Actualités :: Journées de prières pour le retour de la paix au Burkina : ’’Même pour adorer (...)

Dans cette tribune, le journaliste et écrivain Adama Ouédraogo dit Damiss avoue ne pas comprendre pourquoi certains citoyens s’offusquent contre l’initiative du président du Faso, Paul-Henri Damiba, d’organiser des journées de prières pour que le Burkina puisse retrouver la paix .

Décidément, le Burkina Faso est en train de devenir un champion mondial en polémiques. Ce n’est pas mauvais en soi dans la mesure où c’est dans la discussion que jaillit la lumière. La pluralité des opinions et des idées est d’un apport considérable dans la marche d’un pays. Mais bien souvent il y a des choses sur lesquelles nous perdons trop de temps et d’énergie qui n’en valent pas la peine. Humblement je pense que nous devons convoquer à l’agora des thèmes qui peuvent faire avancer le Burkina Faso. Au constat, il y a certes de vrais sujets de débats, mais on en trouve aussi qui peuvent créer d’autres problèmes plus graves comme c’est le cas pour la question de l’ethnicisme qui a fait l’objet d’une publication récente sur ma page Facebook.

Cette fois, je voudrais aborder l’organisation des journées de prières annoncées par le Président du Faso Paul Henri Sandaogo Damiba. Dans son discours du 1er avril 2022 il a pris un certain nombre de décisions que nous pouvons analyser et critiquer afin d’aider les décideurs dans leur mise en œuvre. Curieusement ce qui a retenu l’attention de beaucoup d’entre nous, ce sont l’état d’urgence (comme si c’était nouveau) et surtout les journées de prières. Sur ce second point, chacun y va naturellement de ses commentaires. En quoi demander à ce que nous prions pour le pays doit donner lieu à des polémiques ? Le peuple burkinabè est très croyant à mon sens. Chacun pratique une religion.

On est soit musulman, chrétien ou animiste. Ou alors on est musulman ou chrétien le jour et la nuit on est chez le féticheur, le charlatan ou le marabout du quartier. Individuellement ou collectivement, nous prions pour la paix et la sécurité dans notre pays sans qu’on nous le demande. Les imams dans nos mosquées, les prêtres dans nos églises, les pasteurs dans nos temples et nos traditionalistes prient tout le temps pour la paix au Burkina Faso. Il n’ y a rien de nouveau sous le soleil. Pourquoi alors quand le Chef de l’État demande de prier, on semble s’offusquer et on rue dans les brancards. Personne ne dit que les prières vont tout de suite bouter les terroristes hors de nos frontières. Mais la prière a des vertus, la prière peut contribuer à ramener à la raison des Burkinabè qui ont pris les armes contre leur pays et leurs compatriotes.

Quand dans le sport, les équipes font le wack, est ce que c’est ce wack qui va marquer les buts si les joueurs n’appliquent pas les consignes du coach et ne mouillent pas le maillot ? C’est dire que les journées de prières ne signifient pas que nos soldats vont baisser les bras pour attendre des miracles du Ciel. Du reste, ils ne sont pas nombreux nos militaires qui vont sur le front anti-terroriste sans demander la protection divine, les bénédictions des parents et/ou consulter un marabout ou un wackman en vue de faire des sacrifices pour se protéger. Ça fait partie de nos croyances.

En réalité, toutes ces polémiques portent à croire qu’au fond on cherche seulement la petite bête pour tirer à boulets rouges sur la Transition.

Nous sommes à un tournant décisif de l’histoire de notre pays. Si nous le ratons, nous pouvons définitivement sombrer et ça n’arrange personne. Certains ont voulu que le Président Roch Marc Christian Kaboré chute parce qu’ils espéraient secrètement pouvoir sécher leurs habits au soleil. Le Président Damiba est arrivé, ils n’ont pas obtenu ce qu’ils espéraient. Du coup, son pouvoir doit être secoué de toutes parts. Il faut le reconnaître, nous avons une Transition qui n’embastille pas à tour de bras sans un dossier judiciaire consistant.

