Actualités :: Tentative de coup d’Etat : Les sceptiques dans leurs petits souliers

Le procès des auteurs de la tentative de coup d’Etat a bel et bien lieu. Depuis mardi dernier, il a ouvert ses portes au palais de justice du tribunal militaire. Contre vents et marrés, contre les pessimistes et les rabats-joie de tout poil, l’Etat de droit n’en finit pas de gagner en crédibilité et d’être une réalité vivante au Burkina Faso.

Etape par étape, à son rythme, une démocratie émerge et s’efforce de poser chaque jour un jalon en plus. Si l’Etat de droit est une quête permanente, il y a tout lieu de croire que sa construction ne souffre d’aucun immobilisme au Burkina.

Lorsqu’en octobre 2003, le commissaire du gouvernement, Abdoulaye Barry informait l’opinion qu’un coup d’Etat en préparation a été éventé, que d’encre et de salive ont coulé à n’en plus soif.

L’opposition, les analystes et commentateurs, dans leur majorité en tout cas, ont d’emblée affiché une réserve et un scepticisme, forcément déplacés en pareilles circonstances. La première (l’opposition) a même poussé un peu trop le bouchon, en niant carrément son existence et en parlant avec légèreté de montage grossier.

Certainement qu’il est admis que certains puissent douter ; mais de là à remettre en cause la réalité des faits, le pas est excessivement grand pour le franchir avec autant d’aplomb et d’assurance.

Des politiques, on était en droit d’attendre qu’ils condamnent sans rémission cette tentative de remise en cause des institutions républicaines, au lieu d’ergoter sur les raisons ou les motivations d’aventuriers dont les desseins pourraient plonger notre pays dans un chaos irrémédiable.

En ignorant le principe intangible de la défense sans concession aucune de l’Etat de droit, les opposants ont avec imprudence déroulé le tapis aux illuminés, se croyant investis d’une mission suprême.

Responsabilité d’abord

La tentative de coup d’Etat aura au moins eu une vertu, celle de montrer que des politiques sous les tropiques confondent l’essentiel et l’accessoire.

La démocratie, il est vrai, a pour dynamique interne, la présence côte à côte d’une majorité qui gouverne et d’une minorité qui s’oppose. L’une sans l’autre renvoie purement et simplement à une monarchie qui ne dit pas son nom. Si l’opposition doit s’opposer, ceci s’entend d’abord sur la façon de gouverner et surtout sur les choix économiques et sociaux, toutes choses constituant l’essence de la politique.

En accordant peu de place à ces sujets cruciaux, il va sans dire que le débat politique contradictoire au Burkina finit par glisser sur la polémique stérile et sur les sujets événementiels qui font jaser les foules. Une telle déformation ne peut avoir comme conséquence que l’émotivité et la réactivité des acteurs politiques.

La démocratie a besoin pour se consolider de la capacité du politique à s’élever au-dessus de la mêlée. En feignant d’ignorer qu’il ne fallait pas marchander sur le coup d’Etat en gestation, les principes faisant de la responsabilité du politique une qualité inoxydable ont été ignorés. Or, la politique n’a de crédibilité qu’à conditions que le degré de responsabilité de ces acteurs soit à un certain niveau. Au vu de la polémique stérile ayant entouré cette affaire, ce n’est pas demain la veille.

Constamment à l’épreuve

Le tribunal militaire a sorti le grand jeu, poussé qu’il fut par tous les commentaires de nature à rendre le plus honnête des hommes de bonne volonté en pessimiste forcené.

Contraints chaque fois de relever des défis, la démocratie et l’Etat de droit ne peuvent qu’en faire trop. Les actes démonstratifs et ostentatoires sont dictés par la peinture sombre dont les politiques se plaisent à couvrir les situations les plus limpides.

Du début de l’instruction du dossier à l’ouverture du procès que de précautions, que d’exercices de funambule pour montrer patte blanche. La défiance permanente vis-à-vis des institutions, la méfiance maladive envers l’autre induisent des comportements aux antipodes.

La frilosité excessive d’un côté et le modèle de transparence de l’autre. Les affaires de l’Etat exigent pour leur traitement serein et équitable un juste milieu entre ces deux extrêmes et ce n’est certainement pas le fait de s’opposer sans nuance qui va arranger la situation.

Le procès a tellement voulu respecter le jeu de la transparence que la gravité des faits incriminés en ont pris un coup rude. L’ambiance bon enfant, les mines réjouies de certains inculpés ont par moments donné l’impression que ces gens-là ont voulu détrôner la petite boutique de commerce d’un quartier perdu de Ouagadougou.

Le juste milieu demeure donc le défi de la démocratie burkinabè. Les gens attendaient de voir pour croire et pour ce qui est de voir, ils ont vu, du moins sont-ils en train de voir. Peut-être bien qu’il faut passer par-là dans l’édification de l’Etat de droit et après tout pourquoi pas ?

Ce qui est sûr, l’opposition serait mieux inspirée à l’avenir de mesurer son ton et ses propos. La mesure est la première qualité du responsable, celui qui sait par son analyse sans complaisance mais sans excès éclairer et rassurer l’opinion. Vouloir être un jour aux affaires suppose d’abord de s’y préparer.

Souleymane KONE
L’Hebdo

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