Actualités :: Burkina/Mine de Perkoa : Un groupe d’action plaide auprès des autorités pour (...)

Après six jours d’audience, le procès du drame de la mine de zinc de Perkoa va connaître son dénouement à travers le délibéré prévu le mercredi 14 septembre 2022 au Tribunal de grande instance (TGI) de Koudougou. Avant cette date, "le groupe d’action pour une mine Responsable", une organisation communautaire écrit une lettre ouverte au président de la Transition et son gouvernement pour décliner ses préoccupations et recommandations. Voici l’intégralité de la déclaration.

Lettre ouverte au Président du Faso et au Gouvernement
Excellence monsieur le Président du Faso, chef de l’Etat
Excellence monsieur le premier ministre,
Monsieur les Ministres en charge des mines,

Monsieur le Ministre en charge de la fonction publique et du travail
Avant tout propos, nous nous inclinons devant la mémoire de nos 08 frères qui ont trouvé la mort dans la fosse souterraine de la mine zinc de Perkoa, suite à l’inondation de ladite mine intervenue le 16 avril 2022. Nous réitérons nos condoléances les plus attristées aux familles endeuillées, et à tous les proches.

De mémoire, un tel drame ne s’est encore produit dans une mine industrielle au Burkina Faso. Nous faisons face de plus en plus à des inondations dues à des pluies diluviennes de grande ampleur causant parfois des dégâts importants dont des pertes en vies humaines dans la sous-région notamment au Burkina Faso, en Côte d’ivoire, au Niger, au Mali ... Malheureusement la mine de Perkoa n’a pas échappé à cette donne.

Ce drame de la mine de Perkoa constitue un témoignage fort et sans précédent de l’autorité publique qui s’est fortement mobilisée et investie dans l’espoir de sauver la vie de nos 08 frères. Les efforts du gouvernement au plan social à travers la facilitation du dialogue social et l’apaisement des cœurs, l’organisation des secours de recherche à travers un comité de crise délocalisé à Réo, les équipes de des ministères en charge des mines , du travail et de la fonction publique, de l’eau et de l’environnement, de l’action humanitaire, l’ONEA, de la SONABEL, des sapeurs-pompiers engagés pour les secours dès les premiers moments de l’inondation , la facilitation dans le transit des moyens logistiques venant de l’extérieur pour sauver les 08 mineurs, les visites de soutien et d’encouragement des ministres Jean Alphonse Somé en charge des mines et de Bassolma Bazié de la fonction publique et du travail aux travailleurs de la mine durement éprouvés au nom du gouvernement , en passant par la reconnaissance de la nation à ses valeureux fils à travers les hommages rendus à leur mémoire et les décorations à titre posthume.

Nous saluons tous ces efforts et apports du gouvernement, des acteurs déconcentrés et décentralisés, les équipes techniques mobilisés par le gouvernement qui se sont donnés corps et âmes en appui aux équipes de secours de la mine pour sauver nos 08 frères. Hélas, notre espoir a été déçu quand malheureusement nos 08 frères ont été trouvés sans vie. Que leurs âmes puissent reposer en paix et que Dieu le tout puissant console leurs familles. Que Dieu notre force, les mânes de nos ancêtres puissent vous rendre au centuple les bienfaits de votre engagement sans faille à sauver la vie de vos frères, de nos frères.

Nous saluons également la mobilisation sans faille des travailleurs de la mine de Perkoa qui au péril de leurs vies se sont donnés pour sauver leurs collègues, leur accompagnement social et psychologique au profit des familles éplorées, toute chose qui indique leur comportement professionnel et leur esprit d’humanisme. Il en est de même pour les autres mines, toute la communauté minière du Burkina Faso mobilisée en appui à la mine de Perkoa pour sauver les 08 mineurs de Perkoa.

Que dire de la population de la province du Sanguié, de sa jeunesse, de la région du Centre Ouest, des autorités coutumières et religieuses, de la gendarmerie, de la police, debout comme seul homme, solidaire pour faire face à cette situation ? Leur implication et actions multiformes constituent un exemple est à reconnaitre et à saluer. Le peuple burkinabè dans sa diversité, à travers les réseaux sociaux a manifesté tout son soutien et a fait un travail de secours remarquable. Les médias par leurs actions ont été d’un apport inestimable.

Notre recommandation à ce stade est que la mine de Perkoa puisse prendre en charge convenablement les familles des disparus, s’occuper convenablement des orphelins en assurant leur avenir, leur éducation, leur santé, leur logement ect. Nous soumettons cette préoccupation et nous demandons votre regard sur cette question. Des échos qui nous reviennent, la mine de Perkoa est déjà dans un tel état d’esprit et avait même contacté les représentants des familles pour discuter de la question. Aux dernières nouvelles, il a été dit au procès ministère public contre la mine zinc de Perkoa et deux de ses premiers responsables pendant les débats que les deux parties à savoir les avocats des victimes et ceux de la défense se sont entendues pour régler cette question après le procès. Nous devons suivre et y veiller afin que les intérêts des familles soient préservés.

