Actualités :: Burkina : Le vivre-ensemble, est-il menacé dans le département de Pouni (...)

Des ressortissants de Pouni qui résident à Ouagadougou se disent inquiets du vivre-ensemble dans la région après la diffusion d’une émission sur la RTB dont une partie retrace l’histoire du département de Pouni. Ils s’en expliquent dans la tribune qui suit.

Dans une des émissions que de la RTB dédie aux différents départements, l’honneur est revenu à Tita, un des 21 villages que compte le département de Pouni dit Pouni-Sud ou Pouni-Zavara. Tita est situé sur la Nationale n°1 (Axe Ouaga-Bobo) à environ 120 Km de Ouagadougou. Comme à l’accoutumée, l’émission comporte une phase de présentation de la localité. Dans la vidéo retraçant l’histoire de Tita, il ressort que le premier habitant fut un chasseur de la famille Koala originaire de Godé. Il aurait été rejoint ensuite par ses parents et des membres de la famille Sawadogo.

Ensemble, ils auraient repoussé des Bwaba vers l’Ouest sans préciser là où étaient installés ces derniers. Dans ce récit pathétique, le narrateur n’a fait cas de l’existence des Nouna (sous-groupe linguistique des Gourounsi) qui vivaient dans la zone et encore moins des propriétaires terriens qui ont fait don de ce domaine à la famille Koala. C’est comme si ce chasseur avait trouvé un no-man’s-land complètement isolé et s’y était installé tranquillement. Face à ces incohérences flagrantes, il devient impérieux de restituer quelques volets de l’histoire de Tita à l’intention surtout de la jeunesse.

Chez les Gourounsi et probablement chez les autres groupes linguistiques, même un mètre carré de la partie du territoire du pays occupée par eux, appartient toujours à une grande famille. Il est reconnu dans toute la zone que les plus anciens villages sont Villy, Naboua et Elinga. Exemple : le site actuel qu’occupe Tita appartient en partie à Naboua et une autre partie à Villy. Le côté Nord de la grande voie actuelle s’étendant au-delà de Pouni relève du domaine du dit-village dont Naboua lui a fait don. Du côté Sud de la voie, une portion appartient toujours à Naboua et l’autre, à Villy.

La famille NEBIE, originaire de Pouni et issue de la grande famille des forgerons dudit village, occupe un site situé à environ 1400 m au Sud du marché de Tita. Le patriarche de cette famille qui était un neveu utérin du village de Villy a bénéficié d’un vaste domaine de ses oncles maternels de Villy. Jusqu’à ce jour, cette famille NEBIE occupe, avec des alliés et autres habitants, les mêmes terres sur lesquelles sont implantés les autels de ses divinités « Tia » (la Terre), « Yaali » (la forge) et deux marigots. Les autels de ces divinités existent jusqu’à ce jour et des fidèles viennent pour y faire des sacrifices.

La famille NEYA originaire du village Edié a bénéficié d’un domaine que lui a donné Pouni. Les Koala sont des neveux utérins des NEYA. Ils sont donc venus s’installer chez leurs oncles, les NEYA. Les KOALA, étant des neveux utérins des NEYA, vivent sur un domaine qui leur a été attribué par leurs oncles. Personne à Tita ne peut revendiquer une portion de terre du coté- Nord de la voie comme étant sa propriété. En réalité, tout le monde le sait : ceux qui entrent en conflit avec les habitants de Pouni par rapport à une portion de terre dans cette zone, avancent toujours comme preuve : « C’est mon père qui cultivait sur cette portion ! » ; Ils ne disent jamais « C’est la propriété de mon père ! ». C’est significatif.

Les familles NEYA et NEBIE sont les premières à s’installer sur le site de Tita. Le hameau de culture habité par la famille NEYA était proche de la voie, alors que la famille NEBIE était plus en profondeur au Sud. Les hameaux de culture étaient dénommés Monlèi (Ris et passe ton chemin). Ce n’est que plus tard que Monlèi devint Tita, un mot, également d’origine nouna.

