Actualités :: Remaniement ministériel : d’une pierre, quatre coups !
Ph.L’Evénement

Contrairement à la tentative présumée de coup d’Etat dont l’annonce est intervenue dans la surprise quasi générale, le remaniement ministériel était plus ou moins attendu à cause de l’élection présidentielle (le l’année prochaine et bien sûr de la tentative présumée de putsch.

L’opinion publique et les médias ont encore quelque chose de plus à se mettre sous la dent. Dans celte optique, les explications relatives aux motivations de ce remaniement se succèdent voire, se contredisent. En attendant qu’un éventuel point de presse du gouvernement vienne lever, ne serait-ce q’un coin du voile, nous nous permettons dans les lignes qui suivent de donner notre compréhension à travers quelques approches explicatives de la conjoncture actuelle et des rappels historiques.

Ainsi, le général Kouamé Lougué cède son fauteuil au ministère de la Défense à Yéro Boly jusque-là directeur de cabinet du président du Faso Blaise Compaoré ; Djiri Dakar du ministère de l’Environnement et du Cadre de vie fait place à Laurent Sédogo, un des grands acteurs militaires et idéologiques fie la révolution d’août ; Raymond Edouard Ouédraogo, « le REO national » refile son strapontin à Joseph Kahoun qui fut d’abord secrétaire général du ministère de la Communication et de la Culture du temps de Nurukyor Claude Somda, puis sous Mahamoudou Ouédraogo en tant que ministre de la Communication et de la Culture
d’abord et ministre chargé de la Culture ensuite. Il totalise près de huit (8) ans à ce poste. Enfin est créé le poste ministère délégué auprès du ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientjfique qu’occupe Youma Zerbo.

S’agissant du ministère de la Défense

En ce qui concerne le ministère de la Défense, c’est plus le départ de Kouamé Lougué que
l’arrivée de Yéro Boly qui fait l’événement. Ces derniers temps, il est vrai que le premier nommé a été plusieurs fois cité par les médias comme un des complices ou l’homme à qui les
acteurs de la présumée tentative de putsch auraient pu remettre le pouvoir si leur projet se soldait par une réussite. Ces rumeurs s’étaient d’autant plus amplifiées que le général Kouamé Lougué a été convoqué par les autorités judiciaires et sa déposition considérée comme une pièce importante du dossier.

A l’évidence, même s’il n’est pas prouvé qu’il est un des acteurs "actifs » ou un bénéficiaire passif de la présumée tentative du putsch, il n’y a pas de doute qu’il y a une relation de cause à effet entre son départ (ou son limogeage) du gouvernement et cette affaire. Mais au fait, a-t-il été démis de ses fonctions ou a-t-il démissionné pour mieux s’occuper de sa défense ? La première hypothèse nous semble plus plausible pour deux raisons : premièrement, les us et coutumes politiques du Faso ne sont pas à l’heure où l’on démissionne d’un poste de responsabilité pour mieux se défendre dans le cadre d’une affaire dont la justice s’est saisie.

Deuxièmement, si tel était le cas, le pouvoir aurait dû le faire savoir compte tenu des dividendes politiques qu’il aurait pu engranger. Effectivement, qu’un ministre démissionne pour mieux organiser sa défense dans le cadre d’une affaire impliquant la sûreté d’Etat est suffisamment inhabituel et témoigne du changement positif des mœurs politiques au Burkina que l’on aurait tort de ne pas promouvoir.

Maintenant, il s’agit de savoir si l’intéressé s’est vraiment rendu coupable de ce que l’on lui reproche. Pour les uns, la tentative présumée de putsch participe d’une véritable machination dont le but serait de « casser » le général Kouamé Lougué que l’on dit très populaire au sein de l’armée au point d’être gênant pour Blaise Compaoré ; vu que celui-ci veut avoir la haute main sur tout.

