Actualités :: Tentative présumée de putsch : "Ce que j’ai vu et entendu à la (...)

Une délégation du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a rendu visite aux 16 présumés putschistes détenus à la gendarmerie.

Le président du MBDHP, Halidou Ouédraogo, qui conduisait cette délégation, évoque dans le présent entretien qu’il a accordé à l’Observateur ce qu’il a vu et entendu lors des échanges, non seulement avec le juge d’instruction, mais surtout avec les détenus. Conditions de détention, bouffe, moral...
Enfin, Halidou Ouédraogo, sur cette affaire, ne démord pas, lui demeure un disciple de Pyrrhon d’Elée (1).

Vous avez rendu visite le 3 novembre dernier aux présumés putschistes détenus à la gendarmerie. Quelle est l’impression générale que vous retenez de cette visite ?

• Effectivement, le 3 novembre, nous avons, dans le cadre d’une délégation du MBDHP, rendu visite aux présumés comploteurs. Nous avons d’emblée noté avec satisfaction la disponibilité du juge d’instruction et du commissaire du gouvernement près de son cabinet. Nous avons pris des informations sur le dossier et aussi sur les conditions de détention. Au total, il nous a dit qu’il a commencé l’instruction. Il était en train d’appeler les avocats pour les impliquer plus intimement pour ceux qui avaient pris des avocats et continuer d’investiguer pour les autres qui n’avaient pas encore de conseils.

Il a entendu les détenus au moins une fois chacun et en plus de cela, il leur a rendu visite pour échanger avec eux. Il envisageait des mesures beaucoup plus souples au fur et à mesure qu’il avancerait dans le dossier. Tout de suite, il nous a autorisé sur notre demande à rendre visite aux détenus. Ce que nous avons fait après avoir quitté son cabinet. Arrivé, ils (les présumés putschistes, NDLR) nous ont dit en gros ceci : "Ça va".

Certains ont dit que "Ça va relativement", quelques-uns ont dit qu’ils étaient malades, et qu’ils avaient reçu des soins : cas de paludisme, de constipation, sauf le lieutenant Minoungou, qui était admis à l’infirmerie du camp. Il y a une ou deux personnes qui suivent des régimes notamment le pasteur Paré Israël. Sa famille est autorisée à lui faire ses repas et à les lui amener.
Dans l’ensemble, nous avons eu l’impression selon leurs dires qu’ils étaient détenus dans des conditions acceptables. Nous avons vu un à un les 16 détenus et avons échangé avec chacun. Notre délégation était accompagnée du lieutenant Natama et du chef de corps, le commandant Somé, qui était chargé d’organiser leur détention.

Mais comme il s’agit de prison, nous ne pouvons pas aller plus loin. Et l’honnêteté recommande de dire que nous sommes ressorti de cette visite, avec l’impression que les conditions de détention sont acceptables ; il y a des douches, des toilettes, mais ils sont gardés et là-dessus nous sommes intervenus pour que des mesures soient prises pour assouplir cela.

Quel est l’état d’esprit, le moral de ces détenus d’un genre particulier ?

• Ils nous ont dit qu’ils avaient le moral et pour des détenus, on ne peut pas demander mieux. Nous leur avons souhaité courage et nous leur avons surtout posé des questions au sujet de leur état de santé, de l’alimentation, de l’isolement... Sur ce dernier point, le juge d’instruction nous a rassurés qu’au fur et à mesure que le dossier avancera ; il prendrait des mesures soit de regroupement, soit de mise en contact des familles avec eux.
L’autre aspect est la question de l’intendance dans certaines familles : certains ont été pris le 1er octobre, d’autres après, et n’ont plus revu leur famille.

Ils ont donc souhaité les voir, qui pour régler des questions de scolarisation des enfants, qui, des besoins alimentaires... Là-dessus aussi, le juge d’instruction nous a rassurés qu’il verrait comment régler ces différents problèmes. Je relativise mes propos et au-delà de tout cela, je pense que si toutes ces mesures sont prises, l’instruction pourra se faire dans de bonnes conditions.

Vous avez laissé entendre sur RFI qu’ils mangeaient bien. Avez-vous partagé leur repas ou est-ce les intéressés qui vous l’ont dit ?

• Là aussi il faut nuancer. Certains disent que les repas sont copieux, mais la qualité n’est pas bonne. Nous avons assisté à l’arrivée du repas, et je peux témoigner que de ce côté, il n’y a pas grand problème.

Les conditions de détention sont donc bonnes comme l’a laissé entendre le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire.

