Actualités :: Newton Ahmed Barry : Une tribune privée de sens !

A.O estime qu’en multipliant les alertes au génocide, le journaliste et ancien président de la Commission électorale nationale indépendante du Burkina, Newton Ahmed Barry, court le risque de perdre toute crédibilité jusque dans la communauté dont il se veut le champion. Il s’en explique dans cette tribune.

Quel burkinabè de bonne volonté peut n’être révulsé et révolté par la persistante répétition d’actes terroristes violents, d’attaques ciblées, de massacres aveugles, qui affectent de nombreuses familles voire des communautés entières et ne cessent d’endeuiller le Faso ?

Chaque nouvelle occurrence d’un crime de masse rappelle douloureusement un drame antérieur et fait monter dans l’opinion un certain sentiment d’impuissance, de découragement et même de culpabilité que l’action désormais plus nettement résolue de nos FDS et les progrès opérationnels qui commencent d’être obtenus, ne parviennent pas toujours à contenir.

Impuissance, découragement et culpabilité, mais aussi moins largement sans doute, incompréhension, exaspération et impatience vraisemblablement imputables au déficit de transparence et de communication des autorités.

Ainsi, le massacre récemment perpétré à Nouna par des miliciens Dozo qui de sang-froid ont tué vingt-huit personnes au moins, appartenant très majoritairement sinon exclusivement à la communauté Peuhl, a suscité une vive émotion et une condamnation quasi unanime dont la presse ainsi que les réseaux sociaux se sont faits l’écho. Amnesty International demande qu’une enquête impartiale soit rapidement diligentée et que les auteurs du massacre de Nouna soient traduits en justice. De plus, l’organisation exige fort justement que les forces gouvernementales de défense et de sécurité ainsi que les groupes armés soient strictement disciplinés dans le sens du respect des droits humains et du droit international humanitaire.

Newton Ahmed Barry (NAB), homme de presse et ancien Président de la CENI, est sans conteste la personnalité nationale qui s’est montrée le plus vocal sur le sujet. Dans un journal en ligne, il tire en effet en date du 5 Janvier 2023, une tribune dont le seul titre donne le ton et annonce le contenu polémique et vitriolé :

“Je ne crois pas au capitaine IB. Il n’incarne ni la vertu, ni la science”, affirme-t-il.

Comme trop souvent désormais, NAB encore une fois, n’échappe pas ici à cette fâcheuse tendance à tirer la couverture à lui. Il prétend jouer de transparence, de courage et de vertu, par ce billet qui dit-il, signe son “arrêt de mort”. Mais quel courage ! A l’orée de l’année nouvelle, espérons donc que nous serons exaucés dans les vœux chaleureux de longue vie qu’il convient de former pour notre frère. Et qui vivra verra bien !

NAB assure donc connaître comme tout le monde, “le nom de la grand-mère” ; mais il se garde bien de la nommer. Courageux, mais pas téméraire assurément ! Grandiloquence et forfanterie ? Peut-être bien !

Mais au-delà du contenu factuel — certainement vérifié et avéré — de sa note, le Président honoraire et émérite d’une CENI qui — on finira par s’en convaincre…ou en douter ! — n’a jamais été aussi bien administrée ni n’a performé aussi excellemment que sous son autorité ; l’ancien Président donc se pose ici clairement comme le héraut et l’intrépide défenseur d’une communauté Peuhl qui, il ne saurait être contredit, subit et continue de subir comme au reste bien d’autres communautés à travers le territoire national (Samo, Mossi, Gourmantché, etc.), des exactions, attentats, et crimes de masse imputables à l’action déstabilisatrice d’une nébuleuse terroriste contre laquelle nos FDS il est vrai, n’ont connu jusque-là que des résultats mitigés.

La communauté Peuhl a certes — une fois encore, une fois de trop —, payé au terrorisme comme malheureusement tant d’autres communautés au Faso, un lourd tribut de sueurs, de larmes, de sang et de vies humaines. On ne peut naturellement que s’en émouvoir, le déplorer et appeler à l’action. La communauté Peuhl est-elle spécifiquement visée, ciblée, discriminée et stigmatisée dans une perspective génocidaire ? A cette question cruciale NAB répond affirmativement par une référence analogique explicite aux Nazis hitlériens et aux Interahawes rwandais... Réponse insolite et positivement dramatique, car elle pointe vers le sentier sans retour d’un Rubicon où pourrait s’engouffrer toute une nation et s’y abîmer corps, biens et âme. Quiconque s’aviserait cependant de vouloir ouvrir un chemin si tortueux, on ne voit guère Dieu merci, que seraient alors légion les personnes tentées de le suivre dans une aventure aussi insensée que périlleuse.

