Actualités :: Maison à usage de bureaux pour les enseignants-chercheurs retraités de (...)

Accusé par certains collègues qui répandraient de façon virale une information selon laquelle il se serait opposé à la construction d’une maison à usage de bureaux pour les enseignants-chercheurs admis à la retraite, Magloire Somé, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Joseph Ki-Zerbo, donne, à travers les lignes qui suivent, sa version des faits. Il estime que l’idée qu’il a avancée a été dénaturée et qu’il est présenté comme un collègue, un responsable syndical de l’époque, qui est contre les intérêts des retraités.

« On a coutume de dire que l’université est le temple du savoir, le lieu des débats d’idées, de la confrontation dans un esprit dialectique des idées émises, pour faire jaillir la vérité. On n’hésite pas à déconstruire les idées communément admises et à rejeter catégoriquement les idées saugrenues. Contrairement à cette logique universitaire, je suis l’objet depuis plusieurs années de dénigrement sur la base de la déformation d’une idée que j’avais formulée contradictoirement à un processus de décision sur la construction d’une maison à usage de bureaux pour les enseignants-chercheurs devant être admis à faire valoir leurs droits à la retraite.

Une certaine catégorie d’enseignants en est arrivée à élaborer de moi la figure hideuse de l’anti-retraité. Confronté, de façon récurrente, au besoin de nombreux collègues de comprendre cette affaire de bureaux des retraités, et persuadé que les questions que l’on me pose à ce sujet en entraîneront immanquablement et logiquement d’autres, j’ai choisi de les anticiper en donnant ma version des faits.
En 2013, l’Université de Ouagadougou (actuelle Université Joseph Ki-Zerbo), rédigeait son plan stratégique de développement. J’avais été invité en tant que responsable syndical aux travaux du séminaire qui se déroulait à Kombissiri.

Ayant été programmé pour une activité pédagogique, je pris les travaux en cours. J’arrivai au moment où l’on discutait de la construction d’une maison à usage de bureaux pour les enseignants admis à faire valoir leurs droits à la retraite. Prenant la parole, j’avais invité les séminaristes à murir la réflexion avant d’engager l’autorité à prendre une telle décision. Je fis comprendre que la construction d’une « maison des retraités » pourrait soulever dans le long terme un conflit de générations. Nous sommes à une époque où, avec les progrès de la médecine, l’espérance de vie est de plus en plus élevée.

Construire une « maison des retraités » serait lourd de conséquences. Lorsque tous les bureaux seraient occupés, si la durée d’occupation n’était pas réglementée et limitée, il se créerait rapidement un goulot d’étranglement. La première génération des retraités bénéficiaires serait bien servie, mais ceux des générations suivantes qui n’auraient pas de bureaux, refuseraient de bon droit de libérer les leurs. Arriverait alors un moment où l’occupation des bureaux par les retraités atteindrait un seuil d’autant plus critique que les enseignants en activité n’auraient pas de bureaux et exigeraient en conséquence d’être satisfaits. Ils pointeraient alors du doigt les anciens qu’ils accuseraient de refuser de leur céder la place. Et l’on se trouverait devant le conflit de générations.

J’avais complété ma réflexion en invitant à prendre en compte la nature humaine qui veut l’homme naisse, suive un processus d’éducation jusqu’à l’âge adulte où il travaille jusqu’à la retraite. Après la retraite, il doit faire de la place aux générations suivantes, et s’occuper autrement jusqu’à l’avènement de l’heure fatidique de son rappel à Dieu.

Le porteur du dossier m’avait rétorqué que l’heure n’était plus à la réflexion ; que la décision avait été déjà prise, et que l’on discutait maintenant du montant à investir dans la construction du bâtiment à usage de bureaux et non pas de la « maison des retraités ». Un doyen d’âge proche de la retraite avait répliqué à mon propos en disant que si l’on ne faisait rien pour les retraités, ils iraient au privé et que ce serait l’Etat qui perdrait.

J’avais répondu à ce doyen d’âge que c’est plutôt l’Etat qui gagnerait si les retraités allaient au privé. Car l’enseignement supérieur privé supplée à l’insuffisance de l’offre de formation universitaire de l’Etat. Les retraités qui iraient au privé aideraient à le développer au bénéfice de la nation tout entière. J’avais eu l’impression que cet échange contradictoire d’idées avait été utile parce que j’apportais un autre son de cloche à un groupe de gens qui n’avaient pas perçu ce problème que provoquerait dans le temps leur proposition de maintien des retraités dans leur ancien lieu de travail. Je n’avais nullement la prétention de détenir la vérité ou de forcer la main à quiconque dans cette prise de décision. Je suis d’ailleurs très heureux de voir que ce doyen d’âge est aujourd’hui le Recteur d’une université privée.

En écrivant ce papier, je regrette que dans le temple du savoir, certains enseignants-chercheurs refusent la logique des débats d’idées et s’engouffrent dans des dénigrements de collègues en déformant les idées de ceux-ci aux fins de les diaboliser, en les jetant en pâture à la vindicte populaire. Il m’aurait plu que quelqu’un d’autre, face à mes idées, développe une argumentation contraire, mais rigoureusement logique, pour me montrer en quoi j’aurais eu tort d’avancer de telles idées qui ne résisteraient point à l’analyse.

Nous avons tous la prétention d’être des hommes de sciences. Restons dans la logique scientifique en apportant la contradiction d’idées aux autres, si nous ne voulons pas que la pensée unique, en s’introduisant dans notre université, tue le débat d’idées et nous conduise dangereusement sur le chemin de l’obscurantisme. Elle ferait alors percevoir dans toute controverse une offense à autrui. Je regrette in fine que nous nous égarions à dénigrer les autres à partir de la déformation ou de l’interprétation partiale de leurs propos.

Je saisis l’opportunité pour remercier ces amis qui, s’étonnant que j’aie pu tenir de tels propos contre les anciens, m’ont interpellé, me donnant ainsi l’occasion d’exposer la logique de mon raisonnement à l’opinion nationale. »

Magloire Somé
Professeur d’histoire contemporaine
Université Joseph Ki-Zerbo

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