Du reste, l’argument n’est pas nouveau puisqu’à la nomination de Lougué comme ministre de la Défense, certaines voix de l’opinion publique avaient défendu la thèse selon laquelle il avait été nommé pour mieux le « dégommer" car sa popularité serait devenue insupportable pour
l’enfant de Ziniaré. Pour les autres, qui s’attendent à ce que les enquêtes en cours confirment ce qu’ils pensent et racontent, le général Kouamé Lougué ne peut être blanc comme neige eu égard à ses rapports privilégiés avec la plupart des cerveaux militaires des présumées putschistes.

Du point de vue des tenants de cette version, il aurait été tenu au moins au courant des intentions de ces derniers mais aurait commis « l’erreur fatale » de ne pas informer qui de droit. Il paierait ainsi au prix fort sa popularité qu’il n’aurait pas su gérer.
Cela dit, s’il faut dire un mot sur son successeur Yéro Boly c’est un des hommes du président. Administrateur civil de son état, haut-commissaire de la Gnagna et ambassadeur en Côte d’Ivoire jusqu’au 15 octobre 1987 avant d’être nommé en Libye en 1988, puis tout-puissant ministre de l’Administration territoriale sous la transition démocratique et bien après, il est, selon ceux qui prétendent le connaître, un homme préoccupé à servir Blaise Compaoré. Autrement dit, il évite de s’impliquer dans l’appareil du CDP, même s’il en est un membre, préférant mettre son expérience professionnelle à la disposition de qui vous savez. Sans état d’âme quand il s’agit de faire appliquer la loi ou d’exécuter une instruction du président du Faso, il est l’un des rares ambassadeurs qui, nommé ministre pendant qu’il était ambassadeur en poste, a eu une grande longévité ministérielle. En sera-t-iI de même au ministère de la Défense ? Seul l’avenir nous le dira. Ce qui est sûr, il y trouvera une institution similaire à la police et à la gendarmerie et un secrétaire général qui était directeur des Etudes et de la Planification du ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité du temps ou lui Yéro Boly y était en tant que ministre.

A propos du ministère de l’Environnement et du Cadre de vie

Excellent technicien et sociable, Djiri Dakar avait, depuis un certain temps, demandé à quitter le gouvernement pour convenance personnelle ! S’il y est resté jusqu’au 17 janvier dernier, c’est que la décision ne dépendait pas de lui. Faut-il le préciser, cette convenance personnelle n’est pas synonyme de désaccord politique ou d’une quelconque incompatibilité avec le président du Faso et le Premier ministre.

Cella étant, c’est le profil et la personnalité de son remplaçant, Laurent Sédogo, qui retiennent l’attention. Il est militaire de formation et de carrière. Son grade, sauf erreur de notre part, est celui du colonel mais ne porte pas la tenue, n’exerce pas dans une caserne.
Pourquoi ? Eh bien pour le peu que nous savons, cette situation est consécutive aux événements du 19 septembre 1989 qui ont vu le commandant Boukary Jean-Baptiste Lingani et le capitaine Henri Zongo passés par les armes après avoir été reconnus, par une cour martiale, coupables de tentative de renversement du capitaine Blaise Compaoré alors que celui-ci était à l’étranger.
A l’époque, les capitaines Laurent Sédogo, François Etienne Ouédraogo, et Noël Yaméogo auraient émis des réserves quant à la procédure qui a conduit à l’exécution de ces deux chefs historiques de la Révolution démocratique et populaire (RDP). Mal leur en prit. Ceux qui affirmaient être dans le secret des dieux à l’époque ont laissé entendre qu’ils avaient été radiés des effectifs de l’armée et reversés à la Fonction publique et qu’il a fallu attendre l’Etat de droit et les réhabilitations pour que leur problème trouve un début de solution. Début de solution parce que bien qu’administrativement réhabilités et bien qu’avançant en grade, ils servent ailleurs que dans leur ministère « naturel », Ils n’ont pas non plus le droit de porter la tenue militaire. Comme eux, il y a d’autres militaires dans cette situation mais pas forcement dans le cadre de la même affaire. Le plus illustre (pour ceux qui ont été les thuriféraires de l’Etat d’exception révolutionnaire en tout cas) est le colonel Pierre Ouédraogo, ancien secrétaire général des Comités de défense de la révolution (CDR).

