Actualités :: Tentative de coup d’Etat en Mauritanie : Le Burkina plaide non (...)

La conférence de presse, initialement prévue à 10h45mn, à la sûreté nationale, a finalement commencé à 12h03mn. Sans doute procédait-on aux derniers réglages avant la sortie officielle. "Le jour de l’accouchement, il n’y a plus de honte pour la femme enceinte. Je vais donc vous livrer toutes les informations que nous avons sur cette affaire", a lancé d’un ton grave, le ministre de la Sécurité.

Puis il a égrené un chapelet d’arguments. Le 20 août dernier, il dit avoir eu une "séance de travail" avec le ministre mauritanien de la Défense, Baba Ould Sidi, sur instruction du président Blaise Compaoré.

M. Sidi était alors venu remettre un message du président Ould Taya à son homologue burkinabè. Une affaire grave a alimenté les conversations : Djibril Bassolé a été informé que "trois officiers de l’armée mauritanienne, en fuite après une troisième tentative de coup d’Etat, seraient réfugiés au Burkina". Leurs identités ? Commandant Mohamed Ould Cheikna, ex-commandant Salek Ould Hanana, capitaine Abderahmane Ould Mini. Selon le ministre de la Sécurité, ces individus étaient accompagnés d’environ sept autres personnes non encore identifiées.

Autre précision de taille : "ces militaires fugitifs avaient d’abord été localisés au nord du Mali avec des Islamistes algériens, puis au Niger et enfin au Burkina". C’est du moins ce qu’aurait déclaré le ministre mauritanien de la Défense à Djibril Bassolé. Les présumés putschistes, qualifiés de "déserteurs", changeraient d’identité et utiliseraient de faux documents. Et le ministre Bassolé de brandir des photocopies de trois pièces d’identité appartenant à d’autres Mauritaniens interpellés il y a huit mois. Ils avaient tous des documents d’identification maliens.

"C’est de la mauvaise foi"

La saisie de ces "pièces à conviction" date précisément de janvier 2004. Le ministre de la Sécurité révèle que "ces Mauritaniens farouchement hostiles au régime de leur pays" ont été interpellés à cette date par la Direction générale de la police nationale. Immédiatement après, le Mali a été saisi afin de vérifier "l’authenticité des documents". Pour avoir le coeur net, Djibril Bassolé dit avoir personnellement effectué une mission à Nouakchott pour donner l’information aux autorités de ce pays. Les "fugitifs" ont alors été conduits à la frontière malienne et le ministre de la Défense de Mauritanie de confirmer à M. Bassolé que son pays "les avait bel et bien reçus".

Surprise, surprise : le 26 août, la nouvelle tombe comme un orage de saison sèche que rien n’annonce. En tout cas, Djibril Bassolé dit avoir été surpris, très surpris même des accusations de la Mauritanie. "Ce sont des accusations sans fondements", dit-il. Et d’ajouter qu’il n’y a pas, à l’heure actuelle, d’officiers militaires mauritaniens qui séjournent au Burkina". Pour le ministre de la Sécurité, le pouvoir de Nouakchott a fait preuve de "mauvaise foi". Et cela contribuera à l’"isoler davantage " de la scène africaine et internationale.

Mais le Burkina pourrait aussi perdre des plumes : ce n’est pas la première fois qu’on l’accuse d’accueillir des individus aux intentions douteuses. Et de les avoir incités à déstabiliser d’autres pays africains. Les attaques et contre-attaques politiques entre la Côte d’Ivoire et le Burkina sont des précédents fâcheux.

A ce sujet, Djibril Bassolé reconnaît que "la libre circulation des personnes et des biens dans notre sous-région et la perméabilité de nos frontières rendent plus difficile le contrôle des individus". L’autre péché, estime un journaliste, "c’est que le gouvernement est victime de sa mauvaise communication politique". Djibril Bassolé a promis de prendre sérieusement en compte cette donne.

