Actualités :: Conflit à Bossoura : Le "Djoro" à l’origine

Le jeudi 10 mars a été une journée noire à Bossoura. Un conflit a eu lieu entre les habitants dudit village et la compagnie de gendarmerie de Gaoua. Ce, suite à l’interpellation de Hovaré Hien , soupçonné de coups et blessures volontaires, vol et abattage d’animaux. Bilan : deux morts, des blessés, un quartier de Bossoura détruit, une population introuvable.

Bossoura est un village situé à une vingtaine de km de Kampti, dans le Sud-Ouest du Burkina, à 420 km de Ouagadougou. Dans la matinée du dimanche 13 mars 2005, ce village était très calme, un calme inquiétant. Cinq concessions brûlées, des greniers toujours sous l’effet des flammes, des douilles de gaz lacrymogène par-ci, , des vélos abandonnés, par-là...

Seule la présence de la volaille et des petits ruminants attestent que la localité était habitée.

"Le jour où la gendarmerie a fait une descente sur Bossoura, il y a eu des échanges de coups de feu de part et d’autre", a confié un habitant du village, précisant qu’une concession a même été incendiée. Le témoin qui a requis l’anonymat signale que le 12 mars, des hommes en tenue sont venus encore brûler quatre concessions et des greniers qui étaient toujours en flammes, (NDLR : le 13 mars).

Le Djoro en question

Tout est parti des préliminaires du Djoro, des rites initiatiques en pays lobi. C’est sous le couvert de ce rite que des individus mal intentionnés ont abattu trois bœufs d’un Peulh.

Selon les explications du délégué du village, Touvété Kambou , le "Djoro" vise à purifier et concerne uniquement la communauté lobi. Il est une pratique coutumière regroupant tous les sept ans, les Lobi de la sous-région, à savoir la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Burkina. Cette pratique coutumière, toujours selon lui, consiste entre autres, à abattre des poulets. Cet abattage de poulets obéit à une coutume et se passe uniquement entre Lobi. Aucune autre communauté n’est visée, ni concernée. "Quand les Lobi sortent pour les préliminaires du "Djoro", ils effraient et frappent tous les passants, ça se limite à cela", a-t-il poursuivi. Il n’est donc pas question d’abattre des bœufs des Lobi encore moins ceux des autres communautés. "Ce qui s’est passé est une exagération et je n’ai jamais vu une manifestation des préliminaires de Djoro qui a consisté à l’abattage de bœufs", affirme le délégué du village.

En effet, un Peulh, pour les besoins de pâturage, s’est installé avec ses bœufs sur le terrain d’un Lobi du nom de Baké Kambou, avec l’accord, bien sûr, de celui-ci Hovaré Hien , Boagniré Hien , Gnassouan Hien ont profité du Djoro pour commettre leur forfait : trois bœufs du Peulh ont été abattus. Ceux-ci ont été convoqués plus de deux fois sans succès, par la gendarmerie de Kampti. Au jour du marché de cette ville, elle a pu interpeller le 8 mars 2005, l’un d’entre eux. De là, commence le calvaire des gendarmes, mais aussi des "Bossouriens". Le même jour de l’interpellation, vers 22 h, muni de gourdins, de coupe-coupe, un groupe de Lobi réussit à libérer leur parent détenu à la gendarmerie. A la brigade, l’équipe de Sidwaya a pu constater qu’une fenêtre était défoncée laissant un trou. Par contre, les portes n’étaient pas endommagées. Nous avons voulu savoir comment cela est arrivé, mais nous nous sommes heurté au refus de la gendarmerie de dire mot sur cette affaire. "Le lieutenant est sur le terrain, il faut s’en tenir à notre communiqué", nous intime l’agent trouvé sur les lieux.

Un affrontement meurtrier

Deux jours après que le premier interpellé Hien Hovaré ait été libéré par ses parents, la gendarmerie a fait une descente à Bossoura. "C’était le matin, au moment où le soleil commençait à se lever que des hommes en tenue ont surpris les auteurs d’abattage des animaux. Il y avait trop de bruit : coups de feu, des cris", nous raconte un de nos guides. L’affrontement a fait deux morts et des blessés. Selon le procureur du Faso près le Tribunal de Grande instance de Gaoua, Sériba Diakité, il y a eu deux morts. Une troisième personne qui était dans le coma s’est réveillée plus tard. En ce qui concerne les interpellés, trois ont été libérés et les autres, Diormité Kambou (hospitalisé), Onkité Kambiré et Tilgour Poda entre les mains de la justice. Pour le procureur, l’enquête suit son cours et au moment opportun, l’opinion sera informée.

L’un des trois meneurs, Diormité Kambou a été admis au Centre hospitalier régional de Gaoua. Ce sexagenaire sur son lit d’hôpital, bras et pied droits fracturés, nous explique qu’il ne sait pas trop ce qui lui est arrivé. "Quand les hommes en tenue sont arrivés, j’ai pris mon arc, mes flèches pour m’enfuir. Malheureusement, les gendarmes ont encerclé toutes nos concessions. J’ai déposé mon arc au sol, mais je n’ai pas eu le temps de me sauver" raconte ce détenu blessé visiblement peu inquiet. "Moi, je n’ai rien fait", ajoute-t-il. De sources bien informées, Diormité était bel et bien sur le "ring" et a voulu défier la force publique.

Selon aussi d’autres sources, les éleveurs de la zone seraient en train de convoyer leurs animaux en Côte d’Ivoire, à une quarantaine de km de Bossoura. Pour celles-ci, les Lobi profitent du Djoro celles-ci pour abattre les animaux des autres communautés.

Boureima SANGA
Sidwaya

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