Actualités :: Gouvernement : un remaniement pour virer Lougué

Mille fois véhiculée, ...autant de fois démentie, la rumeur sur le remaniement ministériel dont bruissait tout le Burkina depuis les vacances gouvernementales est enfin réalité. Mais ce n’est pas la grande tempête que les météorologues politiques prédisaient et qui devrait même, aux dires de certains, emporter le Premier ministre Ernest Paramanga Yonli.

Le récent séjour dans son pays, de Zéphirin Diabré, l’Administrateur associé du PNUD, qui a été reçu en audience par le président du Faso ("sans déclaration à la sortie ») avait en effet relancé ces murmures et donné libre cours à toutes les hypothèses et à tous les fantasmes puisque cette visite avait suffi pour présenter l’enfant de Gombousgou comme le futur locataire du 10-50 rue Agostino Neto.

Il n’en est donc rien, en tout cas pour l’instant. Car on a juste émondé l’arbre, on n’a pas voulu le déraciner. On reprend donc les me mes et on continue, à l’exception notable de trois notabilités qui font les frais de ce réaménagement ministériel Il s’agit de notre ministre de tutelle Raymond Edouard Ouédraogo alias REO., de Djiri Dakar du département de l’Environnement et du Cadre de vie, et ... et ... et du général Kouamé Lougué, ministre de la Défense. Autant dire pas grand-chose. Ou plutôt si.

Car tout semble indiquer qu’en fait de remaniement, il s’agissait de virer le dernier cité que la presse disait en délicatesse avec le chef suprême des armées depuis la révélation, début octobre 2003, de la tentative présumée de putsch.

Difficile en effet de ne pas lier l’éviction de ce soldat à cette ténébreuse affaire, dans la mesure où son nom est revenu de façon récurrente dans les colonnes de la presse, particulièrement celles de l’Evénement qui avait parlé de lui comme d’« un suspect en liberté ». L’un des cerveaux du putsch présumé, le capitaine Bayoulou Boulédié, serait en effet son homme à 200 %» de sorte que Kouamé Lougué ne pouvait pas ne pas être au courant des menées subversives de son poulain.

Simple question sans doute d’équité et de parallélisme des formes puisque certaines des 17 personnes prises dans la nasse judiciaire s’y sont retrouvées pour « avoir bu une bière avec l’un ou l’autre des suspects ». Justice est donc maintenant faite, dira-t-on, ou en voie de l’être, car en le déchargeant de son portefeuille, on le met pour ainsi dire à la disposition de la justice, qui ne pouvait pas l’entendre dans les formes judiciaires connues tant qu’il était au gouvernement. On lui avait certes soumis un questionnaire auquel il avait répondu (de « manière désinvolte », semble-til) par écrit, mais une telle interview préfabriquée ne saurait remplacer une cuisine sur PV dans le bureau d’un juge d’instruction. Aujourd’hui que le général est devenu un justiciable (presque) comme les autres, le commandant Francis Somda, dont on disait déjà qu’il était capable d’inculper le ministre de la Défense parce que sans état d’âme, a désormais les coudées plus franches. Et peut-être bien que le général lui-même a besoin qu’il en soit ainsi.

Car ce que l’on veut savoir, c’est le degré d’implication, si implication il y a, du général dans cette présumée tentative de déstabilisation. S’il est établi qu’il était au courant de ce qui se tramait et que, par légèreté ou négligence, il n’a pas fait remonter l’information, ça pose quand même un problème, de confiance notamment, entre lui et le chef de l’Etat. Pourquoi s’en cacher, le malaise était bien installé, et ce ne sont pas les dénégations de Lougué, pas plus tard que la veille du réaménagement, qui allaient y changer quelque chose puisque son sort était déjà scellé.

Ironie de l’histoire en effet, ce décagnotage est intervenu au moment où le colonel Aly Traoré, chef d’état-major général des armées, au cours de la traditionnelle présentation de vœux, parlait d’une presse « à la recherche du sensationnel » pendant que Lougué réaffirmait l’attachement de la soldatesque aux valeurs républicaines et appelait ses frères d’armes au respect de la discipline, etc. Savait-il déjà qu’il était sur le départ de sorte qu’il fallait prévenir tout mouvement d’humeur des bidasses comparable à celui qu’on avait observé quand il a été nommé ministre ? Peut-être.

Il est vrai que le départ du général peut provoquer un malaise au sein de la troupe où on le dit populaire, mais son maintien au gouvernement était devenu aussi source de malaise. Entre deux malaises, les premiers responsables burkinabè ont ainsi choisi celui qu’ils considéraient comme le moindre le moindre.

En vérité, ce qui a perdu Lougué, ce devrait être un mélange d’insouscience et de naïveté qui ne pardonnent pas à certains niveaux de responsabilité. On raconte ainsi qu’il ne cachait pas ses échanges téléphoniques avec Gnassingbé Eyadéma (l’ennemi déclaré de son patron) et que, quand il a eu vent de ce qui se tramait, il aurait banalisé le problème au point de dire à ses interlocuteurs du jour : « Allez plutôt prier !" assorti d’une libéralité pour prendre un pot. Comme il aime le faire de façon paternaliste avec ses subordonnés.

