Actualités :: Remaniement du gouvernement Kyelem : De quoi est-il le nom ?

Le 25 octobre 2022, le Burkina Faso apprenait la composition du gouvernement du Premier ministre Apollinaire Kyelem de Tambela nommé par le chef de l’Etat quatre jours auparavant. Aussitôt connu, des ministres fraîchement nommés sont mis sur la sellette. Parmi lesquels le ministre Roch Donatien Nagalo qui avait le portefeuille du commerce, le ministre de l’urbanisme, des affaires foncières et de l’habitat, Yacouba Dié, le détenteur du maroquin des infrastructures, Adama Luc Sorgho à qui le reproche était de ne pas être fils à papa, mais papa du fils.

La colère des petits commerçants était la plus forte et la houle s’est déversée devant le ministère du Commerce pour récuser l’installation du secrétaire général du Syndicat national des commerçants du Burkina (SYNACOMB) Roch Donatien Nagalo comme ministre du commerce au motif qu’il serait coupable d’escroquerie en tant que syndicaliste.

Le second ministre récusé, est victime des réseaux sociaux par l’entremise d’une vidéo qui l’accuserait entre autres d’être responsable de la mauvaise réalisation de la cité du 11 décembre à Manga. Voilà le fonds du dossier et le 27 octobre 2022, le gouvernement appelle au calme et promet des investigations et que « En tout état de cause, il saura tirer toutes les conséquences découlant de ces investigations », précise le communiqué du porte-parole du gouvernement qui promet aussi sa volonté d’inculquer « une nouvelle gouvernance plus soucieuse de l’intérêt général et plus vertueuse ».

Le 30 octobre 2022, le Premier ministre parle à la télévision nationale et nous affirme : « Nous n’avons rien à reprocher à ces ministres (…) Nous allons bientôt procéder à leurs installations ». Jusqu’au 8 novembre 2022, les deux ministres ne seront pas installés, celui du commerce démissionne et le remaniement est annoncé dans la foulée le 9 novembre. Que s’est-il passé entre la volonté de les installer et la non réalisation de cette parole du premier des ministres et finalement la destitution des deux ministres comme le demandaient les manifestants et les réseaux sociaux ?

Peut-on raisonnablement passer à autre chose sans rien dire de l’honneur et de la vertu de ces hommes que l’opinion a condamné ? En 2014 sous la transition, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida avait destitué sous la pression populaire deux ministres qui avaient pris fonction. N’y a-t-il pas matière à réfléchir sur ces initiatives et à responsabiliser chacun ? Ces phénomènes récurrents ne sont-ils pas un symptôme de la faillite de l’Etat, sur les questions de droit et de justice et du respect qui lui est dû ?

Que sait le gouvernement sur les ministres révoqués sans être installés ?

En ne communiquant pas sur les raisons de la destitution des deux ministres, le gouvernement n’aide pas la vérité. A-t-il obtenu des preuves des accusations et en a tiré comme conséquence le renvoi des deux ministres ? Si preuves il y a, la logique voudrait que la justice soit saisie. Mais pour l’instant c’est le silence radio sur ce que le gouvernement sait ou ignore des deux messieurs indésirables au gouvernement.

Un gouvernement ne devrait pas agir ainsi si vraiment il n’a rien de concret contre ces gens. Céder au chantage de ceux qui ne soutiendraient pas le MPSR2 à cause de la présence de gens accusés mais contre lesquels aucune plainte n’est déposée ne nous parait pas aider le pays à progresser vers l’Etat de droit. Il devrait emmener les accusateurs devant le procureur pour qu’ils exposent les faits répréhensibles dont ils accusent ces ministres.

En laissant les choses ainsi, les putschistes qui sont les vrais maîtres du jeu sont en train de dévaloriser une fonction prestigieuse qu’est celle de servir à la tête des secteurs ministériels. Cette dévalorisation commence par les choix de personnes peu compétentes et peu expérimentées, doublé par un défaut d’enquête de moralité. En continuant ainsi on ne fait que donner de la vitesse au processus de dégringolade du pays.

La contestation des ministres nommés par les manifestants est aussi un effet boomerang du recours aux manifestants par les putschistes quand bien même ce n’est pas sûr que ce soient les mêmes manifestants qui sont sortis pour réclamer la livraison par l’armée française du lieutenant-colonel Paul Henri Damiba aux putschistes. Les commerçants anti Nagalo ont utilisé dans leur argumentaire le fait d’avoir fermé boutiques pour exiger la nomination du capitaine Ibrahim Traoré par les assises de la transition.

L’irruption de la rue et ses revendications contre ceux qu’elle ne veut pas est aussi une conséquence de l’insécurité, au sens où les manifestants n’ont pas confiance en ceux qui les dirigent, n’ont pas confiance dans les choix qu’ils font, parce qu’il ne voit pas dans l’Etat, une entité protectrice (incapable de sécuriser le pays), médiatrice dans les conflits qu’ils ont avec les autres. Ils ont le sentiment que la justice n’existe pas dans le pays.

Contrôle citoyen de l’action publique

Peut-on assimiler ces récusations de ministres au contrôle citoyen de l’action publique ? Ce serait le cas si les accusations sont fondées. Et la meilleure manière de le faire c’est qu’elles soient portées en justice et que les faits soient jugés et sanctionnées.

Mais ce serait extrêmement réducteur que le contrôle citoyen de l’action publique ne se limite qu’au choix des ministres. Le sujet le plus préoccupant et qui intéresse tous les Burkinabè, c’est celui de la lutte contre le terrorisme et pour recouvrer l’intégrité du territoire. Quelles sont les actions citoyennes de contrôle de l’action de l’Etat ? Faisons-en sorte que le pays avance et ne soyons pas des sources et des opportunités de son recul.

Sana Guy
Lefaso.net

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