Actualités :: Gouvernement de la IVè République:Imminence d’un remaniement ministériel (...)

Un remaniement ministériel pour très bientôt ? La rumeur circule dans la ville de Ouagadougou et est amplifiée par la presse (notre confrère Sidwaya du mercredi 19 novembre 2003 et l’Observateur du vendredi 22 novembre 2003).

Elle n’est pas nouvelle ; elle court depuis le début de cette année 2003. Ce sont peut-être les conditions d’entrée au gouvernement qui risquent d’être légèrement modifiées à cause de la nouvelle donne politique créée par les rumeurs de " tentative présumée de coup d’Etat " déjouée par le pouvoir de Blaise Compaoré.

S’il devrait intervenir, c’est du reste une nécessité pour les besoins de la réélection du président du Faso en 2005, il faut craindre que celui-ci ne soit une porte ouverte à de nombreux règlements de comptes au sein de l’équipe gouvernementale. Ceux qu’on accuse à tort ou à raison d’intelligence avec l’ennemi " putschiste " pourront-ils de nouveau faire partie d’une équipe gouvernementale qui cherche les voies et moyens pour s’éterniser au pouvoir ?

Seuls Blaise Compaoré et le cercle restreint qui font et défont les ministres au Faso détiennent la réponse à cette question.
Des retouches légères ou profondes dans l’équipe gouvernementale dirigée depuis juin 2002 par le Premier ministre Paramanga Ernest Yonli, on n’en reparle depuis un certain temps. Elles étaient annoncées pour la rentrée gouvernementale en septembre dernier.

Mais dès la reprise, Blaise Compaoré a plutôt choisi de parcourir quatre continents sur les cinq que compte la planète terre avant de se retrouver dès le mois d’octobre dans la nasse d’une " tentative de putsch " étouffée dans l’œuf. L’enquête diligentée pour faire la lumière promettait de " ratisser large " mais qui, en définitive, n’a tenté d’impliquer que trois officiers supérieurs sans troupes et quelques sous-officiers, qui visiblement réclament beaucoup plus ce que le pouvoir leur doit pour les avoir utilisés dans de sales opérations qu’ils ne cherchent véritablement à prendre le pouvoir.

Tout cela a dû retarder le fameux remaniement qui devrait normalement voir certaines formations de l’opposition parmi les nouveaux convives du " programme pour un développement solidaire ". Le retard accusé dans la tenue de la promesse commence à inquiéter certains nouveaux élus qui piaffent d’impatience, non sans avoir au préalable distribué les promesses de maroquins à eux attribués (même de façon fictive).

Si le remodelage de l’équipe gouvernementale venait à voir le jour avant la fin de l’année (certains l’annoncent pour ce mois de décembre), ce serait certainement le dernier cap mis par Blaise Compaoré sur les échéances de 2005. Le dosage se veut minutieux et même savant. Il s’agit d’un cocktail Molotov pour anéantir les ambitions de l’opposition et permettre à Blaise Compaoré de sauter d’un septennat à un quinquennat. Contre vents et marrées.

Apocalypse " not now "

Ce remaniement était même prévu pour le début de cette année 2003. Il devait intervenir avant même " l’historique " congrès du CDP qui, lui était annoncé pour le début du mois de mars dernier. A cause des rivalités âpres et des crocs-en-jambe politiques qui ont fait jour dès l’annonce de ces assises, le chef suprême du parti, sentant venir le chaos, les a différées pour mieux cerner la situation au sein de sa propre formation. Le congrès se tiendra finalement pendant les congés gouvernementaux, les 1er, 2 et 3 août derniers sans avoir réussi à tenir toutes ses promesses. Tous les chamboulements annoncés n’ont pas été réalisés. Toutefois, le parti y est sorti grandi et affaibli en même temps.

Grandi pour avoir su contrer l’implosion qui se préparait en son sein et était perceptible à travers des déclarations incendiaires dans la presse de certains militants ou groupes de militants qui, certainement voulaient apporter des thérapeutiques " de choc " à ce qu’ils appelaient " le parti prend de l’eau un peu de partout ". Il fallait y mettre un holà et c’est Blaise en personne qui s’en est chargé. Après tout, c’est lui qui a créé sa chose et qui a voulu associer les autres. Sans autre forme de procès, Roch Marc Christian a été maintenu pour éviter l’apocalypse.