Notre deuxième préoccupation, l’on s’est également rendu compte à travers les débats pendant le procès que si des sacrifices devraient être faits et qu’ils ne l’ont pas été, cela ne relève pas de la responsabilité de la mine car le nécessaire qui devrait être fait du côté de la mine a été fait. Une pièce justificative montrant les sommes versées par la mine a été jointe au dossier et citée. S’il existe un conflit entre des villages frères qui devraient entre eux s’organiser en interne pour faire des sacrifices, la mine n’est pas responsable de cette situation.

A ce niveau, le gouvernement est interpellé comme l’a fait le ministre Bassolma Bazié pendant la crise à toujours continuer à s’impliquer, à travailler toujours pour une entente fraternelle et une cohésion entre la fratrie et qu’ils puissent ensemble exécuter leurs sacrifices comme le veuillent la coutume. La mine laissée à elle-même ne peut seule résoudre cette question. Son rôle c’est d’accompagner et non de s’ingérer entre des villages frères. Le gouvernement doit poursuivre ses efforts dans ce sens.

Notre troisième préoccupation est que les conditions de sécurité soient réunies avec les impacts causés par l’inondation, pour une reprise effective urgente des travaux à la mine. A ce niveau, il nous est revenu que le ministère des mines a diligenté des inspections sur le terrain et la mine a pris les dispositions pour davantage renforcer son système de sécurité. Elle a agi et amélioré ce qui devrait l’être. Sur cette base, l’on a appris pendant le procès à travers une pièce jointe au dossier notamment une lettre que le ministère des mines et des carrières a autorisé officiellement ce mois de septembre la reprise des activités de la mine de zinc de Perkoa assortis de points d’amélioration qui devraient être pris en compte par la mine. La mine a pris en compte ses recommandations du ministère.

Malgré cette autorisation de reprise, il nous revient que cette mine est menacée dans son existence et les travailleurs sont dans l’inquiétude au regard des réquisitions faites par le ministère public dans le cadre du procès ministère public contre la mine de zinc de Perkoa suite au drame malgré cette autorisation administrative de reprise. Les travailleurs sont encore plus inquiets et en danger quand il est requis de ne pas exploiter les couronnes au niveau de la mine à ciel ouvert, interdire l’exploitation au-delà de 520 pendant 01 an alors que le minerai qui reste à exploiter est situé au-delà car cela équivaut à fermer purement et simplement la mine.

Les travailleurs le sont encore davantage lorsque du fait de cet incident, la mine est aux arrêts depuis le 16 avril, pratiquement 05 mois sans production alors que pendant ce temps, elle continue d’assurer les salaires de ses employés sans discontinu. La poursuite du payement des salaires sans production ni ventes, la garantie du travail pourront-ils être assurés dans les jours à venir ? Avant le procès, nous avons appris de sources administratives que l’option d’une mise en chômage technique était envisagée et même en discussion entre la direction générale de la mine et les travailleurs et que même l’autorité a été saisie à cet effet.

A la veille de cette rentrée scolaire, nombreux sont les travailleurs de cette mine qui sont dans le tourment car ils ne savent plus à quel saint se vouer pour leur avenir et celui de leurs enfants. Soulignons que cette mine de Perkoa, c’est plus de 700 emplois directs et plus de 500 emplois indirects, c’est plus de 1000 familles qui en dépendent directement. Que deviendront toutes ces personnes dans un climat social déjà compliqué ? Des laissés pour compte ? Tout est possible et il faut prévenir avant qu’il ne soit trop tard. Une situation de mise en chômage technique, une situation de fermeture n’aura que des conséquences désastreuses pour les travailleurs et la vie des communautés riveraines car la mine investit pour le développement de la zone.

Evidemment, ce sera une catastrophe humanitaire, un désastre social et environnemental. Un fait qui est réel est que la sérénité n’est pas au rendez-vous dans cette mine et il est de la responsabilité du gouvernement d’en être informé et d’anticiper avec urgence pour éviter que le pire n’arrive. Il faut agir dans l’urgence pour sauver la mine de Perkoa. Une mine qui ne travaille plus, ou fermée, peut-elle encore assurer l’avenir de nos orphelins qui ont besoin de notre protection ? Une mine sans investisseurs pourra-t-elle fonctionner ? Absolument pas !

