Actualités :: L’opposition burkinabè enfin en ordre de bataille

Ce vendredi 2 avril 2004, dans la salle de conférence de la CGP, l’histoire de la jeune démocratie burkinabé a sans doute inscrit l’une de ses pages les plus significatives. L’opposition burkinabé, tant martyrisée par le pouvoir, tant décriée, tant vilipendée pour ses mésententes légendaires, s’est enfin retrouvée dans le cadre de Journées de réflexion, autour d’un thème on ne peut plus révélateur : "Stratégie commune pour les scrutins de 2005 et 2007."

Si de par le passé, cette opposition a connu maintes tentatives de coordination de ses actions, à travers notamment la CFD, le G-14, la COB, etc. , c’est par contre la première fois qu’elle s’inscrit dans une définition d’objectifs concrets et réalisables en vue de provoquer l’alternance en 2005.

Même si les observateurs de la vie politique burkinabé avaient pu noter depuis un certain temps une recherche de cohésion de la part de l’opposition, il faut dire que c’est le Mémorandum sur l’application de l’article 37 pour la présidentielle de 2005, signé le 23 février dernier, qui a servi de catalyseur à sa dynamique unitaire. Comme l’a rappelé Issa Tiendrébéogo, le coordonnateur de ces journées de réflexion lors de son allocution d’ouverture, les partis d’opposition dans leur mémorandum se sont engagés "à combattre par les moyens constitutionnels et légaux toute candidature éventuelle de monsieur Blaise Compaoré, pour des raisons morales, d’éthique, politiques, historiques et juridiques…Ils s’engagent à proposer au peuple burkinabé "une alternance véritable pour sortir de la misère, de l’incertitude permanente de la peur du lendemain".

La solennité de l’engagement induisait nécessairement pour les leaders de l’opposition, des actions susceptibles de crédibiliser leur démarche aux yeux de l’opinion publique nationale et internationale. C’est ce qui a justifié l’organisation de ces journées de réflexion.

Comme entrée en matière, les participants (5 pour chacun des partis présents) ont eu droit à deux communications introductives présentées par le professeur Abu Saïd Coulibaly, docteur en droit et enseignant à l’université de Ouagadougou, portant l’une sur les expériences en matière d’alternance, et l’autre sur les conditions d’une alternance en 2005 au Burkina Faso.

A une période où les intellectuels et autres élites du pays n’aiment guère à s’engager du " mauvais côté " (c’est-à-dire du côté de l’opposition), il faut au passage saluer le courage du professeur Coulibaly, qui ne s’est guère embarrassé de la langue de bois pour ses communications.

Tous les facteurs qui empêchent l’alternance ont été décortiqués : l’armée politisée, dominée par un clan familial, des amis, et doublée de structures officieuses ;
l’administration inféodée, faisant des haut-commissaires, des préfets, etc, les porte-voix du parti présidentiel ;
le combat contre la propagande du jour qui tend à faire croire que Blaise Compaoré a tellement de moyens, qu’il a tellement duré au pouvoir, qu’il n’y a pas de personnalité capable de réunir un consensus et de le mettre en difficulté ;
le silence ou la compromission des partenaires qui interviennent sélectivement pour redresser la gouvernance selon que leurs intérêts sont menacés ou protégés ;
la nécessité d’une sensibilisation des populations sur le chantage à la pauvreté, qui corrompt le corps électoral en transformant les citoyens en bétail électoral ;
les structures de contrôle de la transparence démocratique (CSI, CENI) dans lesquelles existe une sur-représentation du pouvoir et qui avec le temps ont subi de telles mutations qu’il convient de les repenser, repenser de fond en comble car on ne saurait admettre plus longtemps cette caution de l’iniquité par des structures qui, par leur nature et leurs attributions, sont justement censées incarner l’équité. Il faut d’ailleurs craindre que les positions ne se durcissent sur le sujet.

La problématique de l’article 37 a également été évoquée. Pour le conférencier comme pour les différents intervenants, elle doit être résolue par une mobilisation de l’opposition et par une sensibilisation des citoyens. Il appartient ainsi selon lui à l’opposition de créer des rapports de force qui convainquent et les partenaires et l’opinion de la nécessité de limiter le mandat et d’en faire respecter la limitation conformément au consensus constitutionnel.

