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Débat national : Blaise Compaoré reparle depuis les USA

25 septembre 2013, 20:26

Question : Vous parliez tout à l’heure de lutter contre des ennemis. Ces ennemis ou ces adversaires qui sont-ils exactement ?

Thomas Sankara : Vous pensez que … que lorsque l’on vient troubler un ordre comme celui qui était établi dans notre pays, on a forcément des ennemis. Il ne s’agit même pas d’adversaires il s’agit d’ennemis et ils sont nombreux. Les ennemis sont en Haute Volta et ils sont hors de Haute Volta. Les ennemis C’est tous ceux qui ont organisé, l’exploitation du peuple voltaïque, de ses ressources humaines et matérielles. Et ces ennemis, c’est d’abord le capitalisme international, ce capitalisme international envahissant et débordant qui veut faire ployer la Haute Volta, qui veut la soumettre à son organisation de pillage. Ils ont fait un choix conscient. Avec nos insuffisances, avec nos habitudes, habitudes par l’insuffisance dont nous devons nous débarrasser pour être intimement liés à notre peuple et nous battre avec lui. Concrètement ces ennemis, c’est celui, c’est ce bourgeois en Haute Volta qui pour faire fructifier les intérêts extra voltaïques dont il a conscience ou n’a même pas conscience s’appuie sur un homme politique dont il organise la campagne électorale et vous vous appelez cela la démocratie alors que 90% 98% du peuple voltaïque ne savait pas lire, ignorant même quels étaient les programmes, car on ne s’embarrassait pas de programme, quels étaient les programmes de ces partis politiques. La chaîne s’étend à toute cette bureaucratie bureaucratique, cette bourgeoisie bureaucratique, qui vient épauler les 2 premiers comparses et organise une administration, qui permette de tailler à merci ce peuple voltaïque en lui soumettant en le soumettant à des lois, à des décisions qui s’imposent à lui car chez nous comme chez vous … inaudible … féodalités, les forces conservatrices qui organisent elle aussi le peuple voltaïque sous le couvert de la culture africaine, la culture, en fait la résignation du fatalisme.

Et la chaîne se referme sur ces officiers zélés de l’armée de type coloniale, euh, décidés à mettre les armes du peuple contre le peuple pour les maintenir dans ce qu’ils appellent l’ordre et la discipline car un pays disent-ils ne saurait vivre dans le désordre. Ils ne sont pas nombreux, voyez-vous, mais ils sont puissants. Ils savent lire et écrire, ils ont les armes, ils tiennent l’économie et ils ont des relations à l’extérieure, ils sont connus, ils sont soutenus ils sont supportés. Ce qui leur permet eux et ces ennemis du peuple de détourner les maigres ressources du peuple voltaïque et impunément. Car il n’est pas question qu’une justice bourgeoise condamne un bourgeois qui a détourné, et nous les connaissons en Haute Volta, ils courent les rues, roulent en voiture de luxe, habitent des villas de luxe et comptabilisent des sous détournés et impunément qu’ils viennent placer dans les banques européennes. L’argent n’a pas de couleur et on l’accepte partout. Ici aussi on accepte l’argent volé au peuple voltaïque et on le met dans les banques. Ces ennemis, je disais, ils sont très puissants et ils vivent grassement et impunément. Lorsqu’ils ont le rhum, ils se font évacuer dans les meilleurs hôpitaux, ici à Paris, et ailleurs vous en avez. Pendant ce temps des milliers et des milliers de voltaïques sont renvoyés aux racines et aux feuilles qu’ils utilisent avec l’espoir que le ciel leur sera clément et voudra bien leur épargner ces maladies dont ils souffrent régulièrement. Dans nos hôpitaux meurent chaque jour des blessés graves des malades qui n’ont pas le minimum pour leur santé. Mais qui doivent payer l’impôt des impôts pour permettre aux dames de ces messieurs de venir pour permettre aux dames et ces messieurs de venir prendre les soins développés chez vous. Cela vous l’avez appelé la démocratie et on n’a dit que la Haute Volta était un exemple de démocratie.

