Actualités :: Révision des pensions des anciens combattants : Une réforme lacunaire

Scène émouvante le 12 mai dernier à la paierie de France à
Ouagadougou. Une centaine d’anciens combattants, sur les
7071 concernés, sont passés à la caisse pour percevoir les
20% de la revalorisation de leur pension, à compter du 1er
janvier 1999 au 31 décembre 2003.

La France, après être restée
sourde pendant des décennies aux revendications des anciens
combattants africains, décide enfin de réviser à la hausse leur
pension.

La réforme entreprise par Paris permet aux
ayant-droits des pensionnés de bénéficier, sous certaines
conditions, d’un droit de réversion.
A l’évidence, ce geste constitue une avancée dans le sens de
la réparation de l’énorme et scandaleux écart de traitement entre
anciens combattants africains et leurs colégionnaires français.

Mais on attend encore mieux d’une France génitrice de la
Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Aujourd’hui,
beaucoup de vétérans de la deuxième guerre mondiale, de
celles d’Indochine et d’Algérie acceptent cette obole, faute de
mieux. Mais au fond d’eux-mêmes, ils restent, à l’instar du
général Sangoulé Lamizana, amers. Cette réforme des
pensions intervient à un moment où plusieurs anciens
combattants sont morts.

Leurs ayant-droits ne pourront donc
pas bénéficier des nouvelles mesures successorales. Quoi qu’il
en soit, la gestion discriminatoire des anciens combattants
africains est indigne et contraire à l’image de défenseur de
l’égalité que la France cherche à se donner dans un monde
abruti par la dominance et l’hégémonie d’une certaine pensée.
Sur les champs de bataille, les balles n’étaient pas
discriminatoires. Elles se moquaient éperdument de la couleur
de la peau.

Pire, les Africains étaient en première ligne, des
chairs à canon. Ils ont le plus souffert des conditions exécrables
de la guerre, chargés de déblayer le terrain pour l’avancée des
troupes.
Dans ces conditions, rien ne saurait justifier cette pension au
rabais octroyée à ces milliers d’hommes qui ont versé leur sang
pour la France.

Pendant que leurs frères d’armes français
bénéficient de quoi mener une vie décente, beaucoup d’anciens
combattants africains sont réduits à la mendicité et à la
clochardisation s’ils ne sont transformés en clowns du village,
amusant la galerie dans les cabarets. Cette vie de misère est
en partie imputable à une France qui n’a pas su ou voulu être
pleinement reconnaissante envers des combattants qui ont
sacrifié leur vie pour la défendre. Aujourd’hui, la France cherche
à réparer une injustice.

Mais elle semble s’y prendre de façon
lacunaire. La revalorisation de la pension est traitée par rapport
au coût de la vie. En clair, une révision à la carte. Une
conditionnalité inconvenante. Faut-il encore le rappeler, la
guerre ignorait toutes ces barrières. Et si la France veut être
logique avec elle-même, ses coopérants et autres assistants
techniques doivent être soumis au même régime de salaire
selon le niveau de vie du pays africain où ils exercent leur travail.
Ce qui n’est évidemment pas le cas.

Bien au contraire. Ces
expatriés sont plutôt grassement payés. Leurs salaires sont aux
antipodes de ceux de leurs confrères africains à compétence
égale.
De toutes façons, Paris, pour coller au respect de la dignité
humaine, a encore beaucoup à faire à l’égard des anciens
combattants.

Au lieu de cela, elle semble plutôt s’inquiéter que
l’alignement des pensions africaines sur celles de la France (ce
qui représente une importante somme d’argent), ne vienne
perturber l’économie du continent. On croit rêver. Le
paternalisme français semble toujours traiter les Africains
comme de grands enfants qui ne savent pas trop ce qu’ils
veulent. Sinon, comment comprendre qu’on refuse de rétablir
ces vétérans dans leur droit, sous prétexte de désorganiser
l’économie locale, alors que certains d’entre eux crèvent de faim ?

Manifestement, la France refuse d’assumer pleinement son
passé. Mais on ne peut pas trop lui en vouloir. Pendant quarante
ans, la quasi totalité des chefs d’Etat africains est restée muette
sur le sujet, laissant les anciens combattants se débrouiller tout
seuls contre la toute puissante Métropole.

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