 Février 1974 :

La deuxième république qui a porté à la primature Gérard Kango Ouédraogo et Joseph Ouédraogo à la tête de l’hémicycle quelques années avant a fini par se casser suite à de la cacophonie démocratique ce 8 février 1974. Dans cet épisode, les politiciens civils (les mêmes acteurs de 1966) ont été comptables du retour de l’armée au pouvoir. Comme en 1966, ils vont demander le retour à une vie constitutionnelle normale (la formule consacrée).

En 1978 une nouvelle constitution est adoptée, consacrant ainsi la troisième république. Les élections législatives du 30 avril 1978 et présidentielles des 14 et 28 mai 1978 viennent couronner l’avènement de la troisième république avec en majorité, les mêmes acteurs de janvier 66. Par ailleurs, au second tour des élections présidentielles du 28 mai 1978, les civils faute d’entente ont préférer le général Sangoulé Lamizana Général mis en ballotage au premier tour avec le banquier civil Macaire Ouédraogo. La raison principale : les égaux entre civils et le manque de clairvoyance de ceux-ci.

25 novembre 1980 :

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les comportements anarchistes et jusqu’au-boutistes des centrales syndicales poussent l’armée à revenir au pouvoir avec Saye Zerbo le matin du 25 novembre 1980 qui chasse son cousin, mettant ainsi fin à 14 ans de pouvoir militaro-civil du général Aboubacar Sangoulé Lamizanna précédemment revenu à la vie civile par son élection à la présidence de la république de Haute-Volta. Par leurs plates- formes maximalistes, comme en 1966, les syndicats de manière voilée ont invité de la manière la plus stupide, l’armée à reprendre le pouvoir.

7 novembre 1982 :

Dix-neuf mois après son coup d’état, le CMRPN tombait suite à des dissensions dans l’armée et des mouvements syndicaux comme dans les coups d’état précédents et porta au pouvoir le médecin commandant Jean Baptiste Ouédraogo dit « JBO » avec le CSP1 ainsi naquit le conseil de salut du peuple avec le capitaine Thomas Isidore Sankara dit « Tom Sank » comme premier ministre.

04 Aout 1983 :

Précédemment ministre de l’information sous le CMRPN avec son slogan « malheur à ceux qui ballonnent leur peuple », le fougueux et brillant Premier ministre sera vite rattrapé par la cellule élyséenne de Jacques Foccart avec le fameux Guy Pen par sa mise à l’écart en mai 1983 non pas sans la complicité induite du président socialiste François Mitterrand arrivé au pouvoir en France en avril 1981. Cette situation va très vite se cristalliser avec la rébellion de l’unité commando de Pô conduit par son adjoint le capitaine Blaise Compaoré pour exiger la libération des trois détenus l’ex-premier ministre, Henry Zongo et Boucari Jean Baptiste Lingani.

Les reportages de Steven Smith (journaliste reporter et enseignant américain) et de Ouatamou Lamien nous ont permis de comprendre que la résistance des commandos allait aboutir à un dénouement militaire et violent de la situation. Dans ma chambre à Kharkov, j’avais l’avantage de posséder un poste de radio allemand Grundig qui pouvait capter la VOA et France câble actuel RFI. Donc nous suivions ces événements à plus de 15.000 km du pays.

C’est dans cette ambiance de troubles politico-militaires qu’à notre réveil du 4 août 1983, par la voix des deux éminents journalistes, nous avons appris que la rébellion de l’unité commando de la garnison de Pô avec le capitaine Blaise Compaoré venait de mettre fin au régime du médecin commandant Jean Baptiste Ouédraogo dit « JBO » le 4 août 1983 avec la naissance du CNR (conseil national de la révolution) avec le capitaine Thomas Sankara président. Ainsi naquit la « fameuse » révolution d’août 1983.

15 octobre 1987 :

La voracité de certains civils anciennement leaders du mouvement étudiant, voulant assouvir leurs désirs petits bourgeois et en mal d’inspiration, la complicité de certaines missions diplomatiques ont finalement convaincu le capitaine Blaise Compaoré de mettre fin à l’expérience en cours dans notre pays. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que la France avec ses cellules dormantes de la DGSI, de la DST composée de ses alliés locaux ne voulait pas de la réussite de l’expérience du capitaine Sankara.

