Actualités :: Fermeture de la mine de zinc de Perkoa : Leçons d’un échec

A travers ces lignes, Dr Salifou Napon, géologue du projet Perkoa et Dr Hermann Ilboudo, enseignant-chercheur à l’université Joseph Ki-Zerbo, dépeignent la situation de la mine de zinc de Perkoa (province du Sanguié) d’un point de vue scientifique et tirent les leçons de sa fermeture annoncée.

A peine près d’une dizaine d’années d’exploitation, le gisement polymétallique (Zn-Ag-Pb) de Perkoa, exploité pour son contenu métal prédominant en Zn est en phase de connaître, contre toute attente, un triste sort. Cette fermeture intervient (selon les responsables de cette mine) suite à l’inondation de sa galerie ayant occasionné la mort de huit (08) employés et l’arrêt continu des travaux sur au moins un trimestre. Elle est en phase de liquidation judiciaire.

Quelles sont les leçons que le Burkina peut tirer de cette histoire ?

A. Brève historique de Perkoa

Suite à la découverte du gisement Zinc-Plomb-Argent de Perkoa en 1982 par les travaux de recherches minières menés par le BUVOGMI (actuel BUMIGEB) et le PNUD, il y a eu un grand espoir car il s’agissait d’une découverte majeure dans toute l’Afrique de l’Ouest. En effet c’était le premier gisement de ce type découvert dans les roches vertes du système Birimien.

Ce type de gisement n’étant pas isolé, alors nous nous sommes mis à rêver, espérant que ceux qui exploiteront la mine feront des travaux d’exploration pour allonger la durée de vie de la mine. Mais hélas !

En fin 1988, le gouvernement avait mis en place le Projet Perkoa dirigé par le regretté Emile Patoin Gansonré.

Début 1990, un partenariat fut signé avec le groupe suédois Boliden International, lequel avait finalisé un rapport de pré-faisabilité qui prenait en compte l’idée d’un Projet intégré.

Ce projet intégré avait plusieurs volets :

• Transport avec le bitumage de la route Koudougou-Pont Didyr avec une bretelle pour la mine de Perkoa,

• Barrage de Séboun avec plaine aménagée et pisciculture
• Production d’acide sulfurique pour le traitement en engrais des phosphates de Kodjoari

• Plantation d’arbres arrosés avec l’excédent des ressources en eau souterraine de la mine
• Construction d’une cité minière intégrée à la ville de Réo.
Avec la crise du zinc en 1992, Boliden s’est retiré du projet Perkoa pour s’occuper de ses mines en Suède et en Espagne.

Le projet fut par la suite repris par : Billiton (1996-1997), Metorex (1999-2004), AIM Resources (2005-2008), l’association Blackthorn-Glencore (2010-2014), Glencore (2014-2017).

Le 31 août 2017, Trevali rachète les mines de Perkoa et de Rosh Pinah (Namibie).
Dans le cas de Perkoa qui nous intéresse, Boundary Venture Limited des Bermudes (Glencore) détient 90% des actions de Nantou et est donc le seul actionnaire majoritaire de Trevali (Shane Magee • CBC News • Posted : Sep 19, 2022 3:37 PM AT | Last Updated : September 19).

En Français facile Glencore vend à lui-même la mine de Perkoa. Les autorités Burkinabé, peu informées ont été une fois de plus bernées. Boundary Venture Limited et Trevali ne sont que des sociétés écrans de Glencore, mondialement connues comme société ayant des pratiques commerciales souvent très douteuses voire illégales (http://www.industriall-union.org/special Report : glencore-the commodities-giant-with-no-soul) ; traduction du titre du rapport « Glencore, le géant des substances minérales sans âme »

B. Exploitation

Trevali Mining Corporation ("Trevali") détient 90% de Nantou Mining Burkina Faso S.A créée le 20/03/2007 (Nantou) où 10% sont détenus par l’Etat Burkinabé.
En 2018, la société employait 351 personnes (334 hommes, 17 femmes)
Trevali est une société minière de métaux de base dont le siège social est situé à Vancouver, au Canada. La majeure partie des revenus de Trevali est générée par la production de concentrés de zinc et de plomb. La société possède trois actifs principaux : la mine de Perkoa, détenue à 90 %, au Burkina Faso, la mine Rosh Pinah, détenue à 90 %, en Namibie, et la mine Caribou, détenue à 100 %, dans le nord du Nouveau-Brunswick, au Canada.

