Actualités :: Demba Fofana : "Le Burkina a encore besoin de Blaise Compaoré"

L’homme n’est plus à présenter tant il a marqué de sa griffe le football et la boxe burkinabè, en tant que dirigeant de clubs ou simple amoureux du ballon rond ou du ring. Aujourd’hui, après avoir roulé sa bosse dans quelques pays africains notamment au Tchad, Demba Fofana, puisque que c’est de lui qu’il s’agit, nous a accordé cette interview dans son nouveau bureau, sis à l’ONAC où il fait de l’intermédiation et même diverses autres activités.

Ce n’est pas sous un brin de nostalgie qu’il a plongé avec nous dans son passé, de cadre de la SONACEB, de CICA Bobo, de la RAN, etc. Il revient sur ses déboires à la SOFITEX et son passage à la SOPAM. Quand on a évoqué ses relations avec Blaise Compaoré, il s’est tout de suite retrouvé sur son terrain. Entretien.

"Le Pays" : Vous êtes très discret depuis votre retour du Tchad et du Congo. On ne vous entend que dans le domaine du sport, notamment au niveau de la boxe ou du football. Que se passe-t-il ?

Demba Fofana : Il ne se passe absolument rien de particulier et je pense être resté le même. Bien sûr, devenu homme politique à mon corps défendant grâce au sport et aux mouvements associatifs principalement, tout ce qui m’arrive et qui me concerne est généralement médiatisé et intéresse beaucoup de gens. L’affaire SOFITEX par exemple avait choqué beaucoup de Burkinabè pour sa légèreté et son contexte.

Même dans la circulation, on vous rencontre très peu ...

Effectivement, j’ai réduit de beaucoup mes activités associatives.

Que faites-vous exactement depuis votre retour ?

J’ai travaillé au groupe SOPAM comme conseiller technique du PDG, M. Sogli et en tant que responsable des ressources internes jusqu’en fin juin 2004.

Vous n’êtes donc plus à SOPAM ?

Non, mais j’y ai vécu une expérience inédite et passionnante ; ce fut une école à bien des égards.

Pouvez-vous être plus précis ?

Ne trouvez-vous pas un peu prétentieux de vouloir conseiller un jeune opérateur économique qui a réussi sur un terrain où l’on a longtemps essayé soi-même sans succès de tisser son bonheur ? Souvenez-vous de mes deux restaurants : Ouaga est "Grand" et Le Riibo ; de mon magasin de sports "Omnisports 2000" à la cité AN III, de mon magasin moderne de fruits burkinabè et importés "Burkina Fruitel Yanoogo", l’actuelle pharmacie Savane à Dapoya chez Djim Kola ; de mon moulin à grains semi-industriel à Dapoya et diverses autres activités telles le transport de sable et de gravillon, l’exportation de fraises et de haricots verts...

L’ex BFCI m’avait accompagné par le biais de l’actuel DG de Faso Baara, M. Kaboré, qui y était mon exploitant. Je lie les raisons de mon échec à, entre autres, l’important écart entre ma formation de manager et le réflexe de tout partager à l’époque, sans discernement. Il y a aussi le fait qu’étant à l’époque très proche du président Blaise Compaoré, je ne pouvais pas continuer ces activités. J’ai donc tout arrêté en deux ou trois mois. C’était à l’époque, une quarantaine d’employés et un chiffre d’affaires annuel d’environ 70 millions de F CFA, c’était important. En fait mon départ de SOPPAM correspondait à la fin du contrat de courte durée que j’avais signé. Dans l’ensemble, la loyauté a prévalu dans nos rapports.

Dans quel secteur d’activité évoluez-vous actuellement ?

J’ai un bureau à l’ONAC (Office national du commerce extérieur) où je fais de l’intermédiation et diverses activités. L’ONAC est une très grande institution dont le TRADEPOINT avec ses 144 pays connectés, FASONORM et les autres services sont à découvrir et à exploiter par les opérateurs économiques, les cadres commerciaux et financiers, les associations et corporations économiques et commerciales, les étudiants...

Votre mission au Tchad, c’est donc fini ?

Initialement parti pour 18 mois, j’ai finalement passé un peu plus de 2 ans dans ce pays. Ensuite, je devais exécuter un programme similaire au Congo, lequel programme n’était pas prêt quand j’y suis allé, d’où mon retour au pays. Et comme cette mission ne me passionnait pas outre mesure, je n’ai rien entrepris pour relancer les choses. J’ai eu aussi comme handicap mon grave AVC de 1993 (Accident Vasculaire Cérébral) qui m’impose de faire toujours beaucoup attention.

Vous restez donc à l’ONAC ?

Oui, car rien ne vaut le pays et la famille, malgré l’énorme manque à gagner que je n’avais pas prévu. Mon séjour au Tchad fut très difficile pour ma brave épouse et mes enfants. Mais la possibilité m’a été offerte à nouveau d’aller en Asie pour 18 mois et au regard de certains engagements à honorer, je pourrais y aller à mon corps défendant si mes nouveaux objectifs n’étaient pas atteints d’ici février 2005.

Votre carrière paraît assez mouvementée, non ?

Oui et non. C’est juste une impression. Grattez un peu et vous verrez que mes prétendus problèmes sont davantage dus à ma grande indépendance d’esprit, à mon refus de certaines choses qu’à des problèmes de gestion ou autres. En effet, excepté la tentative d’humiliation gratuite que j’ai subie à la SOFITEX sans succès, seule l’ex RAN, dans ma carrière, aurait pu me licencier, lorsqu’en 1982, alors chef d’agence RAN Ouaga, avec quatre autres collègues, j’avais organisé un sondage d’Abidjan à Ouaga auprès des cheminots, intitulé "Trente-huit questions sur la gestion d’une direction".

