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24 avril 2014, 14:03, par toudou

Par voie de presse le mardi 22 avril 2014, René Emile Kaboré a officiellement rendu sa démission du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Un départ dont la raison principale est le « non-respect de l’accord préalable à la fusion » de la Convention nationale pour le progrès du Burkina (CNPB), parti originel du démissionnaire, avec la formation politique portée par les dissidents du CDP. Pour REK, comme on l’appelle, ce manquement au pacte de fusion est révélateur de la vraie nature du MPP, qui ne serait rien d’autre qu’un CDP bis. Dans l’interview qu’il nous a accordée hier mercredi 23 avril 2014, il dénonce, chez les MPPistes, « le mépris de l’individu en tant qu’Etre », « la volonté manifeste d’humiliation » et « la dictature de la pensée unique »…

Vous venez de démissionner du MPP, et dans votre déclaration vous dites qu’il était prévu 2 places pour la CNPB dans le bureau exécutif national du MPP et 20 dans son bureau politique national. S’agissait-il d’un accord tacite ou écrit ?

• C’est un accord qui entrait dans le cadre de négociations faites par le MPP lui-même, dont nous avons discuté en notre sein, et qui nous ont amenés à donner notre accord. La finalisation de l’accord de fusion reposait sur ces éléments-là. Aucune négociation de ce genre n’est inscrite.

Comment pouvez-vous alors expliquer le fait que votre nom (celui du SG de la CNPB) figure dans le bureau politique national du MPP et non dans le bureau exécutif national comme prévu ?

• Je ne peux pas l’expliquer, d’autant plus qu’il revenait à notre parti de désigner ses représentants. Vous savez que la CNPB a une histoire, elle a été d’abord le refus de ce que nous avons cité comme maux au sein du CDP. Les six refondateurs que nous avons été (NDLR : il s’agit de Moussa Boly, de Marc Yao, de Mathieu Rakiswilgri Ouédraogo, de Pierre Tapsoba, d’Amadé Taho et de René Emile Kaboré) ont mené en vain un combat au sein du parti majoritaire pour plus de transparence dans la gestion et d’une manière générale pour une meilleure gouvernance. Ces six refondateurs sont en quelque sorte l’âme de la CNPB. Si nous décidons donc quelque chose, il est difficile pour des gens qui ne sont pas dans notre parti d’aller modifier ça comme ils veulent et de mettre ce qu’ils veulent. C’est aussi simple que cela. Notre bureau exécutif a pris une décision, en donnant au MPP par communication de notre président, la liste des gens qui devaient figurer aussi bien dans le bureau exécutif que dans le bureau politique. Et ce n’est pas mon nom seulement qui a été rayé du bureau exécutif, il y a aussi un autre qui a disparu carrément. Or, quand vous créez un parti politique, vous avez des revendications, et l’essentiel, c’est qu’au moins une bonne part de vos revendications soit prise en compte.

Le combat que nous avons mené du 23 avril 2008 au 23 avril 2009, c’était, comme je l’ai dit, pour une meilleure gouvernance au CDP. Ma première réaction a été en 2003, une lettre qui était adressée au président du CDP de l’époque qui se trouve être aujourd’hui le président du MPP. Par la suite, nous ne nous sommes pas compris, et nous avons claqué la porte du CDP le 23 avril 2009. En août de la même année, les six refondateurs ont créé un parti, la CNPB, qui a poursuivi le combat jusqu’à ce que nous acceptions une fusion avec le MPP. Il est donc difficile pour des gens qui n’ont pas été à la base de ce combat de nous représenter mieux que nous-mêmes dans une instance fusionnelle. Nous avons, certes, accepté de fusionner, mais nous avons nos droits qui sont de désigner nos représentants. Il n’appartient à personne d’autre de le faire.

Comment prenez-vous le silence de vos anciens camarades du CNPB qui ont constaté comme vous que l’accord de départ n’a pas été respecté ?

• Je ne sais pas s’ils gardent le silence, mais dans tous les cas la CNPB n’existe plus. Moi, je ne peux pas aujourd’hui parler au nom de mes anciens camarades de la CNPB, pas plus d’ailleurs qu’ils ne peuvent parler en mon nom.

Avez-vous tenté d’en discuter avec eux ?

• S’il y a des tentatives ou carrément des discussions avec eux, ça ne peut être qu’à titre personnel, et ça n’a pas besoin d’être étalé dans la presse. Chacun est libre de ses décisions. Dans la déclaration que j’ai faite, j’ai bien dit que je suis libéré de tout engagement politique. Je n’ai aujourd’hui aucun engagement avec aucun parti.

