:: Soutenance de thèse de doctorat : Yahaya Sankara sonde le développement local (...)

« Les territorialités transfrontalières et le développement local dans les zones frontalières Burkina-Mali ». C’est sous ce thème que le désormais docteur Yahaya Sankara, géographe de formation, a brillamment soutenu sa thèse unique de doctorat, mercredi 13 mars 2024 à l’université Joseph-Ki-Zerbo de Ouagadougou. À l’issue des heures de scannage du travail devant le jury international, et en présence de parents, amis, collègues et connaissances, Yahaya Sankara a été jugé digne du titre de docteur, avec la mention très honorable.

L’étudiant a mené son travail sous la direction de Lassane Yaméogo, professeur titulaire en géographie à l’université Joseph-Ki-Zerbo de Ouagadougou. Le jury présidé par Tanga Pierre Zoungrana, professeur titulaire à l’université Joseph-Ki-Zerbo, et composé de Lawali Dambo (rapporteur), professeur titulaire à l’université Abdou-Moumouni de Niamey (Niger) ; Willy Moussa Bantenga (rapporteur), professeur titulaire à l’université Joseph-Ki-Zerbo ; Abdoul Azise Sodoré (rapporteur), maître de conférences à l’université Joseph-Ki-Zerbo ; et de Issa Sory (examinateur), maître de conférences à l’université Norbert-Zongo de Koudougou.

Vue partielle de parents, amis, collègues et connaissances venus apporter leur soutien au candidat.

Dans sa contextualisation, l’impétrant a, références à l’appui, montré qu’en Europe ou en Amérique, les frontières sont des espaces dynamiques de développement tandis qu’en Afrique, elles sont synonymes de sous-développement, de disparités et de déficits d’aménagement. « Comment se fait-il que la frontière peut être un espace de développement sous d’autres cieux ; alors que dans de nombreux pays africains, elle est une zone de non développement ? », a-t-il alors posé, relevant ici que la frontière Burkina-Mali est un exemple de frontière à problèmes. Il en veut pour illustration qu’elle est une frontière qui a conduit à deux guerres entre les deux pays, le Burkina et le Mali. Aussi est-elle caractérisée par des conflits larvés entre les populations ainsi que par des déficits d’infrastructures et un faible aménagement de l’espace frontalier.

Inversion de la tendance à partir de la démarcation en 2010 ?

Cependant, poursuit M. Sankara, la démarcation définitive de la frontière Burkina-Mali en 2010 a ouvert de nouvelles perspectives de développement basées sur la décentralisation. C’est la coopération transfrontalière. Dès lors, a-t-il posé, comment cette forme de coopération peut-elle devenir un levier de développement de la bande frontalière Burkina-Mali ?

Pour conduire son étude, Yahaya Sankara s’est appuyé sur la recherche documentaire, l’échantillonnage spatial et démographique, la collecte et le traitement/analyse des données. Une démarche qui lui a valu un travail acharné sur le terrain, notamment au contact des populations (des ménages enquêtés) vivant dans ces zones et une exploitation des données et productions intellectuelles.

Des résultats et discussions donc, l’étudiant a fait ressortir « des espaces de coopération construits à l’aune des facteurs socio-historiques et des échanges transfrontaliers », « une frontière dynamisée par des initiatives de coopération formelle et informelle », « l’émergence d’un développement local transfrontalier », des facteurs socio-historiques (avec des espaces de coopération qui épousent des limites d’anciens États précoloniaux avec des groupes ethniques homogènes) ; des échanges transfrontaliers se traduisant par une dynamique des échanges transfrontaliers et l’émergence de centralités aux marges territoriales.

Ici, la séance de délibération, avec le président (sous-chemise en mains) et les membres du jury en présentiel.

Toujours au titre des résultats et discussions, on notre la dynamique des initiatives de coopération formelle et informelle (s’incarnant entre autres par trois espaces de coopération structurés autour de collectivités locales frontalières ; un espace de coopération structuré à travers la collaboration de trois collectivités régionales ; emboîtement des espaces de coopération dans les initiatives régionales de la CEDEAO et de l’UEMOA) ; la dynamique des initiatives de coopération formelle et informelle, à travers notamment des activités culturelles à caractère transfrontalier.

