Actualités :: Libres propos : Un buzz qui ne nous fait pas avancer

Un montage vidéo, qui circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, charriant railleries et dérisions politiques, oppose l’appel du ministre Lionel BILGO tenu sur les antennes de France 24 à des propos que ce dernier a tenus par le passé, quand il était activiste de la société civile.

Ce montage caricaturale s’inscrit dans une logique de déconstruction d’un brillant appel lancé par le Porte-parole du Gouvernement à la communauté internationale en faveur d’un soutien plus accru au Burkina Faso et aux pays du Sahel.

L’objectif de ce montage ne souffre d’aucune ambiguïté : vider ce message de sa pertinence et de sa crédibilité, et mieux, le détourner par une énonciation fort dévalorisante. La vidéo tente de présenter le Porte-Parole du Gouvernement comme une personnalité ambiguë, qui dit une chose et son contraire, et du fait de ce déficit de cohérence criard, le Ministre BILGO ne mérite que mépris, dérisions et railleries.

Je trouve personnellement cette réaction particulièrement irresponsable et inopportune et que les monteurs et les diffuseurs de la vidéo ont raté une belle occasion de se taire pour ne pas nuire aux intérêts supérieurs du Burkina Faso.

Pour nous en rendre compte, posons-nous seulement deux questions élémentaires, histoire de tester le bon sens des auteurs et des likeurs de cette vidéo, leur sens de l’Etat et de notre destin commun en tant que Nation en construction.

La Première question : Est-ce une impertinence ou une déraison de dire que la défense du pays incombe aux Burkinabè au premier chef, et que penser autrement et attendre que le « blanc » et l’extérieur arrivent en sauveur est irresponsable et suicidaire ? Personnellement, je ne le crois pas. Je dirai même plus : ce n’est que pure vérité, la même qu’a professée le révolutionnaire Thomas SANKARA, qui nous a laissé en héritage le Ditanyé, l’hymne de la Victoire, et qu’ont défendue, avant lui, les pères de l’indépendance qui ont osé dire avec courage à De Gaule que la « Fière Volta de nos aïeux » n’avait pas besoin de la présence militaire française sur ses terres. NOUS DEVONS ETRE MAITRE DE NOS DESTINS !

L’activiste de la société civile, monsieur BILGO n’a pas tort. Du reste, pour des citoyens qui aiment leur pays de tout cœur, cette profession de foi patriotique ne devrait point souffrir de débats ni d’aucune contestation.

La deuxième question : Appeler à l’aide internationale est-ce une trahison de l’idéal des pères et des aspirations légitimes à une indépendance effective ? En d’autres termes, le Burkina Faso, durement éprouvé par des attaques terroristes récurrentes qui endeuillent chaque jour des populations, doit-il s’interdire de demander de l’aide ? Personnellement, je ne pense pas qu’il y ait une honte à demander de l’aide, surtout quand on est en difficulté, et particulièrement dans le contexte qui est le nôtre. Et demander de l’aide ne signifie pas vendre son âme par une renonciation à sa souveraineté. La France, entre 1940 et 1945, a bénéficié de l’aide des alliés et des africains pour se libérer de l’occupation nazie. Face à l’assaut russe, l’Ukraine ne cesse de multiplier les appels à l’aide internationale pour devenir, à ce jour, la priorité des soutiens financiers du G7. Nos boys, qui affrontent les HANI ont besoin d’armes et de munitions, deux millions de personnes déplacées ont besoin de prise en charge humanitaire qui dépassent les capacités actuelles d’un pays durement éprouvées.

Ce serait irresponsable de ne pas interpeller la conscience de la communauté internationale sur ses responsabilités et sur le devoir de solidarité face au drame qui se joue sous nos yeux. Le Porte-Parole du Gouvernement, Monsieur BILGO, est bien dans son rôle d’appeler à l’aide internationale et de dénoncer la politique de deux poids deux mesures de la communauté internationale, plus agissante en Ukraine et par contre moins engagée au Sahel. Et pourquoi pas le Burkina Faso et les pays du Sahel. En la matière, il faut se féliciter du bon usage que le Porte-Parole du Gouvernement fait des médias en profitant formidablement de l’ouverture internationale que lui procurent certains médias étrangers.

Une troisième question s’impose : Que dire finalement de l’utilité de ce montage vidéo dans le contexte actuel du Burkina Faso ? Ce n’est rien d’autre qu’un illustre non-sens, qui ne peut avoir pour auteurs que de sombres zélateurs politiques irresponsables, incapables d’élever le niveau du débat et de transcender leurs égos pour faire prévaloir le parti pris du Burkina Faso, notre patrimoine commun.

Cette production foncièrement malveillante, qui voit une contradiction radicale entre l’exhortation à l’autodétermination et l’appel à la solidarité internationale, ne peut séduire qu’un esprit atteint de nanisme. Il faut en effet une certaine hauteur d’esprit pour appréhender cette dialectique intimement accordée aux intérêts du pays et qui porte la voix des sans voix, celle de deux millions de personnes déplacées internes, qui attendent, d’une part, la solidarité nationale et internationale pour survivre et, d’autre part, la sécurisation du pays pour regagner leurs terres.

Enfin, ce discours anti-BILGO nous renseigne tant de l’énormité des progrès que les Burkinabè devraient réaliser pour la reconquête de notre souveraineté et de l’intégrité territoriale de notre pays. Ce genre de montage malveillant, cette expression d’une opposition stérile et anti-Burkina Faso devraient être bannie de nos discours. Le pays, dans cette situation chaotique a beaucoup plus besoin de l’Union sacrée de ses fils et filles que de buzz diviseurs et de stériles conjectures qui confortent les positions ennemies.

Amir Taryam TRAORE
amyr.taryam@yahoo.com

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