A cet égard il y a lieu fort heureusement, de se féliciter de l’esprit d’apaisement qui anime d’autres leaders d’opinion de la communauté Peuhl, assurément mieux avisés et autrement plus représentatifs. La modération de ton adoptée par la faîtière Peuhle Tabital Pulaaku dans une récente déclaration portant sur les tueries de Nouna, est indéniablement plus constructive et utile à l’effort de restauration d’un vivre-ensemble burkinabè unique et exemplaire, mais désormais fortement ébranlé et dangereusement altéré. Pour être modéré, Tabital Pulaaku n’en appelle pas moins fermement et résolument les autorités judiciaires, militaires, exécutives et politiques du pays à leur devoir de justice, de sécurité et de protection égales et indiscriminées pour toutes communautés et ethnies au Faso.

Pareille déclaration contraste positivement par sa hauteur de vue avec l’article univoque, alarmiste et catastrophiste de NAB. Et sauf à corriger le biais ethnotropique qui s’affirme au fil de ses écrits comme une marque distinctive, altère son objectivité et fausse son jugement, l’ancien Président de la CENI court désormais le risque de perdre toute crédibilité jusque dans la communauté dont il se veut le champion et qu’il prétend servir. Quel est en effet le sens dans le contexte sociopolitique du Burkina, d’une alerte au génocide aussi insolite qu’inconsidérée ? Au-delà de la nette exagération qui ignore la stabilité du substrat des relations intercommunautaires et ethniques au Faso, on n’y trouve ni pertinence ni rapport avec les évolutions actuelles de la situation du pays, aussi critiques et inquiétantes soient elles.

En tout état de cause, le diagnostic si dramatique du mal burkinabè appelait pour le moins de la part du Président honoraire, la formulation de propositions de mesures et d’actions visant à prévenir et à conjurer l’apocalypse annoncée ; on eût aimé donc le voir plus constructif à cet égard, et autrement plus disert sur les voies à explorer en vue de solutions à apporter aux problèmes cruciaux et aux défis existentiels auxquels dit-il, le Faso est confronté. NAB en a ---on ne dira pas la « science »--- mais indéniablement l’intelligence, la perspicacité et l’expérience.

Et pour conclure, le billet de l’ex-Président de la CENI ne vaut peut-être que par son ultime paragraphe. Comme lui, on conçoit en effet que la soldatesque fasse mauvais ménage avec la politique. L’observation empirique de l’histoire moderne voire immédiate du Faso l’enseigne éloquemment, sans qu’il soit besoin de longues et confuses élucubrations pseudo “scientifiques” pour s’en convaincre.

Or précisément sur ce chapitre non plus, NAB définitivement ne nous apprend rien de substantiel, pour n’avoir pas fait l’effort d’élaborer davantage et d’expliciter la soi-disant “science” sur laquelle il fonde son credo et son jugement.

Son assourdissante tribune s’en trouve paradoxalement privée de sens...et de bon sens.

Mais comment finir, sans dire encore un mot pour s’en désoler et s’en attrister comme beaucoup sans doute, du caractère désinvolte, inapproprié et franchement irrévérencieux des termes choisis par le Président honoraire pour dérouler et corser sa diatribe non point tant contre le MPSR, sa gouvernance, son administration et son action, que sur et contre la personnalité intrinsèque du Capitaine Ibrahim Traoré lui-même, épinglé et définitivement disqualifié en raison d’une supposée carence dirimante de probité et de compétences.

Or en sa personne, et à tout le moins pour l’heure, le Président Ibrahim Traoré incarne pour le peuple burkinabè en toutes ses communautés et ethnies confondues, l’autorité de la magistrature suprême. Le Président symbolise l’Etat, la Nation et le Faso. Et pour avoir exercé d’éminentes fonctions, Newton Ahmed Barry ne peut être sans savoir que tout citoyen et quel que soit son rang, doit respect et déférence au Chef de l’Etat, non pour ce qu’il est en tant qu’individu, mais en raison de ce qu’il représente, incarne et symbolise.

D’où vient donc que Newton Ahmed Barry ait cru pouvoir s’affranchir ainsi, et si audacieusement de cette obligation ? C’est à lui qu’il revient bien entendu d’y répondre ; mais peut-être comme la grand-mère qu’il refuse de nommer, jugera-t-il préférable de réserver sa parole sur ce point aussi.

La liberté constitutionnelle d’expression autorise ---voire encourage dans un contexte démocratique--- l’interpellation des dirigeants, et la critique de la gouvernance et des politiques publiques. L’exercice de ce droit fondamental s’accommode fort heureusement du respect, de la considération de l’autre, et peut-être au Faso plus qu’ailleurs, du sens de la mesure propice à l’émergence du consensus.

Mais patience donc ! Et voyons de quelle veine sera tirée la prochaine tribune de NAB.

A. O. (15/01/2023)

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