Cet accord permet d’envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles en Europe, aux Etats-Unis, des écoles très prestigieuses, meilleures dans le sens du prestige …inaudible… élitistes eux et n’ont donc pas à se poser les questions pour savoir si les enfants voltaïques vont ou ne vont pas à l’école. C’est la raison pour laquelle le taux d’alphabétisation est resté à un niveau très bas, ridicule à un niveau de l’ordre de 16%. C’est intolérable. Nous les appelons les ennemis. Il nous faut donc les combattre car il n’est pas question de discuter avec eux pour qu’ils cèdent un peu de leurs intérêts. Ils ne voudront pas. Il ne s’agit pas là de charité. Il ne s’agit pas là de philanthropie. Ce sont des intérêts antagoniques qui s’affrontent, qui s’affronteront jusqu’à ce que la majorité du peuple, au nom duquel nous parlons, jusqu’à ce que le peuple arrive à récupérer ses biens et à imposer la justice sociale à ceux qui l’ont évité jusque là.

Et malheureusement ces ennemis du peuple à l’intérieur sont les serviles représentants d’intérêts extra voltaïques, qui dans une géopolitique, dans une stratégie économique internationale qui ne peuvent tolérer qu’il y ait des fausses notes qu’il y ait un grain de sable qui vienne déranger quelque peu la machine. Et nous savons que les ennemis c’est aussi c’est cet impérialisme qui fait des pressions de toute nature et de la soumission vis-à-vis des voltaïques pour les détourner de leur révolution ou alors impérialisme qui est décidé à déverser en Haute Volta des tonnes et des tonnes d’armement, des mercenaires, pour rétablir sa loi, pour rétablir son ordre. Cela nous en avons conscience et nous sommes fermement décidés à les combattre tant qu’ils viendront en Haute Volta, tant qu’ils seront chez nous et tant qu’ils seront mobilisés, nous les combattrons.

Et lorsque le peuple se met debout, c’est bien l’impérialisme qui tremble et c’est de cela qu’on a peur. Et aujourd’hui nos ennemis nous apparaissent tels des champignons, la pluie révolutionnaire étant tombée sur le sol de ce monde quelque peu monopolisé.

Question : L’avènement de la Révolution en Haute Volta a créé une onde de choc dans la sous région. L’impérialisme ne ménagera aucun effort pour lutter contre l’expérience voltaïque. Vous le savez en voulant vous occuper seulement de le Haute Volta, c’est insuffisant parce que vous êtes porteur d’un espoir pour le peuple voltaïque. inaudible…. Ne risquez-vous pas de tomber dans l’erreur en vous occupant seulement de la Haute Volta. Reste-t-il encore beaucoup d’ennemis de la Haute Volta après les mesures de dégagements et de mises en retraite intervenues dans l’armée et dans la fonction publique.

Thomas Sankara : Heu…Vous avez dit tout à l’heure que ce que nous avons fait, ce que nous avons posé comme acte en Haute Volta risque de créer un phénomène de contagion, je ne me souviens pas de vos termes exacts. Mais je me souviens, vous avez parlé de risque, vous voyez un risque. Très bien. C’est votre appréciation.

Nous n’avons pas l’intention d’exporter la révolution voltaïque. Elle n’est… ce n’est pas un produite à vendre. C’est pour la consommation locale, exclusivement locale. Et malheureusement c’est un produit qui a été conçu par les voltaïques mais pour les voltaïques et il ne peut pas être utilisé ailleurs ce produit là. La révolution voltaïque est essentiellement nationale. Mais je voudrais faire une petite démonstration. Les révolutions dans le sens péjoratif du terme, que l’on nous a vu ça et là, lorsqu’elles apparaissent, immédiatement on envoie le tuteur se faufiler derrière. Lorsque la révolution voltaïque est apparue, son tuteur n’a pas existé. Mais on nous a connus par rapport à ce que nous avons fait à l’époque du Conseil de Salut du Peuple, le CSP, après le coup d’Etat du 7 novembre 1982. Mais avant, nous n’étions pas connus lorsque nous sommes venus au pouvoir après le 7 novembre 1982, partout l’on s’est posé les questions, d’où viennent-ils, que veulent-t-ils, que peuvent-ils faire ? C’est bien la preuve que nous étions IN-DE-PEN-DANTS. C’est bien la preuve que ce que nous avons fait, ce que nous avons conçu, nous l’avons conçu entre voltaïques.