Mais le fait que vos anciens camarades du CNPB soient toujours au MPP ne sonne-t-il pas comme un désaveu de ce que vous avez toujours dénoncé ensemble ?

• Et pourquoi ma position ne serait pas un désaveu de ce qu’eux ils cherchent ?

Parce que vous, vous êtes dans une même logique, non ?

• Je suis dans une logique et je continue dans la même. C’est les mêmes choses que je dénonce.

Exiger 2 places dans ce MPP, qui regorge de cadres politiques, de la part de la CNPB, qui ne pesait pas relativement lourd sur l’échiquier politique national, n’était-ce pas un peu gourmand ?

• Nous n’avons rien exigé, c’est le MPP qui nous a fait une proposition. Dans ma déclaration j’ai dit que nous avons accueilli cela comme une proposition a minima. Le MPP officiellement aujourd’hui compte un député, c’est le nôtre, (NDLR : il s’agit de Moussa Boly). Combien de partis ont fusionné qui y ont deux postes ? Si c’est en termes de poids, pèsent-ils plus lourd que nous ? Un autre parti a-t-il amené un député ? Par ailleurs, nous avons amené avec nous des dizaines de conseillers municipaux. Nous pouvons donc dire sans risque de nous tromper que nous avons été le plus gros apport politique au MPP dans le cadre de la fusion. Etait-ce trop que d’exiger deux postes ? Dans tous les cas, personnellement je trouvais que deux postes, c’était largement insuffisant.

A lire votre déclaration, le MPP aurait les mêmes tares que vous, Refondateurs du CDP, aviez dénoncées dans le parti majoritaire à l’époque. On peut se demander aisément comment vous avez pu parvenir à un tel diagnostic en si peu de temps dans ce nouveau parti.

• Tout simplement, l’action qui s’est passée n’est rien d’autre que la traduction de ce qui se faisait avant. C’est tout. Nous avions un accord, on le respecte et point final. Au lieu de quoi on nous impose quelque chose, ce n’est pas démocratique. Moi, je n’ai pas été consulté, pourtant je suis un des dirigeants de la CNPB. Je ne sais pas comment cette salade a pu se faire.

A vous écouter, on a l’impression que c’est parce que vous n’avez pas été retenu dans le bureau exécutif du MPP qu’il y a problème… Est-ce que si on avait respecté cet accord, vous seriez parti ?

• Il faut toujours un élément pour révéler quelque chose. Quand vous prenez un individu qui marche, vous ne pouvez pas deviner son caractère, mais c’est à l’occasion d’un acte que vous le découvrez. Le non-respect de cet accord est un acte qui montre que rien n’a changé.

Je ne suis pas le seul. Il y a une autre personne que nous avons désignée au niveau de la CNPB pour être dans le bureau du MPP mais son nom n’y figure pas. C’est une question de principe. Est-ce que vous pensez que pour un poste dans un bureau exécutif, j’ai mené tout ce combat, depuis les refondateurs pour un parti qui n’existait même pas et dont personne ne peut dire qu’il sera ci ou ça demain ?

Vous pensez que mon ambition politique se limiterait à ça ? Cela peut-il justifier que je taise ce qui ne va pas ? Etre dans le bureau exécutif du MPP n’est pas une fin en soi pour moi. Il y a le manque de respect, et c’est ce que j’ai reproché au CDP. Il y a beaucoup de cadres qu’on a détruits simplement parce qu’on ne les respecte pas. C’est sur la même base qu’eux-mêmes sont partis : la sensation d’avoir été utilisés comme un objet. J’exige le respect de la personne humaine. Chaque personne est unique dans le monde parce que nous avons une part de divin en nous. Pour ce qui est de mon cas, qu’est-ce qui empêchait les dirigeants de m’appeler, de poser le problème et d’en discuter ? Je refuse qu’un dirigeant de parti politique m’impose quelque chose.

Sachant les divergences qui vous opposaient aux fondateurs du MPP au temps où ils étaient au CDP, cette fusion CNPB-MPP n’était-elle pas contre nature ?