Nous souhaitons la manifestation de la vérité comme l’ont exprimé les parents des victimes, l’ensemble des Burkinabè et toutes les personnes éprises de justice et de paix. Cela est très important car la vie humaine est sacrée et « nous ne devrons pas la banaliser au profit de la recherche de l’argent » pour reprendre les propos du Procureur du Faso près du TGI de Koudougou pendant le procès. Toutefois, nous avons confiance en notre justice et nous espérons qu’elle prendra des décisions en conformité avec la loi pour préserver l’essentiel afin de permettre à la mine de continuer à fonctionner, encourager les investisseurs et répondre nos à attentes, notre quête de justice pour une société plus épanouie.

Sans prétendre ou présumer de la décision qui sera issue du procès en cours dont le verdict est prévu pour le mercredi 14 septembre 2022, il est de bon ton de se demander s’il ne sied pas dans l’intérêt de tous, comme la loi le recommande en la matière, d’aller dans le sens de sanctions pécuniaires si toutefois il y’a à reprocher à la mine ? Il nous revient que cette solution partagée par tous les acteurs pourrait constituer une perspective dans l’intérêt de tous si toutefois il y’a des sanctions à prendre.

Un accident de travail, nul ne le souhaite mais quelques soient les précautions prises par les acteurs, un incident peut intervenir sans que l’on ne l’ait voulu. Est-ce les dirigeants de la mine, la société Nantou Mining, la société Byrnecut qui ont commandé cette pluie de 125mm en 45 minutes d’un mois d’avril en pleine saison sèche qui a été mortelle dans leurs rangs et à ce dessein ? Sans présumer de leur innocence, nous ne le pensons pas. Des failles imputables à l’action humaine pourraient exister car nul n’est 100% parfait dans son environnement de travail et ce qu’il faut c’est de les détecter et les corriger pour éviter un futur drame. Des situations inattendues, malencontreuses et dévastatrices, ça peut arriver dans la vie d’un homme, d’une entreprise ou de toute organisation. L’on s’en remet à la justice à qui nous réitérons tout notre respect et notre confiance.

Tout en saluant les efforts de la mine pour sauver la vie des 08 mineurs, les mesures mises en place en matière de santé et sécurité au travail, nous encourageons les investisseurs de cette mine, ses premiers responsables, à faire de leur mieux pour continuer, préserver l’emploi de tous les travailleurs et à se donner tous les moyens pour que les employés puissent exercer dans les meilleures des conditions de santé et sécurité au travail possibles.

Nous les invitions à prendre en compte l’ensemble des critiques et suggestions formulées par tous les acteurs notamment la justice, l’autorité publique, les citoyens burkinabè, les populations riveraines de la mine, les spécialistes, les médias, les travailleurs, pour l’amélioration de leurs opérations futures et à toujours inscrire leur gouvernance dans le dialogue et la concertation pour un partenariat gagnant-gagnant. Il y va de leurs intérêts et de l’intérêt de toutes les parties prenantes de cette mine. Nous les invitons à faire confiance aux institutions Burkinabè, au peuple Burkinabè. Nous les invitons à prendre en charge dignement les familles et assurer l’avenir sans faille des orphelins laissés par nos 08 frères.

Pour terminer, nous lançons un vibrant appel, cette alerte au président du Faso, chef de l’Etat, au gouvernement en sollicitant leur mobilisation effective et immédiate pour trouver des solutions idoines pour ce qui est de leur responsabilité afin d’anticiper pour éviter un deuxième drame si cette mine venait à aller en chômage technique ou à fermer. L’Etat burkinabè étant actionnaire de cette mine, il a la légalité et la légitimité pour agir. Nous les invitions à encourager, à accompagner les investisseurs de la mine de Perkoa à poursuivre leurs efforts d’investissements dans le respect des règles régissant l’exploitation minière au Burkina Faso.

Cette mine est la seule mine de zinc en Afrique de l’Ouest et au-delà des retombées économiques, elle constitue une fierté nationale et fait partie de notre identité burkinabè. La mine de Perkoa doit se poursuivre et il faut impérativement œuvrer à aller au-delà de l’estimation de la vie de la mine actuelle car nous avons foi que Perkoa peut encore vivre pendant longtemps si tout est mis en œuvre pour prolonger la durée de vie de cette mine.

Réo, le 09 septembre 2022

Groupe d’action pour une mine Responsable/Section Sanguié

NB : Le groupe d’action pour une mine Responsable est une organisation communautaire. La Section Sanguié est composée de personnes issues des communautés riveraines de la mine, de travailleurs issus de la mine de Perkoa, de l’orpaillage, de travailleurs issus du public et du privé, de fournisseurs de la mine de Perkoa, d’adhérents issus des 10 communes de la province du Sanguié, d’associations de femmes, de jeunesses.

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