Actualités :: Education : Le terrorisme, premier frein à l’école au Burkina… et inversement (...)

Le mardi 24 janvier, le monde a célébré la Journée internationale de l’éducation. Dans certaines partie du monde, force est de constater que ce domaine connait d’innombrables difficultés, constate Omar Sylla dans cette tribune. Au Burkina Faso, selon lui, le plus grand défi de l’éducation reste l’insécurité.

« Le Burkina vient de franchir la barre dramatique d’un million d’enfants affectés par la fermeture des écoles en raison de la crise sécuritaire » écrivait l’ONG Save The Children dans un communiqué datant de novembre 2022.

A ce moment-là, le pays venait tout juste de connaître son deuxième coup d’Etat en huit mois au motif d’une dégradation sécuritaire à enrayer. Investi le 21 octobre 2022 le capitaine Ibrahim Traoré s’était alors donné pour objectif « la reconquête du territoire occupé par des hordes de terroristes ». Justement, ce sont ces hordes qui prennent les écoles pour cibles depuis 2016.

Malgré les efforts des Forces de Défense et de Sécurité et des Volontaires pour la Défense de la Patrie, la situation des fermetures d’établissement scolaires a encore empiré comme en témoigne un rapport statistique en date du 31 décembre 2022. Selon ce document, publié mensuellement par l’Education en Situation d’Urgence (ESU), organe du ministère de l’éducation nationale burkinabé, le bilan de la situation des fermetures est catastrophique et affecte tout un pays.

Alors que 5574 établissements étaient considérés fermés en novembre 2022, pas moins de 679 autres fermetures sont venues ternir un bilan déjà bien inquiétant. Concrètement, la majorité des communes affectées par la crise sécuritaire est située dans le nord du pays, mais la situation s’étend progressivement aux communes plus au Sud et à l’Est. L’étau se resserre. Cela concerne d’ailleurs tout type d’établissement, des centres d’éveil et d’éducation préscolaires (CEEP), aux écoles secondaires en passant par les écoles primaires. Au total, ce sont déjà près de 24% des structures éducatives du Burkina Faso qui sont concernées ; En d’autres termes, cette situation affecte à présent 1 076 155 d’élèves.

Le mouvement semble empirer au fil des mois. Au 31 mai 2022, 4258 écoles étaient fermées, soit environ 17%. En décembre 2021, c’était déjà plus ou moins 13% pour 3280 établissements et un peu plus de 500 000 élèves. Le nombre d’établissements fermés et d’élèves affectés par cette crise sécuritaire a pratiquement doublé en un an. On peut s’interroger sur les conséquences à long terme de cette situation.

Au-delà de la lutte contre le terrorisme, contribuant à empêcher les fermetures ou à permettre les réouvertures, de plus en plus d’établissements ont été délocalisés, de même que les élèves ou les professeurs. Pour cela, le Burkina Faso a construit des espaces temporaires d’apprentissage. Les regroupements de niveaux ont également été expérimentés. Il s’agit de solutions alternatives permettant d’atténuer modestement les conséquences d’une situation dramatique. Cela reste peu satisfaisant. Car si le terrorisme demeure le premier frein à l’école au Burkina Faso, l’école est aussi le premier frein au terrorisme.

Il conviendrait, ainsi, d’aller au-delà des opérations de délocalisation ou de regroupement. Si rien n’est fait rapidement pour inverser la tendance, cela pourrait priver potentiellement plusieurs générations d’éducation et d’avenir…. L’éducation est un droit fondamental et le terreau du développement intellectuel.

Au-delà de la lutte actuelle contre le terrorisme avec des armes, l’éducation reste un pilier à ne pas négliger car c’est par elle que passe le développement d’une nation. Il s’agit d’un rempart au terrorisme de demain. Les études de l’ONG Save The Children démontrent à juste titre que les risques d’enrôlement dans les groupes terroristes augmentent drastiquement si les enfants sont déscolarisés. L’inverse est aussi vrai.

Une question reste tout de même en suspens : les moyens mis en place pour lutter contre la déscolarisation sont-ils réellement suffisants pour envisager l’avenir avec confiance ? L’avenir nous le dira.

Omar Sylla

TW : @le_ndar_ndar

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