Actualités :: Bado Laurent, député : "Je suis allé en politique pour que mon tercérisme soit (...)

L’air du temps au Burkina Faso est aux réformes politiques et institutionnelles. Réforme de l’Etat, décentralisation, couverture sociale des travailleurs..., autant de questions en "débat" et par rapport auxquelles les attentes sociales sont très fortes.

Sur toutes ces questions et bien d’autres sujets , nous avons approché le député Laurent Bado, juriste-administrativiste bien connu, pour qu’il nous donne son entendement. Un entretien détonnant , bien dans le style de l’homme.

Laurent Bado, député

On est passé de la modernisation de l’administration à la réforme de l’Etat sans arriver encore à aborder les dysfonctionnements tant décriés. Quel contenu donnez-vous à cette réforme de l’Etat, capable de guérir notre administration de tous ses maux ?

La modernisation visait à rendre l’appareil administratif d’Etat plus fexible, plus productif, plus motivant et moins coûteux. L’accent était alors mis sur les structures , les méthodes et procédures, les ressources humaines et matérielles, etc. La réforme de l’Etat est plus globale, plus systémique : elle englobe l’environnement de l’Etat, développeur pour éviter une cassure entre consensus social et consensus politique et pour amener les citoyens à ne pas voir le processus de développement à la charge de l’Etat comme une construction de l’extérieur.

La persistance des dysfonctionnements tient à une mentalité secrétée par la Révolution d’Août : l’Etat est accaparé par les agents du pouvoir comme il l’était par les CDR et les CR. Du coup, il n’ y a plus de rationalisation structurelle, le gigantisme gouvernemental, (une trentaine de ministères contre la moitié aux Etats-Unis d’Amérique !) pour placer des amis politiques entraîne les duplications fonctionnelles ; plus de sens de la hiérarchie et de l’Etat de droit, plus de respect de la chose politique, plus de compétence et plus, plus , plus... Il faut donc opter pour une spécialisation ministérielle horizontale et non verticale, rétablir l’autorité de la loi au sens large , le sens de la hiérarchie et le respect de la déontologie de la Fonction publique.

Quels sont, selon vous, les maux qui minent notre Fonction publique ?

Ils sont connus du public ! Entre autres, le laxisme, l’absentéisme, la corruption , la favoritisme, le clientélisme, la paresse et la gabégie.

Il faut rétablir la Fonction publique de carrière en l’aménageant ; différer la titularisation de dix (10) ans correspondant à l’engagement décennal pour s’assurer du sens du service public, du dévouement ou du désintéressement de l’agent, cette titularisation se faisant sur dossier (moyenne des notes des 10 dernières années, observations des supérieurs hiérarchiques, sanctions infligées, etc.) examiné par une Commission indépendante ; il faut une notation reposant sur des bulletins de notation contenant des éléments d’appréciation renfermant des critères assumés concrètement (direction, conception, application, exécution soit 4 bulletins de note différents !) l’appréciation étant faite par le chef de service, la note par le directeur, l’arbitrage par le directeur général, ainsi de suite. Il faut un unique conseil de discipline, placé auprès du Premier ministre, engageant la procédure disciplinaire sur plainte des usagers (après investigation), sur saisine du supérieur hiérarchique , (ministre ou président d’institution) ; ou des structures de contrôle (IGE) entre autres.

Quel regard portez-vous sur notre système de sécurité sociale ?

Un pays pauvre, avec beaucoup de chômeurs, a forcément des difficultés pour assurer la couverture sociale des populations. Pour le salarié privé, il reste à faire respecter strictement le code du travail : recrutement sur contrat, immatriculation à la Caisse de sécurité sociale, virement des cotisations, paiement des salaires à intervalles réguliers , paiement sur bulletin de salaire, etc. Pour les fonctionnaires, il y a plus de garanties mais à condition, dans le cadre du système de répartition et non de capitalisation, que les jeunes travaillent pour assurer les pensions des anciens. Pour tous, il reste la santé qui ne trouve pas encore de solution adaptée (mais le PAREN a la sienne indiquée dans son programme de gouvernance).

Quelle est votre vision de la décentralisation administrative ?

Notre pays aime le gigantisme institutionnel ; nous avons le village ou la commune, le département, la province et la région. Et c’est la commune et la région qui sont décentralisées .
Quelle erreur ! Moi je m’en tiens à la province (décentralisée), au département (déconcentré), au village, (déconcentré) à la commune (décentralisée).

La province doit répondre au principe de l’unité socio-culturelle : il faut permettre à chaque nationalité de s’épanouir dans le cadre de l’unité nationale (or le Parisien n’est pas le Breton, qui n’est pas le Provençal, qui n’est pas le Corse, qui n’est pas l’Alsacien, etc.). Nier cette vérité, c’est porter hâtivement à maturation un beau fruit, le sentiment national mais rongé de l’intérieur par le verre de l’ethnocentrisme.

La province et la commune doivent avoir la liberté économique et fiscale, (création d’unités socio- économiques avec le concours des travailleurs ressortissants, levée d’impôts ou taxes, etc.)

D’aucuns murmurent que vous avez plus perdu que gagné en allant en politique ; est-ce votre point de vue ?

Le Burkinabè veut toujours une chose et son contraire. Qu’est-ce que je voulais gagner en allant en politique ? De l’argent ? Non ! puisque député, je m’appauvris plus qu’avant avec les militants et les électeurs qui ne comprennent pas encore le sens d’un choix politique. En réalité, j’ai voulu que mon tercécisme soit connu de tous les continents ; je suis heureux que les intellectuels occidentaux approuvent ma voix originale de développement (je les ai cités dans le journal spécial de notre congrès).

Si je me tenais à l’écart de la politique, ce sont les mêmes individus qui iraient me traiter de lâche. En tous les cas, j’ai fait ce que je croyais devoir faire pour mon pays et pour l’homme noir ; mes idées me survivront ; je peux retourner dans ma retraite avec le sentiment du devoir accompli car la politique est pour moi un véritable sacrifice,un supplice d’autant plus insupportable que je fais l’objet de critiques totalement infondées, sinon fondées sur des rumeurs, des a priori, des jugements hâtifs, des mensonges révoltants.
Je dois mettre fin à ce martyr pour m’occuper de ma petite famille le plus tôt possible.

Une interview réalisée par Boubacar SY
Sidwaya

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