Actualités :: Côte d’Ivoire : Mort de Amadou Soumahoro, président de l’Assemblée (...)

Les peuples qui ont une histoire – et dont l’histoire résulte des choix, parfois douloureux, faits par des hommes et des femmes libres – sont nécessairement appelés, un jour, à compter leurs morts afin que l’oubli ne les ensevelisse pas. La Côte d’Ivoire de 2022 résulte de choix faits, d’abord, au cours de la décennie 1990.

Trois décennies dont deux (1990-2010) de conflits, de luttes, de certitudes et de doutes ; trois décennies qui ont été marquées par des bouleversements qui ont changé la donne parce que certains ont « accepté l’inacceptable et supporté l’insupportable », tandis que d’autres se sont rebellés et ont pensé qu’une autre voie était possible. Amadou Soumahoro étaient de cette minorité là. Il est mort le samedi 7 mai 2022. Il présidait l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Son nom s’ajoute à la liste des personnalités ivoiriennes émérites qui, dans la lumière ou dans l’ombre, sont décédées ces derniers mois, ces dernières années, après avoir joué, à la place qui était alors la leur, un rôle majeur.

Amadou Soumahoro n’était pas la plus emblématique des personnalités politiques ivoiriennes de la « génération Ouattara ». Et si la fonction de président de l’Assemblée nationale, qu’il occupait depuis quelques années, aurait pu le propulser sur le devant de la scène politico-médiatique, la maladie l’a empêché d’en profiter pleinement.

C’est aussi qu’il n’était pas un homme de la capitale mais de la province. Plus encore de Séguéla, loin d’Abidjan, là où, dans le Nord-Ouest du pays, la forêt s’arrête pour laisser la place à la savane. Une ville dont l’histoire remonte au XIIIè siècle, habitée par ceux qui la fondèrent et non par ceux qui la conquirent ; une ville qui ne doit rien à la colonisation occidentale mais tout aux pionniers qui voulurent demeurer là au temps lointain de Soundiata Keita.

Il y a un an, le 18 mars 2021, Séguéla accueillait la dépouille de Hamed Bakayoko, premier ministre en exercice. La ville se prépare à accueillir celle de Amadou Soumahoro, président de l’Assemblée nationale en exercice.

Spécialiste des relations commerciales Nord-Sud

Deuxième d’une famille de cinq enfants, fils de Losseni Soumahoro qui a été secrétaire général délégué du PDCI – alors parti unique – à Séguéla, Amadou Soumahoro était né le 31 octobre 1953. Il fera ses études à Abidjan. Un bac d’économie sociale avant de rejoindre la faculté des sciences économiques. Puis ce sera Paris en 1979 et Genève en 1982. Il deviendra un spécialiste des relations commerciales Nord-Sud. Il rejoindra alors le ministère du Commerce à Abidjan. La conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, le Gatt, la Cnuced, etc. deviendront son horizon quotidien.

Dans le même temps, il va s’investir au sein du PDCI, au plan régional, à Séguéla (dont il sera conseiller municipal puis maire), mais également au plan national (il sera nommé au bureau politique de 1990 à 1993). C’est la fin des « années Houphouët » et le début des « années Ouattara ». Sauf que l’émergence constitutionnelle de Henri Konan Bédié retardera l’échéance. Soumahoro, avec d’autres, pensera qu’il fallait « un peu plus de démocratie, un peu plus de liberté et un peu plus de justice ».

Une ligne réformiste qui était celle de Djény Kobina, instigateur du Mouvement pour la coordination de la rénovation (MCR) – et donc chef de file des « rénovateurs » au sein de l’ex-parti unique – et fondateur, avec sept autres cadres du PDCI, du Rassemblement des Républicains (RDR) qui, le 27 septembre 1994, deviendra le 41è parti légalement reconnu. Soumahoro a été un des huit cofondateurs du RDR. Il en deviendra le secrétaire général adjoint puis le secrétaire général par intérim quand la direction du parti sera embastillée par le président Bédié à la veille de sa destitution par quelques militaires.

