Actualités :: La gueguerre des Sankaristes
Me Sankara

Aux cotés des crises de l’ADF/RDA, au PDP/PS de Ki Zerbo ou encore du PAI, la déchirure entre sankaristes symbolise le mythe de Sisyphe : l’éternel recommencement. Alors qu’ils avaient tout pour s’unir, les sankaristes restent les plus divisés de la classe politique burkinabè.

La crise à l’UNIR/MS, le départ de Boniface Zango de la CPS, les tentatives du mouvement Retour en Famille (REF) et récemment la création de la Convergence de l’espoir de Jean-Hubert Bazié et la scission au sein de la CPS sont symptomatiques du grand malaise chez les sankaristes d’hier et d’aujourd’hui. Et toujours cette même interrogation : près de 17 ans après l’assassinat de leur mentor, dont ils réclament l’héritage politique, à quand la fin de la guéguerre ?

Des quatre chefs historiques de la révolution, il ne reste que Blaise Compaoré, actuel chef de l’Etat. Les héritiers politiques de Sankara sont aujourd’hui aussi bien dans le parti au pouvoir que dans l’opposition. La majeure partie de la classe politique actuelle a fait ses premières armes sous la révolution. Les aoûtistes ou camarades d’hier se répartissent en plusieurs groupes aujourd’hui. Il y a ceux qui ont créé des partis politiques pour, disent-ils "continuer l’œuvre du camarade Président", comme Ernest Nongma Ouédraogo, ancien ministre de la Sécurité qui créa en décembre 1990, le Bloc socialiste burkinabé (BSB).

Seront créés plus tard, le Parti de la démocratie sociale (PDS) de Valère Somé et le Groupe d’action démocratique (GAD) d’Amidou Diao qui ont fusionné quelques temps après pour créer le Parti de la démocratie sociale unifié (PDSU). Le premier créera plus tard son parti, la CDS et le second qui a rejoint l’UNIR/MS en sera suspendu avec Jean-Hubert Bazié.

Autre parti sankariste, resté quasi-inconnu, le Parti pour l’Unité nationale et le développement (PUND) de Boukari Kaboré, " le lion ", chef militaire craint sous la Révolution. Le Mouvement pour la tolérance et le progrès (MTP) de Nayabtigoungou Kaboré n’a pas fait long feu. Exclu du Front Sankariste (créé en novembre 1991 et mort-né, car miné par des dissensions), " Nayab " a pris ses cliques et ses claques rejoindre la mouvance présidentielle. Il fut ministre de l’Intégration régionale dans le gouvernement issu du Protocole de Novembre 2000.

Ces dernières années, d’autres partis verront le jour. Les plus représentatifs sont le Front des forces sociales (FFS) de Norbert Tiendrébéogo, et l’Union pour la renaissance/Mouvement sankariste (UNIR/MS) de l’avocat Bénéwendé Sankara, qui se réclament, contre vents et marées, de l’idéal sankariste. Il y a également eu la création de la Fondation Thomas Sankara et le Comité international justice pour Thomas Sankara (CIJTS) .

En août 1999, le BSB et le PDSU ont créé la Convention panafricaine sankariste (CPS) qui a siégé dans le gouvernement Yonli I avec deux portefeuilles. Ensuite, ceux qui se sont tus, comme le Pharmacien-Commandant Abdou Salam Kaboré et Pierre Ouédraogo (ex-patron des CDR), aujourd’hui fonctionnaire à la Francophonie. Et ceux, les plus nombreux, qui sont toujours dans le sérail du pouvoir. Après le 15 octobre, un premier lot est resté aux côtés de Blaise Compaoré. D’autres attendront plus tard. L’ODP/MT sera le creuset des premiers sankaristes restés fidèles à Blaise Compaoré, que rejoindront plus tard des transfuges d’autres partis, pour former le Congrès pour le Développement et le Progrès (CDP), l’actuel parti au pouvoir.

Lors des dernières législatives de mai 2002, les partis sankaristes ont fait pour la première fois leur entrée au Parlement, avec 7 élus, dont 3 issus de la CPS et 3 de l’UNIR/MS, et un de l’UDPI. Aux législatives 92 et 97, les sankaristes avaient mordu la poussière, de même qu’aux Municipales de 90, 95 et 2000.

Les prochaines consultations électorales leur offrent l’opportunité de réaliser leur unité, s’ils veulent engranger des résultats probants. La ligne de mire étant la présidentielle de 2005. Le véritable nœud gordien des partis et leaders sankaristes se trouve dans la personnalité même du leader assassiné.