C’est après, par rapport aux actes que nous avons posés, par rapport aux engagements et aux déclarations que les ennemis ont commencé à surgir et certains ont estimé qu’ils pouvaient trouver en nous des alliés. Cela prouve le caractère totalement local, national de ce que nous concevons et nous y tenons.

Un révolutionnaire conscient et conséquent ne peut envisager d’organiser la révolution chez autrui. Parce que la révolution est l’expérience des peuples, la réponse des peuples aux contradictions qui se posent à eux. Comment voulez-vous que les voltaïque donnent la réponse, trouvent la réponse à des problèmes qui se posent à leurs voisins. Ce serait manquer de modestie d’abord, en fait ce serait montré notre très bas niveau et ceux qui pensent qu’ils peuvent exporter leurs idéologies, ceux qui le pensent insultent les autres peuples et par conséquent courent fatalement à l’échec. C’est notre point de vue. Nous n’avons pas voulu que l’on nous donne des leçons. Nous ne voulons pas en donner mais nous disons ceci. Ce qui s’est passé en Haute Volta et a provoqué la révolution en Haute Volta est très important et quelques soient les cieux sous lesquels on se placera, les mêmes causes produiront les mêmes effets, avec ou sans la Haute Volta. Mais ceci est très important. Donc, quelque soit le terrain où l’on se placera, si l’on arrive à mettre de côté le peuple et de l’autre ses ennemis de manière aussi claire, et si le peuple en a conscience, il y aura forcément un affrontement, un affrontement qui se fera selon les méthodes de chaque pays, de chaque peuple, selon les réalités que l’on y trouve. Mais encore une fois nous insistons, il n’est pas question pour nous d’exporter notre révolution. Il n’est pas question pour nous d’en faire la publicité, il n’est pas question pour nous de chercher des démarcheurs de la révolution voltaïque. Non. Elle a déjà un marché suffisamment vaste à l’intérieur et de toute façon elle est condamnée à ne pas être exportée, C’est interdit pour l’exportation.

Maintenant je répondrai à la question de… Quel journal ? Le Monde. Bien vous me demandez si avec tant de cadres mis à la retraite, il y a encore des ennemis du peuple. Mais, on ne les met pas les ennemis du peuple à la retraite. La retraite ne suffit pas à les abattre. On ne les met pas à la retraite. Donc ils sont dans l’administration, ils sont encore dans l’administration, ils sont aussi hors de l’administration. Ils sont toujours les ennemis du peuple. Où qu’ils soient. Il n’y a que la reconversion politique qui puisse dédouaner ses ennemis là. Et du reste sur des positions de classe qui sont très importantes. Un officier dans les pays africains et peut être ailleurs, en tout cas dans les pays africains, est dans la société celui qui a un standing de vie le plus sur quand ce n’est pas le plus élevé parfois. Les officiers, les militaires d’une manière générale sont bien traités et l’on sait pourquoi. C’est pour mieux accomplir leur mission de garant de l’ordre bourgeois. L’ordre bourgeois, qui voit dans l’armée, l’armée classique, le dernier rempart, dernier carré dans lequel on se replie lorsque tout est menacé à l’extérieur par les masses populaires. Mais l’on peut étant en principe dans cette position sociale épouser de manière sincère et … la cause du peuple. Cela devient un suicide politique qui permet alors à partir, bien que l’on soit de telle ou telle position sociale, d’être réellement en mesure de parler en tant qu’homme du peuple, connaissant ses aspirations, connaissant ses réalités. Donc tous ceux qui n’ont pas fait le bon qualitatif sont et seront des ennemis du peuple

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