Actualités :: Salvador Yaméogo : "Je n’ai subi aucune pression"
Salvador Yaméogo

La nouvelle de la démission de Salvador Maurice Yaméogo de son poste de coordonnateur national de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) signifiant aussi son départ dudit parti, est tombée comme un coup de tonnerre dans le microcosme politique burkinabè.

La chose serait encore moins catastrophique pour l’UNDD si celui qui vient de se donner de l’air n’était autre que le frère cadet de Me Hermann Yaméogo, le président de cette formation politique de l’opposition.

L’événement, si on peut se permettre de l’appeler ainsi, a été officialisé par les organes de presse le lundi 25 octobre dernier, même si la correspondance fatale à la direction de l’UNDD a été faite le 21 octobre. C’est un Salvador M. Yaméogo détendu et conscient d’avoir "posé un acte qui devrait faire réfléchir son frère aîné", que nous avons rencontré dans la salle qui lui sert de bureau à son domicile, à la cité AZIMMO de Ouaga 2000. "Moi je n’ai jamais voulu diviser la famille", nous a-t-il révélé de go, entre les nombreux coups de fil de soutien, d’encouragement et de demande d’explication qu’ils recevaient.

Comme pour confirmer les propos du démissionnaire, une photo bien encadrée et occupant un bon pan du mur à l’entrée du bureau, réunissait les trois frères Hermann, Salvador et Charlemagne autour de leur défunt père et premier président de la Haute Volta (aujourd’hui Burkina Faso), Maurice Yaméogo. Dans l’entretien qu’il nous a accordé par la suite, Salvador Yaméogo a révélé sa véritable préoccupation pour l’instant : la libération de son cousin Noël qui est actuellement embastillé parce que soupçonné d’être en intelligence avec le pouvoir ivoirien.

Le Pays : Avez-vous démissionné de votre poste de coordonnateur national de l’UNDD ou tournez-vous purement et simplement le dos au parti ?

Salvador M. Yaméogo : Je quitte et mon poste de coordonnateur national et le parti. C’est l’occasion pour moi de rectifier la traduction qui a été faite de mon courrier de démission, notamment en langue nationale mooré. Dans cette traduction, il y a une liberté qui a été prise et c’est tout à fait normal que je rétablisse la vérité. Je n’ai jamais dit que Hermann est coupable par rapport aux accusations qui ont été portées contre lui car, comme tout citoyen, il doit pouvoir bénéficier de la présomption d’innocence.

La divergence qui est à la base de mon départ est du fait que je regrette certaines alliances, subjectives ou objectives, que mon frère et président de parti noue avec des pays frontaliers de même que je refuse de cautionner la gestion qui en est faite et surtout, quelque part, la prééminence prise par cette affaire dans la conduite du parti. C’est donc un point de vue personnel et c’est dans une intime conviction que j’ai décidé de partir.

Que reprochez-vous concrètement à Hermann dans la conduite des affaires du parti ?

Quand on créé un parti, c’est logiquement pour aller à la conquête du pouvoir d’Etat. En cela, il faut être extrêmement regardant dans certaines prises de position. Prenons un exemple simple : qu’est-ce qui divise aujourd’hui la Côte d’Ivoire et le Burkina ? C’est essentiellement la question du foncier rural et ayant vécu pendant 15 ans dans ce pays, je sais de quoi je parle. Si par extraordinaire Me Hermann Yaméogo devient président du Faso et que Laurent Gbagbo reste président de la Côte d’Ivoire, ce problème de foncier rural ne sera pas pour autant tranché.

Il y a des raisons profondes qui font que, par pure tactique ou stratégie politiques, on peut peut-être flirter avec certaines personnes, mais on ne doit pas s’installer de façon structurelle dans des alliances qui sont contre-nature à mon sens et compte tenu aussi des liens qui nous unissent à la Côte d’Ivoire, des liens qui nous unissaient au président Houphouët, etc, il y a des attitudes à bannir.

C’est donc fort de ces paramètres que j’ai estimé qu’il fallait donner un signal fort pour que le tir soit rectifié au niveau du parti. J’étais prêt depuis après un long temps d’observation à faire ce sacrifice, parce que ce n’est pas de gaieté de coeur que je quitte le parti. Mais il fallait bien tirer la sonnette d’alarme.