Quant à son interprétation par le Conseil constitutionnel, comme le demandent certains hommes et organisations politiques, il faudrait s’en défier comme de la peste, car compte tenu des rapports de dépendance politiques et personnels entre les membres de ce Conseil et le président du Faso, il y a suspicion légitime vis-à-vis du Conseil.

Autre aspect important à relever, l’idée d’un cadeau d’amnistie pour encourager les chefs d’Etat à partir. Cela ne pourrait être éventuellement envisagé que de manière sélective et discriminée. Pour que cette proposition, qui a été un temps soutenue par Alpha Condé qui a suivi les traces d’Hermann Yaméogo, encore faudrait-il que les Chefs d’Etat qui s’y intéressent actionnent les mécanismes de dialogue à cet effet.

Les travaux se sont poursuivis l’après midi du 2 avril à huis clos ainsi que le lendemain 3 avril.

La cérémonie de clôture a été ponctuée par la lecture de plusieurs déclarations, motions et recommandations. Il y eut en particulier un appel à l’unité d’action lancé en direction des partis d’opposition non encore signataires du Mémorandum du 23 Février sur l’opposition à la candidature inconstitutionnelle du président sortant, un autre à l’unité d’action avec la société civile, une motion de rejet de la révision du code électoral et une résolution sur la mise en œuvre d’une stratégie commune de l’opposition pour les scrutins présidentiel et locaux en 2005.

Durant la tenue de ces journées de réflexion, on a pu noter une bonne impression de cohésion des partis présents. Même s’il ne faut pas nier qu’il subsiste quelques difficultés à aplanir en son sein, on a senti nettement que jamais l’opposition burkinabé n’a été aussi proche et cohérente. C’est sans doute cette bonne impression qu’a voulu souligner monsieur Issa Tiendrébéogo qui, dans son allocution de clôture, a souligné que c’est " dans un esprit de responsabilité, de franchise, de courtoisie " que les partis d’opposition ont " abouti de façon consensuelle à la définition et à l’élaboration d’une stratégie commune ". Stratégie dont nous vous proposons la teneur dans le communiqué de presse des partis signataires.

Lamine Koné

COMMUNIQUE DE PRESSE

Les vendredi 2 et samedi 3 avril, se sont tenues à Ouagadougou des Journées de réflexion des partis et organisations politiques de l’Opposition signataires ou adhérents au Mémorandum sur l’application de l’article 37 de la Constitution pour les élections présidentielles de 2005 du 23 février 2004. Ces journées de réflexion qui font suite à la publication du mémorandum ci-dessus cité devaient permettre aux partis et organisations politiques de l’opposition de :

1. Réaffirmer leur position en ce qui concerne l’interprétation de l’article 37 de la Constitution du 2 juin 1991 et son application aux prochaines élections présidentielles de 2005 ;

2.Echanger sur la question des candidatures convergentes de l’opposition pour les élections locales et présidentielles à venir ;

3.Discuter des stratégies à élaborer et à mettre en œuvre en vue d’imposer un scrutin transparent au cours des élections de 2005 et des années suivantes.
La rencontre, intentionnellement restreinte, a connu la participation effective des organisations politiques suivantes, représentées chacune par cinq délégués au maximum :
* La Convergence pour la Démocratie Sociale (CDS)
* La Convention Panafricaine Sankariste (CPS)
*Le Front des Forces Sociales (FFS)
* Le Front Patriotique pour le Changement (FPC) ;
* Le Groupe des Démocrates Progressistes (GPD) ;
*Le Mouvement pour la Démocratie et la Renaissance (MDR)
*L’Opposition Burkinabé Unie (OBU) ;
*Le Parti Africain de l’Indépendance (PAI) ;
*Le Parti des Forces Indépendantes pour le développement (PFID) ;
* Le Parti pour la Démocratie et le Socialisme (PDS) ;
* Le Parti pour la Démocratie et le progrès/parti Socialiste (PDP/PS) ;
* Le Rassemblement des Ecologistes du Burkina (RDEB) ;
*L’Union des Démocrates et Progressistes Indépendants (UDPI) ;
* L’Union Nationale pour la Démocratie et le Développement (UNDD) ;
* L’Union pour la Renaissance /Mouvement Sankariste (UNIR/MS) .