• Pourquoi vous dites cela ? La seule différence entre notre déclaration quand nous avons décidé de quitter le CDP et celle des démissionnaires du CDP qui ont créé le MPP est le refus du Sénat. A notre départ, il n’était pas question du Sénat. Le reste, c’est les mêmes griefs : absence de démocratie interne, mauvaise gestion des cadres… cela a donné l’impression que nous avions le même combat en réalité et que la gouvernance du CDP était l’affaire de quelqu’un d’autre que ceux que nous avons combattus. Mais si c’est pour retomber dans les mêmes errements, tout ce combat que nous avons mené aura servi à quoi ?

Vous voulez donc dire qu’il y a un décalage entre le discours porté par le MPP et la réalité des faits ?

• Bien sûr ! Dans la presse, des écrits parlent de CDP bis, ce n’est pas moi qui le dit. Cela veut dire qu’il y a des gens qui perçoivent la même chose que moi.

Mais cela ne vous avait pas empêché d’aller à la fusion ?

• Je vous ai dit qu’il y a toujours un fait révélateur.

La CNPB n’existe plus, vous avez quitté le MPP. Où déposerez-vous vos bagages ?

• René Emile Kaboré est un homme libre, qui a une tête, qui réfléchit et qui fera ses choix, que vous connaîtrez le moment venu.

Est-ce qu’il est possible que René Emile Kaboré retourne au CDP ?

• Je ne répondrai pas, mais vous devez savoir ce qui peut paraître possible ou pas.

Puisque vous dites dans votre déclaration que ce que vous dénonciez au CDP n’était pas le fait de Blaise Compaoré mais des actuels dirigeants du MPP...

• J’ai dit qu’il semblerait que « les vrais acteurs de la gouvernance décriée du CDP étaient bel et bien les actuels dirigeants du MPP, contrairement à l’idée de certains qui voulaient faire croire que c’est le président Blaise Compaoré qui les instrumentalisait ». Ma décision sera connue au moment opportun. Rappelez-vous, avant l’arrivée du MPP, nous étions au CFOP et eux ne sont montés qu’à la troisième gare. Nous étions à l’opposition sur certaines bases, et ces bases n’ont pas changé. Pour le moment, je suis un homme libre de prendre des décisions sans avoir à rendre compte à un parti politique.

Aujourd’hui, vous n’appartenez plus à aucun parti politique. Mais en tant qu’individu, observateur politique, est-ce que vous partagez toujours les positions du CFOP ?

• Jusqu’ à hier (Ndlr : mardi 22 avril date de la publication de sa déclaration), personne ne savait ce que j’allais faire. Souffrez encore que je garde pour moi ma décision et que j’aie mon timing à moi.

La CNPB n’existe plus, vos anciens camarades sont au MPP. Sur le plan personnel quels sont vos rapports ?

• Quand vous dites mes « anciens camarades », cela n’engage que vous. Vous ne savez pas qui fait quoi ni qui est où. Moi, j’ai pris une position personnelle, et chacun aussi est libre de s’exprimer, car on ne peut plus parler au nom d’un parti politique.

Vous êtes en train de nous dire que d’autres camarades vont donc vous rejoindre bientôt ?

• Je ne suis en train de rien dire du tout. Je ne parle qu’en mon nom.

Avec la création du MPP, on a assisté à un chamboulement du paysage politique national, traduit par une meilleure organisation et une forte mobilisation de l’opposition. Est-ce que vous croyez à l’alternance en 2015 ?

• Ma lecture politique est celle que tout le monde perçoit à quelques nuances près. Je tiens à ajouter qu’en politique le temps est un élément extrêmement important. Ce qui peut paraître indiscutablement réalisable aujourd’hui peut ne pas l’être deux jours après. J’ai lu dans votre édition du jour que le CDP semble reprendre des couleurs après le coup d’assommoir assené par les démissions. Cela veut dire qu’il y a une évolution. Le peuple burkinabè est important dans sa taille, malheureusement ceux qui s’expriment lors des élections ne sont pas très nombreux. Pour peu que quelqu’un arrive à mobiliser ce réservoir, on peut avoir des données qui changent. Tout est donc possible en politique.

Le MPP pourra-t-il mobiliser ce réservoir-là ?

• Je ne sais pas, et je ne suis pas habilité à parler du MPP. Ses dirigeants vous donneront leurs capacités.

Vous les connaissez si bien que vous pourrez nous dire s’ils sont capables d’un tel exploit...
• Si nous avions accepté de négocier avec le MPP, c’est parce que nous avions certains espoirs. Aujourd’hui, je ne suis plus partie prenante à ces analyses. Ma pensée ne peut donc être que personnelle. Comme je réserve mes décisions, cette analyse, souffrez qu’elle reste dans mon ventre

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