Ce n’est pas de gaieté de coeur que vous partez et votre lettre le prouve assez bien ; mais comment votre frère aîné a-t-il accueilli cette démission ?

Il ne peut pas bien la recevoir dans l’immédiat. Mais c’est un monsieur intelligent, qui connaît la politique et j’espère qu’il pourra comprendre davantage un jour le sens profond de mon départ. Je me devais de poser cet acte, même s’il divise l’opinion et peut-être la famille. Toutefois, l’acte que j’ai posé est strictement politique et n’a rien à voir avec la cohésion de la famille à laquelle je reste très attachée. Si ma démission relevait d’une question strictement familiale, nous l’aurions réglée en famille ; mais c’est sur le plan politique qu’il y a divergence entre nous.

Je suis revenu au pays comme homme politique pour l’appuyer (Me Hermann Yaméogo, ndlr). Je reconnais l’appui et les conseils qu’il m’a apportés et ce serait malhonnête de ma part de ne pas agir avec lui, en retour, en toute honnêteté, en toute franchise. Ce serait contraire à ma conviction. Néanmoins je souligne que n’avons pas de problème sur le plan de la famille.

La famille n’est donc pas divisée ?

Je ne peux pas dire que la famille n’est pas choquée. Mais elle ne le sera pas longtemps. Je prends l’engagement de bien faire la différence entre le choix politique que j’ai fait et la famille. La famille n’est donc pas divisée puisque je n’ai jamais voulu celà.

Il semble que Me Hermann Yaméogo voyait la chose venir et que certains vous trouvaient du reste plus proche des "gens d’en face", notamment du ministre Djibril Bassolet, que des gens de votre parti.

J’ai connu le ministre Djibril Bassolet en 2000, au sein du gouvernement protocolaire. Nous avons beaucoup travaillé ensemble, lui étant ministre de la sécurité et moi, en son temps, ministre des Transports. C’est ainsi que lors de la crise à Air Afrique, nous avons été contraints de descendre sur le terrain pour tirer d’affaire un avion de Air France bloqué par des syndicats.

Hormis celà, le ministre Djibril Bassolet est ressortissant de la même région que moi. La seconde épouse de mon père est de la région du village du ministre Djibril Bassolet. Et, avant d’entrer en politique, j’étais fréquent au Burkina où j’avais des amitiés dans tous les milieux. Etant revenu au pays, je ne vois pas en quoi je dois être obligé de prendre des distances par rapport à mes amis. C’est extrêmement difficile et c’est peut-être ce qui trouble les gens. Mais je ne suis pas plus proche des gens du pouvoir que des gens de l’opposition.

Pour en arriver à cette décision, avez-vous subi de la pression venant du pouvoir ou d’ailleurs ?

Je n’ai subi aucune pression. Je le dis et je le répète haut et fort. Ni du pouvoir, ni de quelque force extérieure que ce soit. La seule pression que j’ai subie, c’est celle de ma conscience et cette pression ne lâche pas. Elle est constamment en vous.

Vous n’êtes plus à l’UNDD. Que ferez-vous maintenant ?

Si j’avais conçu ou prémédité quelque chose, je vous l’aurait révélé séance tenante. J’ai cédé à la pression de ma conscience. Maintenant, je vais prendre du recul, observer, écouter les conseils, les reproches et commentaires et j e déciderai après. Je suis le frère (son cousin, ndlr) de Noël. Je suis également le frère de Hermann. A ce titre et selon les liens forts de famille qui nous unissent, je vais voir dans quels sens je pourrai jouer un rôle d’interface, de médiateur, pour que dans cette affaire dite "affaire Hermann Yaméogo, on en vienne aux jugements objectifs, au détriment de tout ce qui est subjectif, afin de trouver des solutions idoines.

C’est une situation qui, j’en suis persuadé, n’arrange personne. Elle ne fait l’affaire, ni de l’opposition, ni de Hermann, ni du pouvoir. Nous devons tous trouver les ressources et la maturité politique adéquates pour gérer cette affaire pour qu’elle n’entraîne pas une trop grande crispation de la classe politique, ce qui serait une menace pour l’unité nationale. C’est extrêmement important. Quand il y a de l’ordre on peut régler tous les problèmes mais dès lors que le désordre s’installe, comme l’a dit le président Houphouët Boigny de son vivant, on ne peut plus rien régler, même devant la justice.