Pour en revenir à Laurent Sédogo, on sali qu’il a dirigé avec rigueur mais aussi avec la souplesse qui sied le Service national populaire (SNP). Beaucoup d’appelés gardent de lui l’image d’un ascète à la sobriété sahélienne même si ses détracteurs le voyaient comme un théoricien borné de la RDP dans les milieux militaires.
Depuis ses démêlées avec la hiérarchie militaire, il a occupé son, temps à œuvrer pour le développement en zone rurale. L’environnement et le cadre de vie sont donc des milieux qu’il est censé connaître.

Maintenant, la question que l’on est en droit de se poser est de savoir pourquoi Blaise Compaoré a jeté son dévolu sur Laurent Sédogo ? Est-ce pour l’avoir à l’œil, lui qui, selon certaines sources, aurait gardé de solides relations relations au sein de ses compagnons d’infortune ? Oui alors est-ce une main tendue (à lui et à ses camarades) de la part du premier des Burkinabè ? A notre sens, la deuxième hypothèse est la plus vraisemblable (car il est illusoire de vouloir tout voir, tout surveiller ... Ils sont légion les régimes politiques que l’Histoire a balayés en dépit de l’arsenal sécuritaire ils disposaient.

La meilleure sécurité est d’abord celle qui sème les graines de la confiance, de la Justice, de la tolérance et de la rigueur. L’obsession sécuritaire est un cas pathologique qui finit par emporter celui qui en souffre.

Si donc comme nous le croyons, c’est une main tendue, il est souhaitable que ce geste s’étende à tous ceux qui sont dans ce genre de situation. Bien sûr, il ne s’agit pas de créer des portefeuilles ministériels pour tous ces fils de la nation mais de songer comment il est possible d’allier des besoins du pays avec la satisfaction de leurs desiderata. Dans cette optique, on doit se féliciter de ce que Pierre Ouédraogo a pu accéder à la Francophonie et de ce que François Etienne Ouédraogo a assumé quelquefois des responsabilités, de haut-commissaire.

Pour ce qui est du ministère de l’Information

Certains détracteurs du REO national propagent la rumeur "selon laquelle « II a été débarqué pour insuffisance de résultat. D’autres estiment que cet état de fait a été empiré par le fait, sous prétexte d’être apparenté au président Compaoré par sa mère, il n’avait pas d’égard pour le poids lourd politique de la région D. Salif Sawadogo.
Une troisième catégorie de personnes (surtout du ministère de l’Information) estiment qu’il sait conférer une belle forme à toute idée, à toute chose mais qu’hélas, le fond n’était pas toujours aussi attrayant que la forme. En d’autres termes, il avait des formules chocs pour illustrer ses idées et ce qu’il comptait faire mais sur le terrain, les problèmes restaient sans solution. Tant et si bien que certains qui abhorraient K. Théodore Hien en étaient venus à le regretter car à leurs yeux, certaines d eleurs préoccupations trouvaient des solutions. En outre, du côté du ministère en charge du Budget, des rumeurs fusaient selon lesquelles, il aurait continuer à percevoir son salaire d’ambassadeur (plus consistant bien sûr) pendant six ou sept mois après avoir prix fonction en tant que ministre.

Le Burkina est ainsi fait que dès que vous n’êtes plus aux affaires, l’on vous découvre des péchés dignes de satan. De notre point de vue, nombre de ces critiques flirtent avec des contre-vérités, même si nous n’avons pas la preuve de ce que nous avançons. Pour nous, la raison fondamentale du départ de REO tient à une erreur tactique qu’il a commise : il avait, nous semble-t-il, à faire un choix entre la politique et le professionnalisme. Nous croyons qu’il a choisi la première et donc est tombé dans l’engrenage des clans qui n’avaient plus les mêmes contours que lorsqu’il est parti pour la Chine au début des années 90. En outre, dans sa région natale, il était avéré que le sérail politique le considérait comme un parachuté, un « allogène ».