On note en outre l’émergence d’un développement local transfrontalier par l’amélioration de la gouvernance frontalière, des investissements transfrontaliers en faveur du développement, une cohésion sociale renforcée par la coopération transfrontalière (99%). « Notre plus grande satisfaction en lien avec la coopération transfrontalière est la préservation de la cohésion sociale dans la zone, et si elle n’existait pas il fallait la créée ; désormais nous réglons nos problèmes au niveau de notre faitière … », rapporte Yahaya Sankara des propos du responsable d’un groupement local de coopération transfrontalière et du responsable de la douanes de Djibasso qui affirme que « la coopération est une bonne opportunité. Grâce à elle nous nous rendons visites mutuellement au-delà des relations formelles qui existent entre nos deux États ».

Le désormais Dr Sankara, posant ici avec des membres de la famille, dont son épouse à sa droite.

En conclusion, il ressort du travail de Yahaya Sankara que les populations frontalières peuvent tirer de leur socle historique et culturel, mais aussi de la dynamique des échanges économiques, pour construire de nouveaux schémas de développement ; la coopération transfrontalière est une opportunité pour le développement des villes frontalières ; le modèle de développement conçu à travers les « twins cities » (villes jumelles) entre le Mexique les USA peut être exploitée pour devenir « twins » régions dans l’espace AES (Alliance des États du Sahel) ; Dori-Tera, Djibasso-Benena et Koloko-Heremakono vont devenir la locomotive du développement urbain dans le Liptako Gourma.

« Thématique nouvelle et pertinente pour la géographie politique »

Il existe des initiatives de coopération comme passerelle pour les communautés frontalières (les initiatives de coopération transfrontalière amènent les communautés transfrontalières à construire des passerelles en dépit de la césure de la frontière) ; des dynamiques transfrontalières marquées par des coopérations formelle, informelle et fonctionnelle (les dynamiques transfrontalières ont entraîné une structuration de la bande frontalière) ; des actions de développement réalisées dans le cadre de la gouvernance et l’aménagement du territoire, malgré les multiples crises (les relations sociales et la coopération transfrontalière favorisent l’émergence d’un espace transfrontalier dynamique avec une faible capacité de résilience sécuritaire).

En termes de perspectives, Yahaya Sankara propose d’analyser, d’une part, l’impact de la coopération transfrontalière sur l’intégration des communautés dans les bassins transfrontaliers et, d’autre part, les facteurs déterminant la pérennisation de la coopération transfrontalière.

Certains membres du jury sont, de leur pays, intervenus en ligne.

Cette première partie, qui a consisté en l’exposé du candidat, a donné lieu au regard-critique du jury, dont certains des membres sont intervenus en virtuel. Ouvrant donc ce chapitre, le directeur de thèse, Pr Lassane Yaméogo, est revenu sur les conditions de travail de l’étudiant, louant surtout l’engagement et la détermination de M. Sankara et sur la pertinence du thème à travers son apport pour l’élan de développement à la base.

« Thématique nouvelle et pertinente (également) pour la géographie politique », a relevé Pr Yaméogo, qui indique cependant que le travail peut être davantage approfondi dans certains de ses aspects. Toutes les interventions des membres du jury ont misé sur l’enjeu du thème, « Les territorialités transfrontalières et le développement local dans les zones frontalières Burkina-Mali », félicitant l’étudiant pour les résultats auxquels il est parvenu et lui suggérant des éléments à prendre en compte pour davantage parfaire la thèse.

Cette étape a fait place à la délibération. Ce moment de suspens pour le candidat et ses proches durera moins de dix minutes. Après les salamalecs requis en la matière, le jury, par la voix de son président, Pr Tanga Pierre Zoungrana, dans un air relaxe que de détente de l’assistance, a « déclaré Yahaya Sankara digne du titre de docteur, avec la mention très honorable ».

Signalons au passage que le nouveau docteur a déjà publié des travaux de recherche dans des revues spécialisées comme la R-G-O (Revue de Géographie de l’Université de Ouagadougou) et la revue de géographie politique (Akofena, revue interdisciplinaire des Lettres, Langues et Civilisations, qui publie des articles inédits, à caractère scientifique), etc.

O.L
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