En 2014, suite à l’insurrection populaire, que n’avons-nous pas vu dans ce pays en termes de déferlement de violences, de menaces à l’intégrité physique, d’injures, d’intolérance et d’emprisonnement ? Même pour avoir une simple salle de réunion était la croix et la bannière pour le camp des vaincus. Combien de personnes ont été arbitrairement arrêtées et détenues sans un debut de preuves sur les faits qu’on leur reproche ? La rumeur, la calomnie, la médisance et le harcèlement ont conduit des gens au gnouf.

Ailleurs, avec les régimes issus de coup d’Etat, même quand on rétablit la Constitution, une simple publication ou des propos sur une radio vaut un sejour à la Maison d’arrêt et de correction.

Norbert Zongo disait qu’au Burkina Faso, certains sont prêts à brûler le pays pour chauffer leur café. Son assertion est toujours d’actualité.Effectivement on a parfois l’impression qu’il y a des gens qui veulent qu’on touche le fond.Mais, sommes-nous sûrs de nous en sortir ? On voit le danger planer sur nos têtes mais on semble foncer tout droit dans le mur les yeux bandés.

Il faut qu’on se ressaisisse car il y a trop de haine et de méchanceté gratuite dans notre pays. Souvent, sur la base de préjugés ou d’informations erronées, on peut vous vouer aux gémonies. Nous ne nous aimons pas. Pourtant nous sommes tout le temps en train de prier. La Bible dans le Nouveau testament Matthieu 5:23-24 dit ceci :

"Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens présenter ton offrande"

Matthieu 5 pause ici le problème du devoir de pardonner. Si tu vas pour offrir une offrande à Dieu, l’offrande ici c’est la prière. Et si tu te rends compte que ton frère a quelque chose contre toi ! On n’a pas dit si tu as quelque chose contre ton frère, mais s’il a quelque chose contre toi ! Arrête ton offrande( prière )et va te réconcilier avec ton frère avant de revenir présenter ton offrande.

On trouve dans le Coran et les Hadiths, de nombreux versets ou citations qui parlent de l’importance du pardon avec son frère et avec sa communauté.

Toutes nos religions nous enseignent l’amour et le pardon. Pourquoi sommes-nous à la mosquée, à l’église et au temple et nous nous haissons ainsi au point de mettre en péril la vie de notre Nation ? Des hommes sans foi ni loi tuent nos soldats et nos populations civiles. Pendant ce temps, nous nous déchirons sur la toile, dans les médias et dans nos quartiers.

A quoi ça sert d’aller se mettre à genoux devant Dieu ou Allah si dans notre cœur, nous souhaitons l’échec de notre frère et nous rêvons que nos autorités échouent dans leur mission et mettons tout en œuvre pour que cela arrive ?

Tant que nous n’aurons pas des comportements de paix et de pardon, il nous sera difficile de faire face à l’ennemi commun. Comme disait l’écrivain burkinabè Alain Sara sur sa page Facebook pas plus tard qu’hier :

"Même face à une menace aussi existentielle que le terrorisme, nous sommes incapables de sursaut pour un peuple dont la devise commence par Unité". Voilà qui est bien dit. Le Président du Faso sollicite nos prières, nous en faisons un problème alors que tous les jours nous implorons Dieu de nous aider à réaliser nos projets. Mais où allons- nous mettre en œuvre ces projets s’il n’y a pas de paix et de sécurité dans le pays ?

C’est Léon Tolstoï qui disait : " Tout le monde pense changer le monde mais personne ne pense à se changer lui-même". Qu’on se comprenne : je n’ai pas dit de ne pas formuler des critiques, je demande qu’on discute de sujets qui peuvent faire bouger les lignes.

Je vous invite, pour terminer, à méditer sur ces passages du Coran, sourate 13 verset 11 : "....En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. Et lorsque Allah veut [infliger] un mal à un peuple, nul ne peut le repousser : ils n’ont en dehors de Lui aucun protecteur ".
Bonne fête de Pâques à toutes et à tous. Bon mois de Ramadan aux musulmans.
Que Dieu bénisse le Burkina Faso.

Adama Ouédraogo dit Damiss
Journaliste et écrivain

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