Actualités :: Etat de la Nation : Discours laudateur du premier Ministre

Dès les premières paroles, le ton était donné. Ernest Paramanga YONLI était encore venu pour sacrifier à la tradition, pour justifier son rôle afin de mériter sa place dans le cœur de Blaise Compaoré. Cette " cuvée" de l’état de la Nation en 2003 était cependant particulière par rapport à la précédente, fortement influencée par le déclenchement de la crise en Côte d’Ivoire : discours plutôt suffisant, auto-glorificateur, volontairement truffé de chiffres laudateurs, qui ont fait dire à la Presse indépendante et aux élus de l’opposition que le Burkina de YONLI " qui avance, avance, ne recule pas et ne reculera jamais " n’est manifestement pas celui de tout le monde !

LE PREMIER MINISTRE SE CHATOUILLE POUR SE FAIRE RIRE

Paramanga Ernest YONLI dira que les droits de l’homme sont bien respectés chez nous, que la presse plurielle est d’autant plus un objet de fierté qu’elle a su rester responsable. Pour lui, la démocratie n’est pas un vain mot car le pilier sur lequel elle repose, la séparation des pouvoirs, est totalement respecté. Il affirme qu’il n’y a pas d’immixtion d’un pouvoir dans le champ de compétence de l’autre et que la justice a subi une réforme exemplaire qui lui restitue son indépendance. Mais la démocratie, d’après le premier Ministre, il ne faut pas s’y tromper, ne fonctionne pas seulement au plan national, elle est décentralisée : en témoignent ces deux merveilleux échelons que sont la région et la commune, autour desquels se construit avec succès l’entreprise de décentralisation.

Ce n’est pas seulement dans la réforme de l’Etat que les choses sont faites dans les règles de l’art pour donner toute sa valeur à la bonne gouvernance ; au niveau international, sous la conduite éclairée et ferme du Président du Faso, le Burkina Faso a fait entendre positivement sa voix et apporté une contribution appréciable au règlement de certaines crises. La paix, pour tout dire, c’est l’affaire du pouvoir et c’est ainsi qu’il s’investit sans ménagement, pour aider au rétablissement de la paix en Côte d’Ivoire.

Sans permettre aux députés de reprendre leur souffle, le premier Ministre a enchaîné sur le plan économique et là, on a eu droit à une cascade de chiffres à vous donner le vertige, des chiffres pour nous montrer que malgré la crise qui frappait la Côte d’Ivoire et la sous-région, nous avons flirté avec un taux de croissance de 6,5%. L’agriculture, grâce à la pluviométrie, a accompli des prouesses et les greniers sont pleins à ras bord ; mais dans cette performance, il y a eu aussi le génie des méthodes incitatives du gouvernement.

A entendre le chef du gouvernement en effet, tout baigne au pays des hommes intègres, l’augmentation du PIB, la maîtrise de l’inflation, un taux de scolarisation au primaire qui a atteint 52% en 2003 contre 47% en 2002, soit un bond de 5 points en une année, un meilleur taux de recouvrement des recettes, des efforts accrus pour lutter contre l’insécurité (le gouvernement vient d’allouer au ministère en charge de la sécurité une enveloppe supplémentaire de 2,5 milliards de f.cfa)... , tout cela au bénéfice de l’édification d’une " république unie et solidaire " que le premier Ministre estime bel et bien en marche et " qui ne reculera jamais ".
Au Burkina Faso, dira Paramanga YONLI, des mesures significatives ont été prises pour soutenir l’emploi. La solidarité a trouvé à s’exprimer en mobilisant 100 millions de Francs pour l’Action Sociale et des sommes plus importantes pour notre équipe nationale qui allait nous représenter à la CAN à Tunis.

ERNEST PARAMANGA YONLI, RAPPELE PAR LA REALITE

Voilà en gros les propos, surréalistes à bien des égards, qui ont été servis en guise de discours sur l’état de la nation. Un speech qui a comme on dit " damé " sur les multiples ferments du mal-vivre actuel des Burkinabé : la perversion du processus d’institutionnalisation de la démocratie, en raison du refus de laisser jouer les règles de la libre concurrence politique, à cause de la confusion entretenue et de la monopolisation des pouvoirs par l’Exécutif, en raison d’un hold-up projeté sur les mécanismes de protection de la transparence (CENI..) et de la déstabilisation, au vu de tous, des partis politiques d’opposition…

Non content de plomber ainsi la démocratie, le pouvoir s’active pour revenir sur les quelques mesures concédées au lendemain du drame de Sapouy : rétablissement de la limitation du mandat présidentiel à deux termes, code électoral démocratique…

Le tableau brossé par le premier Ministre est si diamétralement opposé à la réalité du commun des burkinabé que cela inspire à la limite, du dépit. Exalter les efforts de paix du gouvernement alors que, contrairement à la Constitution et aux accords internationaux, le pouvoir a apporté son appui à des rebelles pour qu’ils envahissent la Côte d’Ivoire le 19 Septembre 2002, confine au cynisme. L’insécurité et la criminalité qui se généralisent tel un cancer dans le pays, trouvent en grande partie leur explication dans ces relations coupables avec des chiens de guerre qui ont fait du Burkina une place forte du mercenariat.