Après la cérémonie d’ouverture ponctuée du discours d’ouverture du Coordonnateur des journées, les participants ont assisté à une conférence ouverte sur les expériences d’alternance en Afrique et les conditions pour une transparence des élections de 2005, prononcée par le Professeur COULIBALY de l’UFR/ Sciences Juridiques et Politiques de l’Université de Ouagadougou.

Cette conférence, d’un très haut niveau ainsi que les débats qui ont suivi, ont permis aux participants :
a.) D’examiner les expériences d’alternance démocratique réussies en Afrique entre 1960 et 2003, les conditions dans lesquelles elles ont été rendues possibles pour l’oppositions ainsi que la façon dont l’opposition arrivée au pouvoir a su asseoir l’alternance. Les exemples allant de la Haute-Volta au Sénégal, du Bénin au Mali, du Ghana au Kenya ou à la Zambie ont permis d’illustrer de fort belle manière le fait que des oppositions africaines, parfois très diverses, ont su vaincre de puissantes machines à gérer des pouvoirs personnels et à vie et restaurer ainsi la démocratie dans leurs pays ;

b.) De discuter des exigences minimales pour assurer la transparence du scrutin de 2005 et des stratégies que les partis d’opposition se doivent d’adopter pour ce faire.

Les travaux se sont ensuite poursuivis à huis clos et ont été marqués successivement par :

1.) Les déclarations individuelles des partis et organisations politiques en relation avec les objectifs des journées de réflexion.

Ainsi, l’ensemble des partis et organisations politiques représentés ont affirmé leur analyse de la situation de la démocratie dans notre pays, marquée par une tendance nette à la monarchisation de la gestion de l’Etat et à l’installation insidieuse d’un pouvoir personnel au profit de Blaise Compaoré, par l’accélération de la pauvreté pour la majorité du peuple burkinabé au même moment que se généralisent la corruption et l’enrichissement fulgurant, illicite et sans cause de quelques familles régnantes.

Ils ont réaffirmé leur position contenue dans le mémorandum du 23 Février 2004 en ce qui concerne l’interprétation de l’article 37 de la Constitution ; ils ont enfin souligné avec force le caractère illégitime, malpropre et inacceptable d’une troisième candidature éventuelle de Blaise Compaoré aux élections présidentielles de 2005, parce qu’elle serait celle imposée par des tripatouillages successifs et des violations multiples de la Constitution dont notre Peuple s’est doté le 2 juin 1991 et ce, dans l’optique de se tailler un pouvoir à vie dans un pays traditionnellement, attaché à l’alternance.

2.) L’examen suivi de débats du document de travail pour une stratégie commune en prévision des scrutins locaux et présidentiel de 2005.
Dans ce cadre et en même temps que les participants ont amendé et amélioré les propositions contenues dans le document de travail, ils se sont accordés sur le fait que l’idéal pour l’opposition Burkinabé sera d’aboutir à une candidature unique pour les présidentielles de 2005.

Cependant, tenant compte du contexte actuel et de la connaissance du terrain, ils sont convenus d’une démarche progressive d’identification des candidats par regroupement, limités au départ à trois, tout en maintenant la démarche unitaire de concertation en vue de rendre les candidatures convergentes et de finaliser une stratégie politique et électorale commune.

Dans ce sens, des commissions de travail ont été chargées de finaliser à brève échéance (i) le contenu d’une plate-forme alternative commune, (ii) le code de bonne conduite entre les candidats de l’Opposition et (iii) les stratégies et actions communes en vue de garantir la transparence des scrutins de 2005.

3.) Les motions, recommandations et résolutions

Une motion a été adoptée, rejetant fermement la tentative de révision unilatérale du code électoral par le Groupe parlementaire CDP et appelant leurs militants et les élus de l’Opposition à la mobilisation ainsi que la CENI à la vigilance.

Les participants ont en outre pris la résolution de mettre en œuvre les dispositions du document de stratégie commune adoptés lors des présentes journées de réflexion.

Ils ont enfin lancé deux appels, l’un aux partis politiques de l’opposition véritable et l’autre aux organisations démocratiques de la Société Civile, en vue de constituer un front républicain pour la réalisation de l’alternance démocratique.

Fait à Ouagadougou, le 3 avril 2004
Ont signé : les Partis et Organisations politiques participants.

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