Mais en attendant, il persiste et signe : "Faire de la présence supposée au Burkina d’opposants mauritaniens en fuite, une preuve d’implication d’un Etat dans une tentative de d’implication me semble être inconsistant". A cette allure-là, ajoute-t-il, "on finira par nous accuser d’être de connivence avec les Chiites en Irak". Mais après les accusations, le Burkina est-il entré en contact avec la Libye, accusée elle aussi d’avoir manigancé le coup ? "Non, ce n’est pas important", a conclu Djibril Bassolé.

Par Hervé D’AFRICK


16 janvier 2004, 6h du matin...

Voici la note de renseignements établie par la Direction générale de la Police nationale suite à l’interpellation de trois Mauritaniens en janvier dernier.

"Le 16 janvier 2004, aux environs de 06 heures, les services de la Direction générale de la Police nationale ont procédé à l’interpellation de trois ressortissants mauritaniens. Cette mesure est intervenue relativement à des informations reçues faisant état de la présence à Ouagadougou de trois personnes d’origine mauritanienne, lesquelles se sont introduites en territoire burkinabè sous des identités maliennes.

Conduits à la Direction générale de la Police nationale à l’issue de leur arrestation au secteur 12, les intéressés ont été trouvés porteurs de cartes nationales d’identité maliennes. L’un d’eux détenait également un appareil téléphonique satellitaire de marque "Turaya".
Il s’agit notamment de :
- Kounta Ahmed Hamady, né en 1961 à Bambara Maoudé, République de Mauritanie, de Hamady et de Mimi Abdy, professeur de philosophie domicilié à Mopti en République du Mali ;
- Baby Mahamoud Ousmane, né en 1960 à Nouakchott, République de Mauritanie, de Ousmane et de Oumekher Mintsidy, professeur de sociologie domicilié à Nouakchott, République de Mauritanie ;
- Mahfouz Had, né en 1960 à Boufilmyt, République de Mauritanie, de Had et de Fatimat, lieutenant de l’armée domicilié à Mopti en République du Mali.

Entendus sur le mobile de leur séjour à Ouagadougou, ils ont respectivement déclaré appartenir à l’opposition mauritanienne et ajouté qu’ils sont venus demander la bénédiction d’un certain Alwata Cheick, d’origine mauritanienne, résidant à Ouagadougou au secteur 12, afin que celui-ci, à travers ses prières, puisse les aider dans la réalisation de leur projet commun qui consiste à déstabiliser le régime politique mauritanien en place.

Sur d’éventuels contacts qu’ils ont pu avoir au Burkina, ils diront qu’en dehors du Cheick Alwata qui a bien voulu les recevoir, ils ont également rencontré dans la matinée du 15 janvier 2004, l’ambassadeur de Libye au Burkina afin de demander à ce diplomate de les mettre en rapport avec monsieur Moustapha, conseiller à la présidence du Faso, d’origine arabe.

Cette intention de rencontrer monsieur Moustapha avait pour but, selon les personnes interpellées, d’obtenir auprès de lui des adresses d’autres opposants au régime mauritanien.

Interrogés sur leur origine réelle, ils affirment être tous de nationalité mauritanienne et indiquent que les cartes nationales d’identité maliennes qu’ils portent leur ont été établies par des parents résidant au Mali.
Revenant sur leur situation d’opposant, ils diront tour à tour appartenir à un mouvement nationaliste arabe dénommé "Nasseriste". Ci-joint, copies des cartes nationales d’identité maliennes trouvées sur les intéressés."


L’enquête continue

Vendredi dernier, le ministre de la Sécurité, Djibril Bassolé, a adressé cette correspondance au chef d’état-major de la gendarmerie nationale et au Directeur général de la Police nationale.

"Honneur vous demander # Bien vouloir prendre toutes dispositions pour rechercher les sieurs :
- Mohamed Ould Cheikna
- Saleh Ould Hanana
- Abderahamane Ould Mini #
Interessés seraient des officiers de l’armée mauritanienne en fuite # en provenance du Mali ou du Niger # signalement : Arabe Mauritanien # sans autre précision # rendre compte des résultats sans délais # et fin."