Un certain nombre d’indices nous convînt également que des dirigeants de pays voisins y sont impliqués. L’expérience du capitaine, bien que n’ayant pas été l’aboutissement d’une insurrection prolétarienne, avait l’adhésion des masses populaires vulnérables et paysannes. La Haute Volta à l’époque n’étant pas un pays industrialisé, ne disposait pas d’une classe prolétarienne capable d’accompagner le capitaine Sankara dans la gestion du pouvoir d’état.

Or, l’expérience dans l’histoire nous enseigne que toutes les révolutions conduites par la petite bourgeoisie citadine n’ont jamais abouti (la commune de Paris, le Chili avec Salvador Allende…). Le cas du Burkina est emblématique et à la fois anecdotique. Autour de la table : un capitaine austère soucieux de la misère de la majorité de ses compatriotes avec des compagnons voraces tels des hyènes qui aspirent au luxe, son combat ne pouvait pas aboutir.

C’est dans cette ambiance nauséabonde que le capitaine Blaise Compaoré fait assassiner le président Sankara le 15 octobre 1987 après 4 ans et s’empare du pouvoir avec ses amis marxistes - léninistes. L’armée gère le pouvoir pendant 27 ans avec la complicité des civils, dans un pseudo démocratie à la sauce française ; les vieilles habitudes reprennent cours (corruption, prédation en bandes organisées des richesses du pays, cacophonie démocratique, ventes illicites du sous-sol national…)

30-31 octobre 2014 :

L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre est la résultante de 27 années de mensonges, de prédation, de cristallisation des contradictions entre la nouvelle classe politique sans conscience politique à l’endroit de leur peuple, les mêmes qui vomissaient partout dans les congrès de l’UGEV-AEVF-AESVUS-AEVO vouloir s’engager pour les masses populaires se retrouvent aujourd’hui bourreaux de ces mêmes masses populaires dont on défendait tantôt la cause. Ils ont accepté accompagner Blaise Compaoré dans ce champ de prédation pendant 27 ans.

Et l’empereur COMPAORE régnât un an de plus que le Mogho Naba Oubi avant d’être chassé par la rue les 30 et 31 et se réfugie en Côte d’Ivoire. Ses prédécesseurs n’ont pas fui leur terre natale. Un jour, j’ai eu une discussion sur la situation politique de notre pays avec un camarade magistrat, Tall Mamadou, moscovite comme moi, et nous sommes parvenus à la conclusion qu’une transition sous le président Blaise Compaoré ne pourra se réaliser que par la violence compte tenu de l’histoire de notre pays depuis les indépendances politiques de 1960 avec les multiples coups d’état. Comme prémonitoire, l’insurrection a confirmé nos analyses.

La transition :

L’impréparation à la gestion du pouvoir d’Etat et le manque de vision politique du leader charismatique du CFOP, l’incapacité de son leader à organiser la transition politique en cas de démission ou de fuite de Blaise a conduit au pouvoir encore une fois de plus l’armée. C’est le lieu de dire que les connaissances livresques et les expériences internationales ne suffisent pas toujours pour entrer en politique. Nous pouvons comprendre que l’insurrection populaire au Mali en 1992 avec les élèves et étudiants ait été récupérée par les politiciens de l’ADEMA, du CNID etc.

La raison, les insurgés ne constituaient pas une entité politique capable de gérer le pouvoir d’Etat contrairement au Burkina ou les insurgés sont sortis sous la supervisions de leaders politiques organisés à travers le CEFOP et à même de gérer le pouvoir d’état. Pour la première fois dans l’histoire des insurrections populaires, un mouvement politique parvient par une insurrection à chasser un président du pouvoir et attend que les militaires appellent leur leader.

L’interview de Zéphirin Diabré sur France 24 qui lui posait la question sur la démission de Blaise, voici sa réponse « les militaires ne m’ont pas encore appelé » fin de citation. Nous avons eu des céphalées. C’est face à cette situation que les OSC sont allé chercher Zida du RSP et la suite, nous la connaissons. Il s’en est suivi une transition ridicule et calamiteuse avec un vieux retraité et une CEDEAO qui n’avait rien à faire dans une insurrection populaire.

24 janvier 2022 :

L’élection de RMCK en 2015 a été une grosse erreur qu’un peuple conscient ne devait faire. Issu d’un vote sociologique par la corruption le MPP a roulé dans la farine le peuple burkinabé. Comment comprendre que des gens pillent pendant 27 ans un pays ? Organisent la prédation des richesses du pays autour d’un président militaire ? Abandonne le navire présidentiel pour des raisons d’égos et de luttes fractionnistes, puissent être plébiscités et parvenir à prendre le pouvoir d’état ? On tranche la tête mais le corps demeure.