Le congrès est monté au filet

Affaibli, le parti au pouvoir l’est aussi au sortir de ce congrès. Les rivalités ne sont pas totalement dissipées ; le congrès n’a pas réhabilité certaines têtes pensantes et militantes de la première heure qui ont sombré depuis dans la disgrâce sans aucun espoir de remonter en surface. Le choix des commissaires régionaux fait au cours des assises, s’est plutôt porté sur d’autres personnes moins connues dans les régions par rapport aux anciens coordonnateurs, véritables gourous du régime pour certains, avec tout le risque que celles-ci ne puissent pas jouir de tout le charisme et l’aura de ceux qui assuraient la victoire de Blaise Compaoré lors des scrutins écoulés.

Enfin le congrès a frappé fort en extirpant des rangs du parti ceux qui, pendant les différentes consultations de ces dernières années, au lieu de travailler au succès de leur formation, ont plutôt œuvré à sa perte. Ainsi, 90 militants qui n’étaient plus en odeur de sainteté avec les bonzes du parti ont-ils été renvoyés sans autres formes de procès, avec tout le risque de les transformer tous en ennemis du CDP ; toute chose qui peut jouer sur le bon fonctionnement futur du parti eu égard au poids politiques de certaines personnes dans les régions.

Le CDP devrait faire violence sur lui-même

C’est un parti globalement en méforme qui est sorti des assises et qui cherche toujours ses marques. C’est ce qui justifie aussi en partie le retard accusé dans le calendrier du remaniement ministériel. Toutefois, il doit intervenir, préparation des élections oblige ! Pour d’une part, intégrer les nouveaux amis de l’opposition qui ont volontairement décidé de renoncer à la conquête du pouvoir pour soutenir le futur candidat du parti qui a toujours remporté les élections et d’autre part, procéder à un redéploiement sérieux pour aller aux élections de 2005.

Pour réussir le coup, Blaise Compaoré devrait déployer " le matériel de guerre ". Il s’agit de mettre sérieusement à contribution ceux qui structurent sa machine électorale. Il n’est pas du tout exclu qu’un gars comme Salif Diallo puisse être déchargé de certaines tâches pour se consacrer, comme il en a l’habitude, à la réussite électorale de 2005. D’autres certainement en feront autant.

En un mot, le parti au pouvoir qui a fait preuve de boulimie au sortir des élections législatives du 05 mai 2002 devrait faire violence sur lui-même en acceptant de libérer quelques places pour ceux qui arrivent. Une telle stratégie permettra de libérer juste le temps de la période préélectorale, quelques portefeuilles au sein du gouvernement afin de permettre de ratisser large au sein des nouveaux amis qui attendent au portillon . Dieu seul sait qu’ils doivent être nombreux.

Bagarre autour d’un poste ministériel

Les nouveaux amis sont les partis qui ont accepté de travailler à désarticuler une opposition burkinabé déjà en pleine désintégration. Depuis quatre mois, ils attendent les dividendes d’un travail bien accompli et qui normalement devait être conséquemment rémunéré. Pour certaines formations politiques, une promesse de quatre postes ministériels leur a été faite et même la répartition par région déjà terminée.

C’est ainsi qu’on a appris l’affectation d’un poste ministériel pour la région du Sud-Ouest qui crée pas mal de problèmes entre les militants de la province du Poni et ceux du Ioba. Des tiraillements auraient donc déjà commencé qui risquent d’aboutir aux mêmes résultats que ceux qui ont provoqué l’éclatement de leur formation originelle dans la région.

L’arrivée des nouveaux amis ne devraient pas provoquer le départ de certains anciens comme nous l’avions annoncé aux premiers instants de cette rumeur de remaniement ministériel. Le président Compaoré, dans ses calculs, n’est pas encore sûr de remporter haut les mains la prochaine présidentielle malgré l’arrivée du renfort. L’isolement sur le plan international joue beaucoup contre lui et l’amène à s’entourer de tous les soutiens possibles et négociables au niveau national. On risque dans ce cas de se retrouver dans la situation de 1991 où même tous les partis qui ne représentaient que l’ombre d’eux-mêmes étaient accueillis à bras ouverts au sein de la coalition qui soutenait la candidature de Blaise Compaoré.

Pour ce dernier, il s’agit de passer haut les mains au premier tour du scrutin présidentiel. Si jamais il y a un second tour, le miracle de 1978 risque de ne plus se reproduire. Pour plusieurs raisons : Blaise Compaoré n’est pas le général Lamizana ; le RDA n’est plus ce qu’il était à cette époque et Gilbert bien qu’étant le fils de son père -, n’est pas Gérard. Sans compter de nombreuses autres considérations qui militent fortement en défaveur du président du Faso telle que l’atmosphère sous régionale.

Liermè Somé
L’Indépendant

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