Djibril Yipènè BASSOLE
Commandeur de l’Ordre National

Le Pays


Contre-analyse : Tentative de putsch en Mauritanie

Les Burkinabè ont reçu à leur réveil, une véritable douche froide en apprenant vendredi dernier sur les antennes de RFI (Radio France internationale), l’implication, vraie ou supposée, de leur pays dans la dernière ènième tentative de coup d’Etat en Mauritanie. Les informations diffusées par RFI vont plus loin en affirmant que les conditions matérielles et financières, les équipements, les armes et les munitions nécessaires à l’exécution de l’opération ont été obtenus grâce à l’aide et à l’encadrement du Burkina. Passée la période d’étonnement, cette information suscite de nombreuses interrogations.

Sans être dans le secret des palais présidentiels, on peut se demander, si cette information est avérée, ce que le Burkina est allé chercher dans ce "lointain" pays qui vient d’essuyer deux tentatives de prise du pouvoir par les armes en quinze mois.

Par ailleurs, sur le plan de l’éthique et de la morale politique, le Burkina peut-il se permettre de ramer à contre-courant d’un code de conduite unanimement adopté par l’Union africaine et qui condamne tout recours à la force pour accéder au pouvoir ? A moins d’être un amateur en politique, on a du mal à comprendre que Blaise Compaoré se laisse entraîner dans un tel bourbier. Quel intérêt notre pays a à s’impliquer dans une telle aventure ?

Après plus d’une décennie de pouvoir, Blaise Compaoré a acquis une certaine maturité forgée au moule des dures épreuves qu’il a traversées. Soupçonné pendant longtemps comme l’instigateur, sinon le bras armé des troubles dans certains pays (Sierra Leone, Liberia, Côte d’Ivoire, etc.) le Chef de l’Etat a longtemps été secoué par la communauté internationale.

Aujourd’hui, il semble avoir réussi à restaurer l’image de marque d’un pays qui était au ban de cette même communauté internationale. Aujourd’hui, le Burkina, hier pays presque mis en quarantaine, est devenu fréquentable. C’est dans ce contexte favorable d’ailleurs que le pays s’apprête à abriter deux sommets, l’un sur l’emploi et l’autre devant réunir les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la Francophonie.

Autant d’acquis diplomatiques et de consécration internationale qu’un pays, même doté d’un minimum de bon sens, ne peut se permettre de gâcher par une tentative de déstabilisation dont les enjeux et les dividendes ne sont évidents ni pour lui-même, ni pour pour l’équilibre géopolitique actuel de l’Afrique de l’ouest. Enfin, la version des faits selon laquelle, le Burkina aurait été l’exécutant de cette sale besogne commanditée par la Libye, ne résiste pas à une analyse froide du contexte actuel marqué par les opérations de charme tous azimuts du leader libyen pour sortir de son long isolement.

A moins d’être champion de la solution du pire, Khadafi sait que l’amitié qui le lie à Blaise Compaoré doit se nourrir du bon sens politique et du respect mutuel. Toutes choses qui voudraient que la meilleure amitié soit celle du refus de toute velléité de domination de l’un par l’autre.
En tous les cas, l’existence de relations diplomatiques entre Nouakchott et Tel-Aviv ne saurait servir de prétexte suffisant et valable pour perpétrer un coup d’Etat dans ce pays par le Burkina Faso interposé qui a mieux à faire en ce moment précis.

S’il en était ainsi, beaucoup de pays arabes à commencer par l’Egypte, devraient être dans le collimateur de Tripoli. La sauveraineté d’un pays ne se marchande pas et ne se prête guère aux compromissions, surtout quand les conséquences négatives prennent le pas sur les bénéfices.
Sous ce rapport, les Burkinabè n’ont rien à attendre d’un changement de régime en Mauritanie. Ce serait gâcher le capital de confiance accumulé de haute lutte. Le seul combat qui vaille la peine d’être mené est celui de la guerre contre le sous-développement.

