Actualités :: Conflits inter-populations burkinabè

Dans le département de Diabo, province du Gourma, un conflit
entre agriculteurs et éleveurs s’est soldé par la mort de huit
personnes. Un bilan macabre, certainement provisoire, quand
on sait que dans ce genre de situation, on se contente de
prendre acte des dégâts immédiatement visibles sans se
préoccuper de leurs prolongements.

Du reste, ces formes de
vendetta ne sont pas une exclusivité de cette région. Dans
d’autres régions, des cas similaires, d’ailleurs plus
dramatiques, se sont déjà produits. Ils portent la marque de la
difficile cohabitation entre ces deux composantes de notre
société.

Elles sont pourtant, non seulement complémentaires,
mais également incontournables car, leurs domaines d’activité,
l’agriculture et l’élevage, constituent les deux mamelles de notre
développement socio-économique. Cette cohabitation qui
renferme potentiellement des germes de violence, n’est pas
ignorée des pouvoirs publics, surtout à l’approche de la saison
hivernale.

Dans un pays où ces conflits sont répétitifs et
récurrents, les pouvoirs publics semblent avoir oublié que
gouverner c’est prévoir. Cet amer constat semble d’autant plus
avéré que dans le cas précis du Gourma, tous les signaux de
détresse avaient été déclenchés avant la tempête meurtrière
qui s’est abattue sur le département. Ses signes avant-coureurs
étaient donc manifestement visibles.

Des cris de détresse qui
n’ont malheureusement pas trouvé d’écho auprès des autorités
compétentes chargées de conjurer un mal déjà annoncé. Cette
situation douloureuse et déplorable que viennent de vivre les
populations du Gourma est en fait, la rançon du laxisme et de
l’incurie de notre administration qui, loin d’exercer son pouvoir
régalien de protéger les citoyens, légitime de fait les règlements
de compte entre eux.

Tétanisés, se sentant abandonnés à leur
propre sort, les populations n’ont parfois d’autres choix que de
s’en remettre à la fatalité et à défaut, de constituer des groupes
de "légitime défense" informels. Cette forme d’encouragement à
l’épreuve du scalp et à se rendre soi-même justice est non
seulement indigne d’un Etat républicain, mais également le
signe d’un déficit de confiance et d’un divorce entre
l’administration et ses administrés.

Dans un tel contexte, on ne
peut s’empêcher de suspecter une telle administration dont
chacun des animateurs trouve un intérêt politique à cogner la
tête des populations. Si traditionnellement, les rapports
conflictuels entre agriculteurs et éleveurs sont aussi vieux que le
monde, ils sont aujourd’hui ravivés par des politiciens sans
scrupules qui se sont taillés des fiefs et des citadelles d’où sont
exclus d’autres citoyens qui y vivaient en paix et en parfaite
harmonie.

On aurait pu espérer, face à la faillite des pouvoirs
publics, que le recours aux anciens mécanismes bien élaborés
de régulation des tensions et de règlement des conflits que
détenaient nos responsables coutumiers aurait été salutaire
dans ce cas de figure. C’était sans compter avec le venin de la
politique politicienne qui a éradiqué le refus naguère des
compromissions de nos gardiens de la tradition.

C’est ainsi que
certains d’entre eux consentent de se dessaisir de leurs
prérogatives léguées par la coutume moyennant des profits
matériels, tandis que d’autres acceptent d’endosser par
effraction, des charges qui leur étaient normalement interdites
dès la naissance.

Dans cette opération, l’autorité morale que
ces responsables coutumiers étaient censés incarner est non
seulement sapée, mais par voie de conséquence, leur
crédibilité est mise à mal. Dans ces conditions, pourquoi
éclairer le citoyen en lui apprenant son droit ? Le faire serait un
suicide pour tous ces prédateurs qui vivent aux dépens de
l’ignorance du plus grand nombre, ce bétail électoral auquel on
songe quand on a besoin seulement de sa voix lors des
consultations.

Le cas de Diabo est seulement un exemple
parmi tant d’autres. Un peu partout sur le territoire national, il y a
des conflits latents en rapport avec la chefferie coutumière ou de
terre, les champs, le statut de chef lieu de département, le
détournement de projets villageois, etc. Il est vraiment
regrettable de constater qu’au Burkina, on a de la préférence
pour cette politique du pompier après l’incendie, sans se
soucier du préalable d’une politique préventive et d’anticipation
en amont.

C’est à se demander si tout ce tapage autour des
efforts entrepris par le gouvernement pour tracer des pistes pour
bétail et aménager des pâturages n’est pas simplement un
vernis pour masquer une certaine démission face à ses
responsabilités. A quoi servirait de signer des accords en
matière de mécanismes de prévention des conflits au niveau
continental si au niveau local on est incapable d’éteindre par
anticipation, des braises ardentes qui couvent sous la cendre ?

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