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Jacques Chirac : « Il était l’ héritier d’un système mis en place à l’époque de la présidence du général De Gaulle », Luc Hallade, ambassadeur de France au Burkina

27 septembre, 01:21, par Mechtilde Guirma

J’ai toujours appréhendé le jour où les presses nous annonceraient une telle nouvelle, le décès de ce grand Homme d’État de la France et du monde. Je me disais qu’aurais-je moi à dire du Président Chirac, moi qui ne suis rien, rien devant cette « Grandeur » à laquelle j’ai pourtant voué secrètement un amour fraternel et de la vénération. Et pourtant il faut que je parle pour révéler au monde entier, son message qu’il semblait m’avoir confié pour la postérité, pour les Nations. Cependant qui peut donc mieux que le Magistrat suprême de la France, saisir, pour l’histoire, la personnalité énigmatique de ce Grand Président ? En effet le Président Macron a tout dit : « Son idée de la Nation », dans « son unité, sa cohésion sa diversité, sa complexité et contre l’extrême et la haine ». « Son idée d’une France qui regarde son histoire et assume son rôle de conscience universelle » ! Si dans son témoignage personnel, le Président Macron a décrit son aîné et père comme celui « pétris de notre terre et amoureux de sa culture », il n’a pas manqué de souligner au passage et en substance son caractère universel qui reste, nous le savon maintenant, son jardin secret. En effet l’idée du monde du Président Chirac et dont le Président Macron trace les lignes saillantes est celle d’une Europe forte réconciliée avec l’Allemagne, une Europe protectrice, une Europe d’Hommes et de Femmes non de marché, une Europe attentive et affectueuse, une Europe de dialogue interculturel », quelque soit les cultures du monde, les convictions..

Dans son discours (qu’il m’a envoyé à ma simple demande personnelle) à la Nation à l’hôtel de ville le 7 mai 1995 au soir de son élection à la magistrature suprême, tout en parlant aux français, j’ai eu l’impression que le Président Chirac lançait un défi démocratique aux dirigeants du monde notamment à ceux africains : « Comme vous je veux un État vigoureux, impartial exigeant pour lui-même et soucieux de la bonne utilisation des deniers publics, un État qui n’isole pas ceux qui gouvernent du peuple qui les a choisis ». Puis se situant bien comme dans une perspective futuriste (celui du 21ème siècle par exemple) il déclara concernant l’emploi (et pourquoi pas aussi la démocratie ?) : « Les remèdes classiques ont fait long feu. Il faut une nouvelle approche, de nouvelles méthodes […] toutes les initiatives seront soutenue, toutes les énergies seront mobilisées, toutes les réussites seront encouragées ». Il ajouta : « il en sera de même pour la lutte contre l’exclusion ». Comme il l’a dit dans son discours, le président Chirac espérait qu’après avoir fait reculer les maux qui minent la France, elle redeviendra elle-même : « Terre de liberté », « de fraternité » « d’égalité des chances », « terre de solidarité ». Puis après avoir salué ses parents ses compatriotes et les invité à l’unité et à la tolérance il avait ajouté (comme un clin d’œil au monde et plus particulièrement à l’Afrique à travers mon poème : Dieu sauve la France, publié dans le quotidien « Le Pays » N° 852 du 06 mars 1995) :

« Soyons aussi inventifs, audacieux et conquérants. Alors la France redeviendra un phare pour les peuples » (dans mon poème 4ème strophes les deux vers : Jadis ce phare de l’humanité, la France de l’histoire des droits de l’homme).

Dans la simplicité et la grandeur de l’homme que décrit le Président Macron, sa proximité et sa dignité, ses drames intimes, dans sa pudeur silencieuse et les blessures dont un homme se guérit difficilement, j’y ai vu en effet un Jacques Chirac qui n’a pas été compris dans son invitation des dirigeants africains, à plus « d’inventivité d’audace et de conquête » comme gage de leur maturité à rentrer dans l’histoire par la porte de la démocratie. Comme dit le proverbe moagha, l’évidence ne requiert pas les services d’un devin, elle est parlante d’elle-même (nif sê né pa baga n’yét wê). Nos démocraties ne sont-elles pas les preuves patentes de cette immaturité ?

Président Chirac Je vous salue et je vous dis simplement merci. En effet de Ouagadougou dans l’avion d’Air-France en route pour Ottawa, ensuite de l’aéroport Charles de Gaule, dans le train sur la route vers mon hôtel de transit à Paris (en janvier 2002), puis le lendemain à côté de l’hôtesse qui vint et s’assit de façon discrète à mes côtés dans l’attente du car pour l’aéroport (qu’elle n’emprunta pourtant pas et me fit un signe d’au revoir en s’engouffrant vers là d’où elle venait), ensuite le militaire canadien (tout aussi discret) qui assura mon itinéraire depuis Paris et les formalités (toujours discrètes) à Dorval j’ai vu de mes propres yeux, la France de votre mandat présidentiel à mes côtés pour ma sécurité et sa protection et surtout son affection pour moi et sa bienveillance à mon égard et à travers moi, de tout le continent africain.

Peuple Français, en guise de mes condoléances, je fais mienne la déclaration suivante : « Je porte en moi désormais cette part de l’histoire qui l’accompagne consciente de ma dette à son égard et forte de ce qu’il m’a légué pour mon pays, pour l’Afrique et pour le monde ».

Président Chirac requiescat in pace.

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