L’exploitation de la mine de Perkoa a commencé le 19/01/2013 après des études de faisabilité et une étude d’Impact Environnementale et Sociale validées par le Gouvernement.

Moins de 10 ans après le début l’exploitation, Trevali a déposé une demande de liquidation auprès du Tribunal Judiciaire de Commerce rendue publique le 6 octobre 2022.

La liquidation judiciaire intervient lorsqu’une société rencontre des difficultés pour faire face à ses créances sans aucune possibilité de rebondir.

La mine de Perkoa n’est pas la seule mine du groupe Trevali à être mise en liquidation. Il y a aussi les mines de Rosh Pinah ((Namibie) et Caribou (Canada)
Pour la mine de Perkoa, Trevali affirme avoir dépensé plus de 25 millions de dollars dans les pompages lors de l’inondation de la mine ou 8 employés ont péris.
Paix aux âmes des chers disparus

Le procès qui a eu lieu au Tribunal de Grande Instance (TGI) de Koudougou a jugé coupables d’homicide involontaire le Directeur General (Hein Frey) et le responsable des opérations Daryl Christensen et les a condamnés respectivement à 24 mois et 12 mois de prison avec sursis et une modique amende de 2 et 1 million de francs CFA.

Durant l’exploitation, les produits valorisés dans le seul intérêt de Glencore étaient essentiellement le concentré de zinc, et un peu l’argent.

Le Burkina aurait dû aussi exiger de Glencore un tri sélectif des sous-produits tels que la pyrite pour une exploitation future.

Quel bilan peut-on faire de l’exploitation de la mine de Perkoa ?

Dans les dossiers « Paradise papers » il s’est avéré en 2017, que la société Nantou était détenue par une chaîne de cinq sociétés offshore constituées aux Bermudes, aux Émirats arabes unis, en Suisse et sur l’île de Jersey, selon un diagramme marqué « privé et confidentiel ».

On est en droit de se poser la question sur le mécanisme de suivi et de contrôle des activités minières au Burkina d’une manière générale et en particulier, celle de Perkoa. Les départements chargés du contrôle ont-ils failli ?

Un bilan exhaustif devrait être exigé des différents départements pour situer les responsabilités, les points faibles et tirer le maximum de leçons sur l’exploitation de la mine de Perkoa.

C. Retombées de l’exploitation de Perkoa.

Deux retombées essentielles ci-dessous résumées :

• Positives : emplois directs et indirects, les taxes, petits financements de projets locaux etc.

Une fondation dénommée Nantou Fondation jouait le rôle d’interface entre la société Nantou et les populations locales et était chargé de recevoir les fonds et de les investir dans les projets du contenu local. Il semble que la gestion de Nantou Fondation n’était pas sans reproches. !!

• Négatives : pertes en vies humaines (6 burkinabè, 1 Zambien et 1 Tanzanien), peu d’investissements durables, problèmes environnementaux, manque de coopération entre les dirigeants de la mine et le monde de la recherche au niveau de l’université, escroqueries diverses etc.

Ici aussi, le Burkina Faso doit demander un bilan exhaustif des différentes retombées afin de prendre de mesures légales adéquates

D. Pourquoi Trevali n’a pas trouvé de gisements satellites économiquement rentables ?

Avant l’arrivée de Glencore, plusieurs travaux de recherche avaient été menés par les différences sociétés ayant travaillé dans la zone de Perkoa. De nombreuses cibles avaient été identifiées et des travaux de suivi avaient été recommandés.
Malgré les recommandations du rapport NI 43 101 (Technical Report on the Perkoa Mine, 31 décembre 2017 du groupe RPA), il semble que Trevali n’a pas mis ni les ressources, ni les personnes qualifiées, n’a pas exploité les anciennes données pour trouver des gisements satellites. Ces gisements auraient prolongé la durée de vie de la mine. Trevali semblait plutôt focalisé à écrémer au maximum ce fabuleux gisement très riche pour se faire le maximum de profits au détriment du Burkina Faso dont l’administration peu expérimentée et très corrompue n’a pas travaillé à sauvegarder les intérêts du pays.