Cette réflexion est aussi ma conviction. C’est pourquoi j’ai beaucoup de respect et d’estime pour ce grand monsieur qui a disparu. Je lui dois beaucoup. C’est un peu un père spirituel pour moi et il a été d’un soutien constant pour la famille. C’était un ami de mon père (Maurice Yaméogo, premier président et père de l’indépendance de la Haute Volta, ndlr) et je sais, pour avoir eu l’occasion à plusieurs reprises d’échanger avec lui que s’il était là, ce sont ces conseils qu’il me donnerait.

Vous n’avez donc pas, pour l’instant, l’intention de créer un nouveau parti, de rejoindre une autre formation politique ou de retourner, pourquoi pas, à l’UNDD ?

Je me confine pour le moment à ma décision de voir comment me rendre véritablement utile, notamment par rapport au cas de Noël et cette affaire de manière générale. A supposer que je reste en politique, il faut reconnaître que tout est possible dans ce domaine. Dès l’annonce de mon départ, beaucoup de gens m’ont appelé pour me soutenir, me donner des conseils, me féliciter, etc. Ce sont des gens de tous bords.

Il y en a aussi qui ne m’ont pas appelé parce qu’ils sont peut-être contre ma décision. Je respecte également leur choix et je leur dis aussi qu’il faut savoir donner au temps le temps nécessaire qui permet d’apprécier objectivement les actes que les gens posent. J’ai travaillé à l’intérieur du parti. Certes, c’est grâce à mon frère que j’ai été ministre et tout. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de lui rendre hommage à cet effet. Seulement, je suis moi aussi un homme. J’ai une personnalité, j’ai un vécu, j’ai un passé.

Après votre démission, avez-vous rencontré Hermann ailleurs ou dans le cadre familial ?

Nous ne nous sommes pas encore rencontrés, mais je pense que celà ne saurait tarder.

Que comptez-vous faire concrètement pour votre cousin Noël qui est toujours incarcéré ?

Dans tout Etat de droit, on doit accorder à tout citoyen le bénéfice du doute. Je ne suis pas juriste, mais il y a des droits et des règles et ce n’est pas à moi de dire qu’ils doivent être respectés. Les aspects judiciaires suivront sans doute leur cours. Seulement, ce n’est pas une affaire uniquement judiciaire mais aussi politique. A partir de là, il y a certainement des possibilités pour poser des passerelles, pour poser le problème autrement et c’est ce à quoi je vais m’atteler.

Pour conclure cet entretien, y-a-t-il un aspect qui a été occulté et que vous auriez bien voulu aborder ?

Je lisais la dernière fois avec un grand intérêt un article dans la presse écrite. Je me sens très proche de l’écrit de cette personne. Je pense qu’il faut redonner une grande valeur à la notion de patriotisme. C’est nécessaire. Je ne parle pas d’un patriotisme qui friserait du nationalisme pur et dur, mais de ce patriotisme qui met en exergue l’amour pour la patrie, pour le pays, pour ses compatriotes et pour les symboles de la nation que sont son hymne, son drapeau, son intégrité, etc.

Quand on allait à l’école, nous observions par exemple scrupuleusement et avec un grand respect le lever du drapeau, on chantait l’hymne national, etc. Ce sont des choses qui ont disparu aujourd’hui et c’est tout celà qui concourt à la perte des valeurs patriotiques. C’est important et ça devrait rapprocher davantage chacun de ce pays, notamment dans les phases de turbulences qu’il traverse. Quelque soit ce qui se passe, pour l’amour de notre pays, et que nous soyons de l’opposition ou du pouvoir, c’est l’intérêt national que nous devons prioriser avant tout et ça n’enlèvera rien à la noblesse de nos combats respectifs, de nos débats politiques contradictoires.

Restez-vous député à l’Assemblée nationale ?

Bien sûr, je reste député à l’Assemblée nationale.

Propos recueillis par Morin YAMONGBE
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