Il va alors participer à la commission consultative constitutionnelle et électorale (CCCE) chargée d’élaborer une nouvelle constitution.
On connaît la suite : Laurent Gbagbo, vainqueur d’une présidentielle tronquée à la fin de l’année 2000, accède au pouvoir sans jamais parvenir à l’exercer pleinement. Le 5 août 2002, il est contraint de former un gouvernement de large ouverture auquel participent quatre personnalités du RDR. Soumahoro se retrouve tout naturellement ministre du Commerce extérieur.

Le 13 mars 2003, à la suite de l’échec de la tentative de coup de force militaire de septembre 2002 et des négociations de Marcoussis, Soumahoro participera au gouvernement de réconciliation nationale au portefeuille de ministre du Commerce. Il restera en poste jusqu’en décembre 2005, Charles Konan Banny prenant la suite de Seydou Elimane Diarra ; Soumahoro sera alors remplacé au commerce par Dosso Moussa (Forces nouvelles).

RDR avant tout, refusant à faire du passé table rase

Soumahoro va, dès lors, s’investir pleinement dans l’activité du RDR puis du RHDP. En 2006, il sera nommé secrétaire général adjoint du RDR chargé des affaires politiques et deviendra le chef de la délégation du RDR au sein du RHDP, alors coalition des « houphouëtistes ». En 2008, dans la perspective de la présidentielle (qui n’aura lieu, finalement, qu’en 2010), il sera le directeur régional de campagne de Alassane D. Ouattara pour la région du Nord-Ouest. De janvier 2010 à juin 2011, il sera le premier vice-président de la Commission électorale indépendante (CEI).
A la suite de la victoire de Ouattara à la présidentielle 2010 et de son accession au pouvoir en 2011, il sera nommé conseiller du président de la République (2011-2015) puis ministre auprès du président de la République chargé des affaires politiques (4 mai 2018).

Le 11 décembre 2011, il sera élu député de la circonscription de Séguéla sous-préfecture, Bobi-Diarabana commune et sous-préfecture et accédera à la présidence du groupe parlementaire RDR. Dans le même temps (juillet 2011-septembre 2017), il assurera l’intérim du secrétariat général du RDR. Le 10 septembre 2017, lors du 3è congrès du RDR c’est Kandia Camara qui sera nommée par Alassane D. Ouattara secrétaire générale du parti bien que Soumahoro ait été candidat au poste mais son intransigeance vis-à-vis du PDCI était souvent critiquée par ceux qui se refusaient à comprendre que l’ex-parti unique ambitionnait, d’abord, de jouer solo dans la perspective de la présidentielle de 2020. Une ambition intacte pour 2025 !
Soumahoro, il est vrai, aimait à rappeler que le RDR avait mené un rude « combat pour l’existence et la survie de 1995 à 2010 », ce qui englobait les « années Bédié » ; un combat également mené, dira-t-il, « pour la dignité, la justice, la liberté, l’égalité et les droits civiques ».

Un président de l’Assemblée nationale souvent « en déplacement hors du pays »

Soumahoro sera également président du directoire du RHDP (février 2015-septembre 2017). Enfin, le 7 mars 2019, il sera porté à la présidence de l’Assemblée nationale. Mais ses problèmes de santé, aggravés par une infection au Covid 19, l’obligeront à être absent de la scène politique et parlementaire ivoirienne. Réélu pour cinq ans, à la suite des dernières législatives, le 30 mars 2021, il devra se résoudre, quelque peu contre son gré semble-t-il, à confier l’intérim de la présidence à Adama Bictogo, numéro deux du RHDP (le numéro 1 étant Alassane D. Ouattara), alors qu’une fois encore il était en « déplacement hors du pays », ses problèmes récurrents de santé n’ayant jamais été reconnus et encore moins précisés.

Jean-Pierre Béjot
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9 mai 2022

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