Erreur donc d’appréciation avant, mais aussi erreur de gestion, plutôt de non-gestion après la révélation de la tentative présumée. Le général s’est pour ainsi dire, laissé aller, sans réagir face à l’étau, à tout le moins médiatique qui se resserrait inexorablement autour de lui. A titre d’exemple, il se sera refusé jusqu’à son départ, à toutes les sollicitations de la presse pour s’exprimer voire se défendre. Il est vrai que cela est conforme à sa nature de militaire professionnel qui sait ce que rester muet veut dire. Mais quand le militaire est devenu ministre, il faut savoir communiquer surtout à l’heure actuelle.
Dès le début, un fin observateur de la scène politique nationale nous confiait : « 1/ s’amuse avec ça, mais ça risque de l’emporter ». Il avait vu juste.

Tout bien pensé" ce divorce à l’amiable entre Blaise Compaoré et son ministre de la Défense est peut-être la solution la plus sage qui soit, car si, comme on le dit, la suspicion s’était installée, la collaboration ne pouvait plus continuer.

Exit donc Kouamé Lougué. Mais comme ç’aurait été trop flagrant de le débarquer tout seul, le président et son chef de gouvernement en ont profité pour déflatter ceux dont la mine ne leur revenait plus, façon de parler bien sûr. C’est ce qu’on pourrait appeler dommages collatéraux dont la première des victimes est sans conteste Raymond Edouard Ouédraogo, le ministre de l’Information.

Mais si Lougué a pu être balayé par le putsch présumé, qu’est-ce qui a pu valoir au R.E.O. national un tel limogeage ? Là aussi, on ne peut s’empêcher de penser tout de suite à « Presse Dimanche » dont on attribue la suspensiqn-suppression à celui qui fut le condisciple de Blaise, à Ecole normale.

A la vérité on doit dire qu’au-delà de ce qui était l’émission la plus suivie de la TNB et qu’un zèle inutile a contribué à liquider, c’est peut-être la gestion des hommes et la personnalité du ministre qui sont mises en cause.

Après une décennie comme ambassadeur au Japon, REO dès sa prise de fonction a donné l’impression de ne pas tenir suffisamment compte de l’évolution politico-médiatique du Burkina. Il n’est pas exagéré de dire qu’avec lui, on semblait parfois revenu à l’époque du Front populaire ou du GNR où les décisions se prenaient de façon cavalière sans autre critère que le désir ou l’humeur du décideur. Sans doute aurait-il gagné à prendre le temps de réapprendre le Burkina avant de se jeter dans la fonction ; avec certes beaucoup de volontarisme, mais peu de tact.
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Et REO avait d’autant plus perdu pied qu’il était revenu de sa longue absence avec, disons, des manières asiatiques hors de saison. En effet, sa propension marquée aux courbettes et aux obséquiosités faisait fayot et pouvait être gênante pour celui qui en était l’objet. Et qui se félicitait d’ailleurs, lors de la dernière journée nationale du paysan, de ce que les villageois ne se pliaient plus en quatre pour le saluer, preuve s’il en était de leur culture démocratique de plus en plus ancrée. Pourquoi alors dans le même temps des membres du gouvernement auraient-ils une conception « nabale » du portefeuille ministériel ?

Quid de Djiri Dakar ? Rien à signaler, et c’est peut-être là le problème pour celui qu’on présente comme l’homme de Salif Diallo. Le ministère de l’Environnement et du Cadre de vie, ce n’est pas (encore) à proprement parler un département sensible, et si on réussit le tour de force de se faire dégraisser en un temps record, c’est peut-être que ses mandants ne sentent pas suffisamment la marque de son titulaire.

En tout cas, si on devait souhaiter quelque chose après ce petit nettoyage, c’est qu’avec la libération du général, on puisse voir plus clair dans cette ténébreuse affaire de coup d’Etat présumé et que le procès ait effectivement lieu en février comme initialement prévu. Sinon ce serait un réaménagement pour rien.

L’Observateur (19/01/04)


Réaménagement du gouvernement : Qui sont les nouveaux venus ?

L’éventualité de procéder à une retouche de l’équipe gouvernementale était somme toute, pour tout observateur de la scène politique nationale, un secret de polichinelle. Mêmes les gargotes où la bière coule à flot en bruissaient.

Comme nous l’écrivions dans une Lettre pour Laye n° 6056 du 9 au 11 janvier dernier, « les supputations sur un remaniement ministériel vont bon train, à telle enseigne qu’on ne sait plus très bien ce qu’il faut penser de ce serpent de mer dont on parle depuis plusieurs mois ».