• Oui, mais même si c’est dans des chambres dorées, c’est la prison. Chacun des détenus habite une chambre individuelle, à l’intérieur de laquelle il y a une douche, mais les W.-C. sont dehors, ce qui leur permet de sortir et venir. Mais il y a des chambres qui contiennent tout cela (douche + W.-C.), ce qui est différent des maisons d’arrêt. Car ces chambres où ils sont accueillent des militaires, lorsqu’ils sont de passage à Ouagadougou, pour des cérémonies ou leur instruction.

Ayant vu également l’intérieur de ces cellules, pensez-vous que matériellement on peut s’y pendre, comme l’aurait fait le sergent Moussa Kaboré ?

• Les conditions du détenu peuvent le pousser à supprimer sa vie. En tant que magistrat ayant exercé, j’ai dû souvent prendre des mesures pour éviter certaines choses. Mais je ne pourrais pas dire si le sergent Moussa Kaboré s’est pendu ou a été pendu. Nous avons vu la chambre qu’il habitait. Elle est identique aux autres. A part les toilettes, il y a les tringles des rideaux. Il a été dit qu’il s’est servi des pointes de ce rideau pour se donner la mort... Je n’ai pas de commentaire sur cela.

Parlons du cas Norbert Tiendrébéogo, président du FFS. Que retenez-vous de vos échanges avec lui ?

• Il a souligné son isolement, car depuis qu’il a été interpellé, il n’a plus été en contact avec sa famille.
Ensuite, il nous a dit qu’il était en bonne santé.
Le troisième point est qu’il nous a dit que ceux qui étaient chargés de sa garde lui ont fait savoir que s’il voulait quelque chose de particulier, il pouvait l’avoir moyennant de l’argent. Ce sont de petits faits assez importants. Mais j’ai trouvé en face de moi un individu qui attend un jugement. Je ne peux pas faire de l’introspection, mais il a le moral.

A votre avis, pourquoi le juge d’instruction, le commandant Francis Somda, ne délivrerait-il pas un mandat dépôt contre les détenus pour entrer dans la légalité et permettre aussi aux familles de voir leurs parents ?

• Le juge d’instruction est aujourd’hui dans la légalité. C’est vrai que les délais de garde à vue n’ont pas été respectés. On a outrepassé cela de plus d’une dizaine de jours, et le magistrat que je suis continue de dire que ça peut être cause de nullité de la procédure. Mais depuis que le ministre de la Défense a donné mandat d’instruire, il a délivré des mandats de dépôt qui le mettent en conformité avec les actes qu’ils posent. De ce point de vue, il reviendra aux avocats et personnes détenues de faire valoir leur droit dans le cadre de la procédure qui est ainsi ouverte. Je reste cependant sur ma position, à savoir que le magistrat quel que soit sa nature, militaire ou civil, doit respecter les délais de garde à vue. Cela est impératif. Que ce soit 72h avec 48h renouvelables ou 15 jours comme c’est le cas devant un tribunal militaire en cas de guerre.

Vous avez récemment déclaré sur la BBC "qu’il faut que les autorités se départissent de ce genre de canular". Maintenez-vous ces propos après avoir rendu visite aux présumés putschistes ?

• Je reste sur mon scepticisme, même si je nuance mon terme "canular". Parce qu’il y a un double sentiment que je dirais subjectif : je suis un homme qui s’est battu contre des accusations de ce genre et au moins à trois reprises. On ne peut pas ne pas être sceptique devant une telle situation, car toutes sont les mêmes. Ensuite, je note l’effort d’information que tentent de faire les autorités.
A l’issue de notre visite, j’ai dit que nous souhaitions qu’on accélère la procédure d’instruction et je suis presque sûr qu’à la fin de cette instruction, il devrait y avoir des changements.

Des personnes devraient être libérées, et d’autres ne le seront pas, ce serait autre chose. Je le dis d’autant plus qu’on nous a dit dans le cadre des contacts que des personnes étaient au courant du coup d’Etat et ne l’ont pas dit. Ce n’est pas une faute. Car le lieutenant Minoungou est celui-là même qui a dénoncé le coup, mais il est à la gendarmerie. Et si un militaire ne peut pas résister à ce genre de dénonciation, les civils le sont encore moins. Ce sont toutes ces choses qui étayent mon scepticisme et j’attends que des preuves soient données et n’en déplaise, c’est dans l’intérêt des citoyens, car tout citoyen peut se trouver dans ce genre de situation.

Interview réalisée par Dieudonné Zoungrana
L’Observateur

(1) Pyrrhon d’Elée : Philosophe de l’antiquité, père du scepticisme, qui disait que face à une situation peu claire, il faut demeurer sceptique et se départir surtout de tout dogmatisme.

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