Blaise est parti mais ses compagnons de 27 ans sont restés aux affaires de l’Etat. Il fallait simplement le garder au pouvoir à vie sans regret.
Après 6 ans de pouvoir calamiteux, Roch Marc Christian Kaboré est chassé à son tour par l’armée. Ce coup d’état était prévisible et attendu de l’opinion aux regards de la gestion du pays par Rock et sa bande de petits copains rabatteurs qui non seulement n’ont pas de conscience politique mais également n’ont aucune notion de la gestion de l’appareil d’état. Le MPSR1 avec à sa tête le colonel Damiba est arrivé le 24 janvier comme un messie. Son apparence populaire n’a duré que 8 mois. Par sa gestion archaïque du pouvoir, Damiba est vite chassé du pouvoir par le jeune capitaine et nous voici avec le MPSR II.

Donc si nous faisons le point, en 63 ans d’indépendance, notre pays a connu deux présidents civils chassés du pouvoir avant la fin de leur second mandat tous gagnés « un coup KO » et de surcroît sur fond de votes sociologiques :

Maurice Yaméogo 1960 – 03 janvier 1966,
Rock Marc Christian Kaboré 2015- 24 janvier 2022.
Tous deux issu de la même racine sociologique chassés un mois de janvier

Cette chronologie des successions de coups d’Etat nous interpelle sur l’incapacité des civils à gérer le pouvoir d’Etat. En 1966, ce sont les civils qui ont interpellé l’armée. Depuis lors, les politiciens de la Haute – Volta au Burkina Faso ont toujours noué des relations incestueuses avec notre vaillante armée nationale de Sangoulé Lamizanna à Blaise Compaoré en passant par Seye Zerbo, Jean Baptiste Ouédraogo et Sankara.

La seule exception a été celle du 4 août 1983 par laquelle les anciens étudiants de la grande UGEV occupent la scène politique et ballait les générations de 1960 à 1983. C’est cette génération qui a accompagné Blaise Compaoré 27 ans durant et organiser autour de lui la prédation des richesses de notre pays.

C’est qui explique par ailleurs que les civils organisés au sein du CFOP aient refusé d’assumer le pouvoir politique avec Zéphirin Diabré qui disait, sur France 24 après la fuite de Blaise Compaoré, que : « les militaires ne m’ont pas encore appelé » tout simplement parce que le CEFOP n’avait pas de plan B pour la gestion du pouvoir de transition. Donc sur ce plan nous pouvons aisément sans nous tromper, affirmer que c’est le CFOP et Zéphirin qui ont offert non seulement le pouvoir du peuple insurgé à Zida, mais également Koss-yam à Rock, le dernier arrivant au CFOP.

Au vue des événements des 30 et 31 octobre 2014, nous pouvons également affirmer qu’au Burkina Faso la classe politique du CEFOP a été incapable de gérer ce pouvoir politique. Elle a refusé de s’assumer et a préféré la continuité de la mal- gouvernance par les compagnons de 27 ans du régime Compaoré.

Donc la gestion du pouvoir d’Etat par l’armée Burkinabé ne date pas d’aujourd’hui, elle date du 03 janvier 1966, date à laquelle les syndicalistes politiquement analphabètes du point de vue de la philosophie des luttes syndicales ont outre passé leur rôle de défense des intérêts matériels et moraux de leurs adhérents et poussé par des politiciens en mal d’inspiration et de vision politique, ont remis le pouvoir politique et le pouvoir d’Etat à l’armée voltaïque.

Au regard de ce qui précède, une seule question nous revient, les civils pourront-ils exercer un jour le pouvoir sans qu’une interruption de leur mandat n’intervienne suite à un coup d’état militaire ? Pourront-ils œuvrer à un épanouissement paisible et harmonieux du peuple burkinabé sans égocentrisme primitif et crispé ? Une des solutions réside peut-être dans mon écrit publié sur mon blog et intitulé : Sortir des modèles occidentaux de la démocratie : « Le Burkina doit s’inventer un autre modèle de démocratie endogène ». Un modèle pyramidal qui, s’il est implémenté correctement, sortira notre pays de l’engrenage des coups d’état et de la prédation des politiques.

L’avenir nous le dira peut-être.

Zanna KABORE
zkabore@gmail.com
(223) 61-16-75-24
Chevalier de l’ordre national

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