Actualités :: De la campagne à la ville : ces femmes des sentiers battus

De bonne heure, on les voit aux différentes entrées de la ville, les unes derrière les autres, avec sur la tête leur charge qu’elles viennent monnayer soit de porte à porte, soit sur les petits marchés ou en des endroits indiqués.

Elles viennent de Léguéma, Soumousso, Nasso, Koumbadougou, Kokoroé, Souroukoudinga, Koro, ces villages situés parfois à une trentaine de kilomètres à la ronde de Bobo-Dioulasso.

Paysannes avant tout, ces femmes cherchent ainsi les moyens de leur survie. Mais il est tout aussi vrai qu’elles ravitaillent quelque peu la ville au quotidien, les différents marchés, les ménages à revenus faibles ou moyens qui les interceptent au passage. Elles sont une issue salvatrice pour nombre de foyers qui, sans leurs livraisons, ne sauraient joindre les deux bouts.

Elles pratiquent des prix véritablement bas, ce qui fait la bonne affaire des revendeurs, et des commerçantes de fritures. Mais il y a comme une injustice à leur égard, car elles gagnent peu en regard de l’effort fourni. On ne peut s’empêcher de jeter un coup d’œil sur le dénuement qui les caractérise.

Elles apparaissent chaussées par la poussière comme si la marche était ce qu’elles savaient faire de mieux depuis toujours, à la fois matraquées par la distance et les rayons de soleil.

C’est aussi le lot des bébés que certaines portent au dos et qui vivent en silence la misère de leur destin familial.

Avec sur la tête leur charge, le plus souvent un fagot de bois surmonté d’un panier contenant des produits de cueillette ou "tout ce qu’une femme de la brousse peut bien vendre" comme nous dira l’une d’entre elles, ces femmes ont souvent à la main cette canne si caractéristique qui les aide à arpenter courageusement les sentiers herbeux et escarpés, à l’aller et au retour.

Leur va-et-vient s’opère depuis des décennies. Plusieurs générations l’ont vécu. Plus loin dans le temps, il semble que ces vendeuses de produits de cueillette et d’artisanat venaient de plusieurs dizaines de kilomètres bien avant l’indépendance du pays à l’époque du troc où le tabac, le soumbala, les cotonnades étaient très demandés par les commerçants bobolais et même maliens. Ce trafic-là fait partie de la mémoire vive de la région Ouest du Burkina.

Des produits naturels et bon marché

Celles qu’on rencontre aujourd’hui sur le marché sont quelque peu les héritières de ces temps anciens. Aujourd’hui, on continue de ravitailler la ville en beurre de karité, en potasse dure, en feuilles fraîches ou séchées entrant dans la préparation des sauces, en balais herbacés, en soumbala, graines de néré, fruits sauvages.

Elles apportent aussi des mangues, des bananes, issues des plantations villageoises, parfois du poisson fumé, tous ces produits sur lesquels pèse peu le doute d’un traitement ou d’une maturation au carbure. Bien des Bobolaises qui se ravitaillent auprès d’elles trouvent en effet que leurs produits offrent des garanties suffisantes de sécurité en matière de santé. Parfois l’on emprunte sa voiture ou l’on enfourche sa moto pour aller à leur rencontre aux entrées de la ville.

Quoi qu’on dise, leurs produits sont beaucoup moins chers, que ceux habituellement exposés sur la place du marché. Avec elles, vous trouverez cinq mangues ordinaires à 10 F CFA, les mêmes qui vous seront vendues à 50 F CFA au marché ou plus, chez les détaillantes installées aux abords des rues ou sur les lieux d’animation publique. Le fagot de bois de 15 kg environ (estimation à vue d’œil), elles le vendent à 500 F CFA avec possibilité de le décomposer.

Ce commerce qu’elles pratiquent depuis longtemps leur rapporte seulement de quoi subvenir au minimum voulu, pour elles-mêmes et leurs enfants : pain, fritures, friandises, sel, sandalettes, friperies, savons, etc. "Je viens de Dindéresso, près de Nasso, nous confie cette jeune femme suivie de sa fille, elle aussi chargée de bois. Dès trois heures du matin poursuit-elle, nous empruntons la route. Je ne vends que du bois. Avec ce que nous gagnons dans la vente, nous achetons du maïs que nous faisons moudre pour le repas familial, parce que les récoltes cette année n’ont pas été bonnes". Voilà une vérité des temps qui nous situe davantage sur les conditions et l’importance sociale de ces femmes de la périphérie que leur bâton de pélerin ne quitte presque jamais.

L’âge avancé de certaines d’entre elles, fait croire qu’elles sont décidées à se contenter du strict minimum, et même à faire de leur quotidien un serment de dignité. Elles apparaissent comme porteuses d’une mission au bout de laquelle elles attendent une réponse vengeresse contre la dure réalité de notre époque. L’hivernage venu, elles seront moins visibles, car les travaux champêtres seront là avec leurs obligations pour les accaparer.

Commerçantes un peu malgré elles, témoins de l’histoire aussi ces femmes rurales sont une frange du secteur informel, subissant souvent les intimidations et la méchanceté verbale de certaines clientes gonflées d’amour propre de leur apparat de "citadines évoluées", toutes choses apportant un peu plus d’amertume à leur sacrifice existentiel. Peut-être que demain viendra-t-il un programme de développement qui prenne en compte la réalité de leurs souffrances, et suscite un peu plus de compassion de la part des humains.

Jean-Luc BONKIAN
Sidwaya

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