Adopter une attitude contraire équivaudrait à vendre son âme au plus offrant avec les incalculables rétombées négatives qui pourraient en découler. Il est évident que l’émergence du Burkina sur la scène internationale n’est pas pour plaire à tout le monde. Au moment où règne dans notre pays un calme relatif, où le Burkina fait figure de phare en termes de stabilité et de paix sociale, et à l’heure où il est en passe de jouer un rôle de leadership dans les instances sous-régionale, régionale et même internationale, il fait de l’ombre à certains et suscite des envies.

De là à réveiller les vieux démons de son isolement, il n’y avait qu’un pas que certains ont franchi allègrement pour en faire leur fonds de commerce. Cependant, à la charge de nos autorités, il faut déplorer dans cette situation, comme dans beaucoup d’autres, cette opacité récurrente avec laquelle elles conduisent souvent les affaires du pays. Pour confirmer la thèse de l’implication du Burkina dans cette tentative de coup d’Etat, les autorités mauritaniennes évoquent la présence sur notre territoire, de soldats mauritaniens, auteurs présumés de la tentative du précédent coup de force.

Par ailleurs, on sait qu’en janvier 2004, dans la discrétion, le ministre burkinabè de la Sécurité a fait reconduire à la frontière malienne, trois Mauritaniens, détenteurs de faux-papiers maliens. Si en son temps, les Burkinabè avaient été informés de cette reconduite à la frontière malienne de ces trois Mauritaniens suspects, on n’en serait peut-être pas là et on aurait évité aux Burkinabè d’alimenter aujourd’hui toutes les rumeurs.

Ainsi, par leur silence qui rime avec une certaine prime à l’absence de transparence, nos autorités confortent les citoyens dans le postulat selon lequel il n’y a jamais de fumée sans feu. En tout état de cause, une démocratie fonctionne mieux quand les citoyens sont informés. Il faut non seulement les informer, mais également leur accorder le droit de réclamer des informations dans certains cas tant qu’elles ne portent pas préjudice à la sécurité nationale.

Or, dans ce cas d’espèce, on ne voit pas comment l’information du citoyen pourrait porter atteinte à la sécurité de l’Etat. Bien au contraire, autant de citoyens informés, autant de défenseurs des couleurs nationales. L’union sacrée ne se décrète pas. Plus les citoyens sont informés, plus ils donnent leur adhésion à cette union sacrée. Il faut donc se départir de cette forme de mutisme ou de confidentialité dans laquelle s’enferment souvent nos dirigeants.

Au Burkina, la rétention de l’information semble une spécialité de nos autorités ; or, là où les gouvernements se taisent, il y a des risques d’une appropriation et d’une exploitation politiques et idéologiques par les ennemis et adversaires.

Cette attitude qui consiste à vouloir se défendre et à colmater les brèches après coup, décrédibilise souvent l’information. Les exemples sont nombreux où le Burkina n’a pas toujours su, en termes de communication, anticiper pour prévenir les événements. Si fait qu’il s’est retrouvé plus d’une fois sur la défensive. Cette absence de politique de communication préventive, si elle n’est pas rectifiée, nous conduira à coup sûr à porter éternellement le dossard de l’éternel bouc émissaire.

Pour le cas mauritanien, il n’est pas facile d’y croire. Car, à moins que les autorités burkinabè n’aient le goût morbide de l’auto-flagellation, la raison raisonnante ne peut faire abstraction du contexe sous-régional et des grandes rencontres internationales que le Burkina prépare activement depuis des mois et qu’il veut, sans aucun doute, réussir. Les risques diplomatiques de tous ordres sont assurément trop gros pour le Burkina pour tenter une telle déstabilisation.

Mais les dieux de la politique sont parfois pervers et cyniques. Aussi, revendiquons-nous le droit à l’erreur d’analyse.

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