Les réponses, à 85% défavorables, avaient été envoyées par mes soins à Abidjan au Directeur général et au Directeur commercial des chemins de fer. Comme sanctions, il y a eu des avertissements, des réductions et des suppressions de primes de fin d’année. Avions-nous raison trop tôt au vu de ce qui se passe aujourd’hui ?

Pensez-vous être à la véritable place qui est la vôtre ?

Je pense qu’il ne faut pas toujours rendre les autres coupables de sa propre situation mais savoir assumer ses choix. Lorsqu’on procède comme nous, sans calculs, sans passe-droits, sans exploitation de nos relations multiformes, sans critiquer ni incriminer, tout en cherchant à rester soi-même, on s’autofragilise et on permet à n’importe quel homme ou femme du système, de se moquer de vous et de chercher à vous nuire. Malheureusement, ni mon épouse ni mon entourage n’ont échappé aux conséquences de ce choix.

Je vous rappelle que c’est moi qui ai demandé à quitter la présidence du Faso en 1993 pour aller en entreprise à Bobo, à la SONACEB. Votre question m’oblige à vous dire également que j’avais fait un stage de quelques mois dans le cabinet du président Chadli Benjedid à Alger et au ministère des Affaires étrangères avec le colonel Bel Kortebi, Directeur général du protocole d’Etat de ce pays, pour être Directeur du protocole d’Etat en 1989. Mais à mon retour de stage, et après quelques rencontres, j’ai compris que je ne remplissais pas toutes les conditions et j’ai dû renoncer. Je pourrais donner d’autres exemples du genre.

Pourquoi avez-vous toujours refusé de faire franchement la politique ?

Je souhaiterais que cette seule question me soit posée prochainement et je pourrais vous répondre pendant des heures. Mais en entendant, je répète que tous ceux qui participent, à quelque niveau qu’ils se trouvent, à la gestion de la cité, font de la politique, l’objectif n’étant pas forcément la recherche d’un positionnement...

Et puis lorsqu’on a été comme moi, délégué CDR de secteur, délégué général du CDR de la RAN, délégué général du COMISEC des Transports et Communications, lorsqu’à deux reprises, soit à deux mois et ensuite à un mois avant le 4 août 1983, on a été interpellé par la gendarmerie nationale pour agitations et subversions, lorsqu’aux heures chaudes ARDC/CFD, on a été mêlé à la médiation entre les deux camps, sans oublier des missions politiques importantes en Afrique, en Europe, en Asie... peut-on réellement dire qu’on n’a pas fait de la politique ?

Donc vous et moi faisons de la politique, mais autrement. Concernant la politique, suivons "Figaro" dans Le mariage de Figaro (Acte III, Scène 5) : "Feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce qu’on ignore ; d’entendre ce qu’on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu’on entend ; surtout de pouvoir au-delà de ses forces ; avoir souvent pour grand secret de cacher qu’il n’y en a point ; s’enfermer pour tailler des plumes, et paraître profond, quand on n’est, comme on dit, que vide et creux ; jouer bien ou mal un personnage ; répandre des espions et pensionner des traîtres ; amollir des cachets ; intercepter des lettres ; et tâcher d’ennoblir la pauvreté des moyens par l’importance des objets ; voilà toute la politique où je meurs" ! La politique me paraît être plus que ça mais c’est la définition de Figaro.

Etes-vous toujours en contact avec le président Compaoré ?

Malgré des passages à vide et des incompréhensions par moments, la rupture totale ne me semble pas imaginable, même si le problème de la SOFITEX m’a surpris et choqué. Faut-il crier sur les toits que nous sommes toujours en contact ?

Peut-on alors dire que vos relations plient sans jamais rompre ?

Elles n’ont pas un fondement politique donc elles sont en principe plus solides. Nous avons fait connaissance en 1977 quand j’étais directeur de l’agence CICA Bobo. Il m’avait fait très forte impression dès les premiers contacts et nous ne nous sommes plus quittés, passion commune du sport oblige. Feu le président Thomas Sankara quant à lui a fait l’internat à Bobo avec nous au lycée Ouezzin Coulibaly, au début des années 60. Il s’appelait Thomas Ouédraogo. J’ai entendu le nom Sankara pour la première fois en 1974 en France.

Avez-vous quelque chose qui vous est resté sur le coeur, au moment où nous arrivons à la fin de cet entretien ?

Je crois très sincèrement qu’au regard des nombreux et grands défis et enjeux de l’heure, et de ceux à venir, le Burkina a encore besoin du président Blaise Compaoré. Ce n’est pas bien entendu un soutien prématuré, intéressé ou mécanique comme on en voit tous les jours à un an de la présidentielle de 2005. Car, malgré des insuffisances reconnues en 17 ans de pouvoir, ce qui est le lot commun de tout homme d’action et de surcroît, homme d’Etat, Blaise me paraît être encore l’homme de la situation et celui qui réunit le maximum d’atouts. Hier, je ne l’ai pas flatté, ni trompé, croyez-moi que ce n’est pas aujourd’hui que je le ferai ; et dans quel but ? Je ne dois ni maison, ni voiture à Blaise... et mon manque à gagner fut même très important quand j’ai été contraint de le suivre, mais comme homme d’Etat, il m’a convaincu. C’est un grand Monsieur, et un fils dont notre pays doit être fier malgré tout ce qu’on lui reproche.

Propos recueillis par M. Y

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