L’appréciation de l’état de la presse par le premier Ministre est loin de refléter la réalité surtout en ce qui concerne les médias d’Etat où, là, on a droit au quotidien à une vision panégyrique des actions du pouvoir et à une image peu positive, pour ne pas dire plus, de l’opposition, perpétuellement présentée comme une " chose " désespérément infantile, minée par des divisions, incapable de se régénérer.

La décentralisation tant vantée, on oublie que c’est une coquille quasi vide, sans transferts réels de compétences, de ressources, avec des organes non représentatifs et élus comme cela se devrait. Au plan économique et social, la situation est loin d’être reluisante et, comme le dit l’Observateur Paalga n° 6119 du 9 Avril, " les populations sont toujours dans l’attente d’une traduction concrète de ces performances dans leur vécu quotidien ".

Il n’est que de lire le cri du cœur de Mr Arzouma Marcel Sawadogo dans le Pays n° 3102 du 9 avril pour savoir ce que le peuple " d’en bas " ressent à propos des gens du pouvoir : " … le sens du pardon, ils l’ignorent, ils le méconnaissent et tout reste en l’état voire s’empire. Dites-leur là haut là bas que nous ne sommes pas du tout bien ici en bas… Nous, au nom desquels les accords de prêts à propos desquels si nous avons une certitude et une seule, c’est que c’est nous qui les rembourserons et après nous, nos enfants, petits-enfants…Dites-leur là haut là-bas, dans leur ’paradis d’impunité’ que nous sommes pas bien ici bas comme on n’est pas bien en enfer… ".

L’OPPOSITION S’INSCRIT EN FAUX

L’opposition en tout cas, n’a pas voulu laisser passer les choses sans ramener le premier Ministre sur terre.
Et les députés de l’Opposition de constater que sous le gouvernement Paramanga II, la pauvreté s’est aggravée, le chômage a augmenté, la criminalité et l’insécurité se sont généralisées, la fraude et la corruption ont été institutionnalisées…. Ce qui mériterait plutôt une démission !

Et des députés de l’Opposition et même certains de la Majorité, qui savent qui ils représentent véritablement à l’Assemblée Nationale, de constater que ces excédents céréaliers qui font la fierté du gouvernement commencent à peser sur l’enthousiasme des paysans, au point de faire douter les plus optimistes partisans de la sécurité alimentaire de l’existence, en dehors des shows politico-médiatiques, d’une véritable politique agricole au Burkina ; au point de faire craindre par tous les retours de manivelle au cours des campagnes agricoles à venir, sur les paysans désabusés.

Et des députés de la l’opposition et même certains de la Majorité de dénoncer les déséquilibres et les disparités régionaux croissants dans la répartition des projets et des investissements en matière d’appui à l’agriculture, de gestion des ressources naturelles, d’hydraulique et d’infrastructures : pendant que certaines régions n’ont plus connu de nouveau projet gouvernemental depuis plus de 5 ans, d’autres ploient sous la diversité et le nombre des projets.
Et les députés de la Majorité et même certains de l’Opposition de dénoncer la remise en cause unilatérale des consensus sur les règles du jeu électoral convenus en 2001 sous la pression de l’opinion, consécutivement à l’assassinat de Norbert ZONGO.

Si fait que Monsieur le Premier Ministre a perdu son sang froid à la reprise et ne s’est pas gêné d’asséner avec arrogance et suffisance, mais surtout avec cette fébrilité d’étudiant militant que, lui, " il représente l’imposante majorité dont il jouit du reste du soutien comme on a pu l’entendre dans l’hémicycle, tandis que ces députés aigris de l’opposition ne représentent que cette minorité, cette opinion hyper-minoritaire (sic) " bonne à débiter des aigreurs. Donc, il ne saurait démissionner ! On comprend pourquoi dans ses réponses, il a éludé toutes les questions embarrassantes.

On croyait que près de quatre ans à la tête du gouvernement lui avaient donné un peu plus de… hauteur et de bouteille ! Que nenni . C’est que, comme aurait pu dire Brel, chez ces gens-là, on ne prend pas de la hauteur, on s’impose !

Victory Toussaint
San Finna

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