Le chef de Sabou (qui est de la famille KABORE), comme tout bon chef mossi, chercha à étendre son influence politique dans la zone. Il trouva un répondant à Tita au nom de la famille KOALA, originaire d’un village relevant de son canton. Il fit même une incursion jusqu’à Tiékwiou. Quand venait la collecte des impôts de capitation instaurés par le colon blanc, le Chef de Sabou envoyait ses émissaires auprès de ses sujets (famille Koala et alliés) et de ceux du village de Tiékwiou, pendant que celui de Pouni les percevait avec la famille NEBIE et ses alliés. Cette situation du statut de Tita a perduré avant que sur le plan administratif le village ne soit définitivement rattaché à Pouni.

Dans les années 50, Tita était composé de quelques concessions. C’est à Pouni que furent implantées les premières structures administratives (école, dispensaire et administration générale). L’école de Pouni a été ouverte en 1953. Ce n’est que plus tard qu’une école rurale fut construite à Tita. Le CEG de Tita a vu le jour grâce aux efforts de fils de Pouni dont le regretté NEZIEN Badimbié Pierre Claver qui a fait transformer en salles de classe et en logements, les bâtiments construits par l’entreprise qui s’est chargée du bitumage d’une partie de la nationale n°1.

L’Association pour le Développement Economique et Social de Pouni (ADES-Pouni) a toujours œuvré au développement de Tita comme elle le faisait pour tous les autres villages relevant du département. Sur fonds propres, elle a contribué entre autres à la construction de nombreuses salles de classes supplémentaires du CEG de Tita, le seul établissement secondaire de la zone à l’époque. Malheureusement, ces efforts furent méprisés par certains individus de Tita et leurs complices dont le but inavoué était de créer des conflits entre Pouni et Tita.

Le reportage sur Tita cache un grand malaise entretenu par les hommes politiques de la région et ceux de Tita en particulier. Le fait que le narrateur de l’histoire de Tita ait évité soigneusement d’évoquer le mot « Pouni », le chef-lieu du département, n’est pas un oubli. C’était sciemment fait. Dans ses propos, il a ignoré totalement les Gourounsi alors que le site sur lequel est situé Tita leur appartient en entier et sans conteste. Il existe un conflit ouvert entre Pouni et Tita alimenté par des ressortissants de Tita qui n’admettent pas que Tita, un village qu’ils disent mossi, soit sous la tutelle d’un village gourounsi.

Ce sentiment n’est pas nouveau : le chef de Sabou n’a jamais accepté le rattachement de Tita à Pouni. Grâce à la voie nationale qui le traverse, Tita est devenu depuis quelques années un grand centre économique ravivant ainsi la convoitise de Sabou. La fibre ethniciste est mise à contribution. Des gens mal intentionnés n’admettent pas que Tita qui est pour eux un village mossi, se fasse « commander » par des Gourounsi. C’est ainsi qu’est perçu malheureusement les liens administratifs entre Tita et Pouni.

C’est, pour ces nostalgiques d’une époque révolue, la pire des humiliations. Ce sentiment d’hostilité envers les Gourounsi a été inculqué dans le subconscient de beaucoup d’habitants de Tita. Grace à l’activité commerciale, presque tous les habitants permanents de Tita parlent la langue moré. Ce critère semble aujourd’hui dans la localité de Tita, largement suffisant pour se proclamer « Mossi ». Donc presque tout le monde est devenu Mossi à Tita. C’est une question de logique simple.

Même des NEBIE et des NEYA revendiquent leur appartenance au groupe linguistique Mossi. Presque tout le monde étant Mossi ou plutôt se proclamant Mossi à Tita, il est tout à fait « légitime » que Tita se rattache à Sabou, siège de la chefferie mossi. Les politiciens se sont accaparés de cet argument pour dresser les populations de Tita contre celles de Pouni. Comme ils ne peuvent évoquer ouvertement les raisons ethnicistes qui les motivent, ils exhibent la culture « mossi » qui doit lier Sabou à Tita pour justifier le rattachement de Tita à Sabou. Pour eux la géographie n’a rien à voir avec le découpage administratif du territoire : Tita est à 5 km de Pouni, et à une trentaine de kilomètres de Sabou.

