Actualités :: Maintien probable des forces françaises au Burkina Faso : Quand la (...)

Daouda Emile Ouédraogo décortique, dans cette tribune, les dessous de la venue à Ouagadougou de la secrétaire d’État française, chargée du Développement, de la francophonie et des partenariats internationaux, Chrysoula Zacharopoulou.

Paris ne veut pas lâcher du lest dans son pré carré. La visite de la Secrétaire d’État française, chargée du Développement, de la francophonie et des partenariats internationaux, Chrysoula Zacharopoulou le 10 janvier 2023, sonne comme une piqûre de rappel aux autorités de la transition pour signifier qu’ « elle est toujours là ». Et, pourtant. Décryptage d’une visite où « le loup danse avec l’agneau ».

« J’ai rappelé au Président Traoré nos attentes au sujet de la protection de nos ressortissants » a déclaré la Secrétaire d’Etat aux journalistes, lors de la conférence de presse du 10 janvier 2023. Dans ce bout de phrase, se trouvent les tenants et les aboutissants de cette visite où, l’émissaire du Président Macron a été reçu par le Président capitaine Ibrahim Traoré himself. Passons sous silence qu’en visite en Centrafrique, elle a été reçue par le Premier Ministre et non le Président lui-même.
Plantons le décor de cette visite sur les plans sécuritaires, diplomatiques et politiques afin de démontrer par A+B que Ouagadougou risque de se tirer une balle dans le pied si les autorités de la transition n’assument pas leurs responsabilités devant l’histoire.

Chronologie des faits saillants :
Acte1 : Le 3 décembre 2022, le gouvernement du Burkina Faso ordonne la suspension de la diffusion des programmes de RFI sur tout le territoire national.
Acte 2 : Le 21 décembre, l’Agence d’information du Burkina (AIB) informe : « Deux citoyens français interpellés pour activités d’espionnage, ont été expulsés du territoire burkinabè, dans la nuit du 17 au 18 décembre 2022 ».

Acte 3 : Fin décembre 2022, Ouagadougou demande à Paris de changer son ambassadeur en poste au Burkina Faso. SEM Luc Hallade « parle trop et souvent sans porter de gants diplomatiques », selon une source proche du dossier. En réalité, de sources dignes de foi, les nouvelles autorités de la transition, reprochent au diplomate d’ « avoir une lecture dramatique et fausse de la situation sécuritaire du pays. » Deux faits semblent corroborer cette assertion. Premier fait : le diplomate a affirmé « que le pays est au bord de la guerre civile » ; le second est d’avoir « demandé aux ressortissants français de se relocaliser en quittant Koudougou ».
Acte 4 : Le 23 décembre 2022, Barbara Manzi, représentante résidente de l’ONU est déclarée « persona non grata ». Elle est sommée de « quitter le pays ». Ce fut fait.

Acte 5 : la veille de la venue de Chrysoula Zacharopoulou à Ouagadougou, Mme le Ministre des affaires étrangères du Burkina, Olivia Rouamba serrait les mains des diplomates Russes en poste à Ouagadougou, sous un large sourire. Les médias faisaient de cette information leur chou gras, en faisant la part belle à une ouverture prochaine d’une ambassade au Burkina. A ce décor, on peut effleurer la visite « en catimini » du Premier Ministre Apollinaire de Tambèla en Russie et l’aide apportée par le Mali au Faso dans la lutte contre le terrorisme. Sans oublier, sur le plan sous-régional, le projet de création de la force ouest africaine « anti-coup d’Etat » (selon le Président Macron), « anti-terroriste » (selon les chefs d’Etats de la sous-région). De ce décor, quelles analyses ?

Il ne peut y avoir de “refondation” sous espionnage

« Concernant les forces françaises Sabre, nous restons présent aussi longtemps que notre présence est souhaitée. Les militaires de Sabre sont bien présents en accord avec les autorités du pays », a déclaré l’émissaire de Paris. En un mot, comme en mille, si les soldats français sont toujours à Ouagadougou, elles y sont, à la demande des autorités de la transition. Alors, si la force sous-régionale « anti coup d’Etat » en création veut faire de Ouagadougou, l’épicentre de son renseignement, comme souhaité par l’initiative d’Accra, pilotée et financée par l’Union européenne, dirigée par la France ; si Paris dispose de 400 éléments postés à Ouagadougou, avec une base militaire de plus d’un millier de soldat à Abidjan et des drones armés basés au Niger, l’Afrique de l’Ouest se trouve prise en tenaille par un pays accusé par le Mali d’ « armer et de financer les terroristes ».

Comment viendra-t-on à bout de cette hydre ? « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent », disait Albert Einstein. Pourtant, en mi-novembre 2022, les autorités françaises envisageaient le départ de cette force. Ce départ devait intervenir en février 2023. Si le capitaine Président Ibrahim Traoré prend le risque de maintenir cette force française, il aura trahi ceux qui l’ont emmené au pouvoir. Car, s’il n’y avait pas eu les « pro-russes » pour descendre dans les rues de Ouagadougou le 24 janvier 2022, il n’est pas sûr que ses hommes allaient prendre le dessus sur ceux de Damiba, s’il y’avait eu affrontement. Alors, évitons de payer le peuple en monnaie de singe.

Acte 6 : la suspension des travaux de construction de l’aéroport de Donsin suite à l’effondrement d’une bâtisse le 30 décembre 2022. Le capitaine Traoré a promis devant les forces vives de Bobo, la révision des conventions. Il n’est pas exclu que ce dossier ait été effleuré par la “visiteuse”. Pour mémoire, en 2021, le Burkina Faso a signé une concession de 30 ans avec le groupe français Meridiam pour la conception, la construction, le financement, l’exploitation et la maintenance de l’aéroport de Donsin. Nous y reviendrons en détail dans un prochain écrit.

Par Daouda Emile OUEDRAOGO
Ouedraogodavid597@gmail.com

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