Et le samedi 17 janvier dernier, la nouvelle sur le réaménagement de l’équipe Yonli tomba. Ainsi donc Paramanga Ernest Yonli, sur instruction du président Compaoré a procédé à un léger remaniement à 10 mois du grand Sommet de la Francophonie qu’abritera notre capitale et à 20 mois de la présidentielle de 2005. Mais qui sont donc les nouveaux promus ?

Laurent Gouindé Sédogo :

C’est le seul nouveau ministre qui signe à travers cette nomination, un retour au gouvernement. Officier supérieur des Forces armées nationales, on se souvient bien que Laurent G. Sédégo, membre influent du Front populaire à l’époque, avait été appelé une première fois au gouvernement et occupait le poste de ministre de l’Action coopérative paysanne d(9 1988 à 1990. Mais auparavant, cet homme qu’on dit discret, avait été directeur du Service national populaire (SNP), puis secrétaire général du ministère de la Défense de 1987 à 1988.

Né le 15 mars 1956 à Arbinda et père de trois enfants, Laurent G. Sédégo qui porte le grade de colonel de l’Armée burkinabè ne sait pas seulement que parler de stratégie de combat, de munitions et autres.. Il est aussi un spécialiste en sciences de la terre, il est même titulaire d’un Master of science, d’un PHD (l’équivalent d’un doctorat d’Etat) de l’université de Wageningen.

C’est donc un officier supérieur de l’armée, doublé d’un docteur en aménagement des terres qui remplace le sympathique Dakar Djiri à la tête du département de l’Environnement et du Cadre de vie. Avant le samedi 17 janvier dernier, date de sa nomination au gouvernement, Laurent Sédégo était consultant/Assistant technique au CILSS. Le nouveau ministre de l’Environnement et du Cadre de vie reste avec Djibril Bassolet les deux représentants de la grande muette au gouvernement ; depuis un certain temps, constamment, au moins deux militaires composent l’équipe exécutive.

Yéro Boly :

Administrateur civil de son état, Yéro Boly, la cinquantaine bien sonnée, reste sans doute un du dernier carré des hommes de confiance du chef de l’Etat. En renvoyant ainsi le général Kouamé Lougué du gouvernement certainement par déficit de confiance, suite à cette ténébreuse affaire de putsch, le président Compaoré a ainsi fait appel à un proche.

Proche de Blaise Compaoré, Yéra Boly, l’homme de Komki Ipala (à une vingtaine de kilomètres de Ouaga) l’est assurément puisqu’il était depuis novembre 2000, directeur de cabinet du président, un poste de confiance s’il en est. Avant d’être nommé directeur de cabinet du président Compaoré, Yéro Boly est resté longtemps ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Et c’est sous Yéro Boly que la crise au PAl a connu une issue judiciaire.

Avant d’être appelé pour la première fois au gouvernement, cet homme loquace et discret avait été ambassadeur du Burkina en Côte d’Ivoire puis en Libye. Homme de dossiers et ce d’autant plus qu’il bénéficie de l’entière confiance de Blaise Compaoré pour procéder à des réajustements nécessaires, Yéro Boly pourrait être un bon manager pour la grande muette.

Joseph Kahoun :

Journaliste de formation, il hérite du portefeuille de l’Information qu’occupait naguère un autre confrère, Raymond Edouard Ouédraogo. Ancien directeur de l’Agence d’information du Burkina, ancien secrétaire général du ministère de la Communication, Joseph Kahoun qui passe pour être un grand commis de l’Etat était, avant sa nomination au gouvernement, secrétaire général du ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme.

Homme de médias formé en grande partie au Canada, Joseph Kahoun formait avec son ami de ministre Mahamoudou Ouédraogo, un duo qui a eu des résultats probants dans les différents départements ministériels où ils sont passés. Le nouveau ministre de l’Information qui connaît bien la maison viendra sans doute apporter une impulsion nouvelle à ce département de l’Information et particulièrement à la presse d’Etat où bien d’agents avaient fini par perdre leur repère. Il n’est un secret pour personne que la gestion des hommes travaillant dans la presse d’Etat restait des plus approximatives sous Raymond Edouard Ouédraogo. Peut-être bien que son long séjour au pays du Soleil levant lui avait fait perdre un peu de la manière de gérer les hommes au pays des hommes « intègres ».

Youma Zerbo :

Il est avec Lassané Sawadogo et Odile Bonkoungou, les anciens proches collaborateurs de Paramanga Ernest Yonli (Premier ministre) à être appelé au gouvernement. En tout cas, avec ces nominations, on ne peut dire qu’EPY oublie ses collaborateurs quand il a coudées franches pour agir.

Grand commis de l’Etat qui de Juliette Bonkoungou, en passant par Emile Somda jusqu’à Lassané Sawadogo, Youma Zerbo n’a pas moins de dix (10) ans à son compteur en tant que secrétaire général du ministère de la Fonction publique. C’est en fait lui qui, équilibre régional oblige, remplace son parent Dakar Djiri au gouvernement.

Une nouvelle option pour le pouvoir de donner un coup de fouet à l’ancien vaste département des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique où prioritaire, tout est.

Boureima Diallo
L’Observateur

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