Image renforcée par l’expression gestuelle et verbale de l’intéressé que ceux qui ne connaissent pas bien assimilent (souvent à tort) à un complexe de supériorité. Ainsi, à certaines des cérémonies qu’ils organisaient à Kaya, D. Salif Sawadogo ne venait pas tandis que ses lieutenants (députés également) se payaient le luxe d’arriver en retard. Même Youssouf Ouédraogo ( de loin plus lourd que REO) à ce qu’on dit, est obligé de faire allégeance auprès de Dim Salif Sawadogo.
Que peut faire un homme politique au Burkina si à Ouagadougou il n’est pas bien ancré dans un clan et si dans sa région natale, on lui fait comprendre qu’il n’y a pas de place pour lui ?

En ayant choisi la politique, la gestion du ministère de l’Information ne pouvait être que…politique même si au sein de son équipe, il y a des professionnels respectables. La suppression de « Presse Dimanche » a été une des révélations de cette dérive très politique de la gestion du ministère de l’Information.
Il est vrai que la sœur aînée de cette émission, « Médiascopie » avait connu le même sort sans que l’aura du ministre de l’époque, Mahamoudou Ouédraogo, ne soit entachée ; mais les contextes et les hommes ne sont pas les mêmes. Sous ce dernier, la crise consécutive à la crise consécutive à l’assassinat de Norbert Zongo était à son paroxysme et les faucons du régime avaient le vent en poupe. D’où la recommandation qui lui a été faite de suspendre momentanément « Médiascopie ». La diffusion de l’émission devait reprendre dès que le contexte sociopolitique connaîtrait une accalmie. Malheureusement ou heureusement, avant que la décision de reprise n’intervienne, le volet information a été érigé en ministère plein et confié à K. T. Hien. Or dans le cas de « Presse Dimanche », c’est REO (entre autres) selon L’Observateur Paalga qui a pris la décision de sevrer les télespectateurs.

Du coup, sans parrain politique et sans le soutien de ses pairs, celui qui a été jusque là un des plus chanceux militants CDR voyait ses jours comptés à la tête de son département. Pas qu’il soit plus mauvais (en soi) que ceux qu’on dit avoir réussi dans la gestion d ce ministère, mais parce qu’il est des erreurs qui (malgré les circonstances atténuantes) ne pardonnent jamais et nous sommes bien placé et bien payé pour le savoir et donc pour partager notre expérience avec les autres.

Au sujet de son remplaçant, Joseph Kahoun, son professionnalisme, sa connaissance relative de la classe politique burkinabè et son long séjour auprès de Mahamoudou Ouédraogo, font de lui, l’homme qu’il fallait. L’homme n’est pas connu pour être un faucon, ce qui est également un avantage. En principe, il a toutes ses chances pour prouver à Blaise Compaoré et à P. Ernest Yonli qu’ils n’ont pas eu tort de remplacer un professionnel par un autre à la tête d’un « petit » mais difficile ministère où les problèmes sont inversement proportionnels à sa petitesse ».

Quant au ministre délégué auprès du ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, chargé de l’Enseignement professionnel et technique, confié à l’ « historique » secrétaire général du ministère de la Fonction publique et de la réforme de l’Etat, il vient alléger les épaules de Laya Sawadogo en même temps qu’il consacre la promotion d’un des hauts et compétents cadres de notre Fonction publique.

De ce remaniement ministériel, l’on retiendra que son initiative est partie des soupçons qui pèsent sur le général Kwamé Lougué au sujet de la présumée tentative de putsch. Mais de cette pierre, Blaise en a fait quatre coups et nous venons de voir pourquoi.

Cependant, un denier coup, le cinquième celui-la, est à considérer : en rehabilitant Hyacinthe Kafando (il roule dans une voiture de l’Etat et perçoit un salaire de la part du budget national) originaire du Namentenga, et en nommant Laurent Sédogo (ressortissant de Bonam dans le Namentenga également) Blaise Compaoré séduit les populations de cette province et partant de cette région (le Centre-Nord). D’ici, nous saurons si l’ascenseur lui sera renvoyé.

Zoodnoma Kafando L’Observateur Paalga (28/12/04)

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