Ce que recherchent en réalité ces politiciens et qu’ils n’osent avouer, c’est le déplacement des charges administratives de la commune de Pouni à Tita : en termes clairs, que Tita devienne le chef-lieu de commune. C’est ça l’unique et véritable revendication des « Mossi » de Tita.

Tita, chef-lieu de commune, leur conviendrait parfaitement et cela rentrerait dans leur implacable logique des Mossi qui commandent les Gourounsi. C’est cela, pour eux, l’ordre normal des choses. C’est crument dit, mais c’est la triste réalité. Le hic est que tout ce grand monde qui se proclame « Mossi », n’a rien de mossi. Qu’il prenne la peine de consulter l’histoire de la Haute Volta. Seuls les KABORE et les SAWADOGO qui sont dans notre zone, viennent du « pays » mossi.

Les Mossi du Centre et ceux du Nord désignent les populations de Koudougou et des alentours par le mot « Gourounsi », probablement pour dire des populations « non » Mossi. L’histoire nous enseigne que les Mossi, guerriers envahisseurs venant du Sud, ont trouvé des populations autochtones. Aujourd’hui des populations autochtones nient leur appartenance ethnique et se proclament plus mossi que les Mossi. Dans notre zone, elles cherchent à tout « mossiser ».

Ainsi, des villages nouna ont été rebaptisés : Sedoun, devenu Ipendo, a pour autochtones des NEYA, ZONGO, NEBIE, ZIO , etc. ; Vourou, devenu Godé, est habité par les mêmes familles ; Nekoulpoun (mot en nouna désignant le Quartz qui est abondant dans la localité) , est devenu assez récemment « Koupela ». Il ne sera pas surprenant qu’un jour ce village soit « fondé » par un ressortissant de Koupela (chef-lieu de la Province du Kouritenga) ; Villy-valo est devenu Vill-bongo ; Nebiélianeyou (qui signifie concession ou quartier des NEBIE) est en train de subir des mutations, probablement du fait de sa consonance un peu trop nouna ; il est en train de se « mossiser » en Nébiel.

Dans « identité culturelle », une émission de la RTB, un invité a déclaré sans gêne que le nom NEBIE venait de « Nabiiga » (qui veut dire prince en moré). Un démenti cinglant a été apporté à cette ineptie et plus personne n’en a parlé. Aucune culture n’est supérieure à aucune autre. Pour le vivre-ensemble, chaque groupe linguistique doit respecter la culture des autres groupes. Les noms nouna attribués initialement aux villages cités doivent être restitués sans délai. Chaque village a son histoire et le nom qui lui a été attribué est intimement lié à cette histoire.

Tous les peuples doivent être fiers de leur culture. Autrefois, la méconnaissance des uns et des autres avaient suscité de la méfiance et des réserves vis-à-vis des voisins.

Chaque peuple, fier de sa culture, attribuait des qualificatifs pas toujours élogieux aux voisins. Aujourd’hui, le développement des moyens de communication a permis à ces peuples de se fréquenter et de se connaitre. Ces brassages leur ont permis de fonder un pays, celui des « Hommes intègres ». Tous les Burkinabé doivent unir leur force pour bâtir leur Nation. La diversité culturelle est une richesse énorme. Aucun peuple n’est supérieur à l’autre.

Pour le cas particulier des conflits qu’entretiennent les politiciens entre Tita et Pouni à des fins électoralistes, les populations doivent savoir faire la part des choses. Elles n’ont d’autres choix que de vivre en symbiose parce qu’elles vivent sur les mêmes Terres. Les populations de Pouni ne se lasseront point de tendre une main fraternelle à leurs frères, sœurs et amis de Tita afin qu’ensemble, ils puissent contribuer au rayonnement du Burkin Faso.

Pour terminer, il convient d’attirer l’attention des auteurs de cette belle émission sur la nécessité de toujours se référer aux premiers responsables administratifs des chefs-lieux des Départements concernés avant de porter leur choix sur un site pour les reportages. Cela y va de la crédibilité de l’émission.

Pour les Doyens des Ressortissants de Pouni à Ouaga :
Monsieur NEBIE Béli Bernard
Portable : 76205007

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