E. Gestion de l’impact environnemental et social de la fermeture de la mine

Plusieurs études d’impact environnemental et social et la gestion de la fermeture de la mine ont été faites au cours du temps de l’évolution des travaux.
• 2005 : Plan préliminaire de remise en état et de fermeture de la mine.
• Septembre 2012 : Étude d’impact environnemental et social de la modification du plan de développement de la mine de zinc de Perkoa, Burkina Faso. Dans ce rapport, l’estimation des coûts de réhabilitions s’élevaient à US$7.0 millions.

Les coûts de réhabilitation et de fermeture devaient être examinés par la mine de Perkoa pour répondre à ces exigences de BUMIGEB. Une mise à jour technique et financière de l’évaluation du rapport sur clôture devrait avoir été réalisée en 2018 et soumis au BUMIGEB.

En principe, Il doit y avoir un rapport à jour pour gérer les aspects environnementaux et sociaux de la fermeture de la mine de Perkoa

F. Quelles sont les retombées au niveau de la recherche académique ?

Au regard de la particularité de Perkoa dans le système Birimien ouest africain, le monde universitaire, en particulier les géoscientistes du Burkina Faso devaient mener toute une série de recherche dont certaines pourraient être directement profitables à la mine.

• Approfondissement de la connaissance géologique du gisement.
• Etudes métallogéniques approfondies de la minéralisation
• Etudes sur la dynamique géostructurale ayant contribuée à la formation du gisement.

• Etudes géophysiques et développements de systèmes mieux adaptés pour la découverte d’autres gisements.

• Travaux d’orientations divers pour mieux connaitre les principaux paramètres du gisement.
La liste est loin d’être exhaustive

G. Quelles sont les leçons à tirer ?

En attendant la nomination du liquidateur et d’un éventuel repreneur, quelles sont les leçons à tirer ?

• Le Burkina Faso doit faire de chacun de ses projets miniers, un projet intégré dans un contexte durable.
• Réviser la convention minière type qui présente un certain nombre de lacunes exploitées par les sociétés minières dont la plupart sont loin d’être des « enfants de chœur ».

• Former des agents compétents, faisant montre d’intégrité et assermentés pour le suivi et le contrôle afin d’éviter tout un ensemble de désagréments (emploi et rémunération des locaux, dumping fiscal avec les sociétés écrans etc.)
• Sensibiliser les populations locales sur leurs droits et leurs devoirs vis-à-vis des sociétés minières,

• Définir un contexte favorable et contraignant pour que des chercheurs puissent mener des activités sur tous les aspects de la mine.
• Disposer d’un centre pour recueillir toutes les données de chaque mine.
• Veiller scrupuleusement à ce que la réhabilitation soit entièrement satisfaisante.

H. Recommandation

Au cas où aucun repreneur ne se présente, il est recommandé aux autorités Burkinabè dans le cadre de la réhabilitation, la mise en place d’un projet avec pour mission la valorisation du contenu pyrite des tailings.

Il s’agira d’étudier la possibilité de récupérer la pyrite et de produire de l’acide sulfurique à un prix compétitif afin de traiter les phosphates de Kodjari en les transformant en engrais de meilleure qualité pour l’autosuffisance alimentaire.

Dr. Salifou Napon
(salifnapon@yahoo.fr )
• Thèse Doctorat sur le gisement de Perkoa, 1988
• Géologue du projet Perkoa avec Boliden 1989-1992
Dr. Hermann Ilboudo (hermannilboudo@gmail.com)
• Enseignant-chercheur Université Joseph Ki-ZERBO/Département des Sciences de la Terre
• Spécialité Géologie Appliquée & Géologie minière

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