Statufié dans sa tunique de héros national et de martyr, Sankara peut-il être remplacé ? A l’évidence, comme tout chef charismatique entré dans la légende, on ne remplace pas Thomas Sankara. On lui succède. Tout simplement.


Me Bénéwendé : Sankara : espoir déçu ?

Mais la révélation la plus significative reste l’Union pour la renaissance/mouvement Sankariste (UNIR/MS) du bouillant Bénéwendé Stanislas Sankara. Né en octobre 2000, l’Union pour la Renaissance/Mouvement Sankariste (UNIR/MS), le dernier-né des partis sankaristes, avait su capitaliser à son profit les attentes de l’électorat jeune et la désunion des anciens partis se réclamant de l’idéal sankariste.
Il avait un nom emblématique. Il s’est fait un prénom.
Stanislas Bénéwendé Sankara, avocat de formation, venu en politique comme on entre en religion, avait réussi, en l’espace de deux ans, à se draper dans un statut de rebelle et d’iconoclaste dans le landerneau politique burkinabè.

Avocat dans les plus gros dossiers judiciaires du Burkina (affaire Thomas Sankara, affaire David Ouédraogo et affaire Norbert Zongo), il dérange, titille, brocarde les tares d’un système politico-judiciaire qu’il abhorre et rêve de changer de fond en comble. La création de son parti et son élection au Parlement lui donnaient, enfin, une visibilité et une tribune pour défendre ses idées et rester fidèle à son mentor idéologique, Thomas Sankara, sur la tombe duquel, lui et les députés de son parti ont juré de continuer son combat politique.

Mais la récente crise du parti, avec la suspension de Jean-Hubert Bazié et Amidou Diao (qui occupaient des postes importants) et leurs griefs révélés dans la presse ont crée un désenchantement chez les militants sankaristes. "Eux aussi, ils veulent s’entredéchirer comme les autres !", confie ce jeune militant sankariste.Devenu bien vite un icône chez la jeunesse (accidentellement selon ses détracteurs), Me Sankara va-t-il se brûler les doigts ?

Tiégo Tiemtoré

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Crise à la CPS : Un "Sankarisme" par césarienne

La crise qui secouait la Convention panafricaine sankariste (CPS) a connu son premier épilogue le 20 juin par la tenue du congrès exécutif des dissidents. Ils se reconnaissent désormais sous la bannière du FDS (Front Démocratique Sankariste). Les initiateurs de ce nouveau parti n’ont pas été tendre envers leur ancien président, Nongma Ernest Ouédraogo, qui selon eux n’est pas loin d’être le bourreau du sankarisme. Pour le président de la nouvelle formation politique, Fidèle kientéga, le leader de la CPS. n’aurait d’autre vision que le recipissé du parti. Nongma ne respecterait pas les textes de la CPS.

La goutte d’eau qui a fait débordé le vase a été la suspension d’un des membres du secrétariat exécutif permanent, Harissou Sienou. Le député Fidel Toé, vice président du FDS, dans son discours à l’ouverture du congrès, explique leur démarches : "Notre parti naît aujourd’hui non pas d’un accouchement régulier, mais d’une césarienne douloureuse pour que l’enfant que nous portons en notre sein vive, grandisse et s’épanouisse. La césarienne est douloureuse certes et laisse des cicatrices, mais sans elle , l’enfant s’étouffe et meurt, et souvent avec lui, la mère."

Le FDS entend faire de l’unité des sankaristes l’un de ses objectifs : "Ce congrès est aussi l’occasion, espérons- nous fermement, de jeter les bases d’un rapprochement conséquent avec les partis frères sankaristes et ceux qui le sont dans l’âme, mais qui, par lassitude, se sont déclarés non portant pour le sankarisme". A la clôture du congrès, les leaders du partis sankaristes y étaient, sauf bien sûr, Nongma, et y ont même pris la parole, chaleureusement applaudis par les congressistes.

Le FDS affirme aussi son engagement dans le regroupement des partis de l’opposition dénommé Groupe des 15. Il s’inscrit dans la logique de la détermination par échelle des candidats consensuelles de l’opposition pour l’élection présidentielle de 2005. Selon un sympathisant du sankarisme, cette crise de la CPS augure des lendemains meilleurs car les mouvements porteurs des grands changements ont toujours connu des difficultés d’approches mais cela ne les empêchent pas de s’enraciner par la suiten

Merneptah Noufou Zougmoré
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